Souley Onohiolo
3 Novembre 2006
Les langues africaines sont menacées, plus particulièrement dans les pays francophones. A cause de la politique coloniale et post coloniale.
"La menace est réelle. Dans les cinquante ans qui viennent, si rien n'est fait, un grand nombre de nos langues n'existeront plus. Même celles qui resteront seront entachées du français. Très peu des gens parlent actuellement leur langue sans interférence du français ". Ce constat est celui de Samuel Olinga, enseignant en service au ministère de l'Education de base. Il reconnaît que les dégâts causés par l'abandon des langues nationales camerounaises sont immenses. Il pense qu'on n'avait pas besoin de perdre nos langues pour maîtriser le français. " On pouvait très bien maîtriser les deux. Le trilinguisme que nous prônons, renvoie à la fois au français et à l'anglais. Ce qui veut dire que chacun devrait parler au moins une langue nationale qu'il a suffisamment maîtrisée, faute de pouvoir garder sa langue d'origine ", enchaîne-t-il. Samuel Olinga ne comprend pas pourquoi sa hiérarchie traîne encore les pieds, pour instaurer l'enseignement des langues nationales. Parce qu'il y a tout pour démarrer. Son collègue évoque l'attente de l'adoption de la politique linguistique nationale.
Cette hypothèse est balayée d'un revers de la main par les spécialistes de la linguistique qui suivent la réforme du système éducatif camerounais. A les en croire, même s'il y a un travail sur la politique linguistique nationale, son élaboration n'appartient pas à ce ministère. Il y a des textes en politique linguistique qui existent créant des créneaux, en vue de l'organisation de l'enseignement des langues. On peut citer : la loi sur l'éducation qui remonte en 1998 ; la constitution de 1996 qui n'est pas appliquée dix ans après. A cela s'ajoutent les lois sur la décentralisation Il y a suffisamment de textes qui ont prévu de l'espace pour les langues nationales. Bien plus, ce sont des textes qui légalisent l'enseignement des langues nationales dans le système éducatif camerounais. Il appartient à chaque ministère de prendre ses responsabilités et d'élaborer les programmes. En dehors de ces textes, il y a le programme Propelca qui existe depuis un quart de siècle. L'enseignement expérimental a connu un succès retentissant. Le programme général a prévu l'officialisation de l'enseignement des langues nationales. Mais, on se heurte à un manque de la volonté politique. Certaines autorités administratives n'y croient pas sincèrement. D'autres se sont confortablement installés dans l'identité d'emprunt. Ils regardent avec mépris leur propre identité, comme l'a voulu la colonisation. Au ministère de l'Education de base, le ministère des Enseignements secondaires a fait des efforts " théoriques ". Un inspecteur général national en charge des langues et écritures nationales a été nommé récemment.
L'alibi des mariages mixtes
On a voulu attribuer la menace de la disparition des langues nationales au phénomène des rencontres entre des conjoints n'appartenant pas à la même aire géographique et culturelle. Dans bien des cas, le fait que les enfants nés de ces mariages soient amenés à grandir dans le français ou l'anglais, serait à l'origine de la dérive collective. " Le mariage mixte n'est pas une excuse. Depuis des siècles, il y a toujours eu des mariages mixtes. Les enfants nés de ces mariages mixtes, avaient l'avantage de grandir bilingue, maîtrisant la langue du père et celle de la mère, s'adressant au père dans sa langue et à la mère dans la sienne. Mais on voit que c'est l'inverse maintenant ", affirme le professeur Maurice Tadadjeu. Il fait partie d'un groupe d'experts qui restent convaincus que si dans une famille le père s'adresse aux enfants dans sa langue, la mère dans la sienne également, ils vont fonctionnaliser, comme cela est perceptible dans beaucoup des grandes villes. " En réalité si les mariages mixtes sont au détriment des langues nationales, c'est tout simplement parce qu'ils ont lieu dans un contexte global où nos langues nationales sont désavantagées ", soutient-il.
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