Kader Traoré
16 Novembre 2006
billet
Après les agitations de tous genres que l'union légale entre homosexuels a soulevées en Occident, on se disait que tôt ou tard, le débat arriverait en Afrique. Eh bien, il n'a pas fallu trop attendre pour que le phénomène traverse les océans pour atterrir sur notre cher continent.
Et c'est l'Afrique du Sud, un pays pas des moindres qui s'est porté pionnier en autorisant le mardi 14 novembre 2006, le mariage entre deux personnes du même sexe. Pour le moment, le parlement sud-africain a ratifié une loi sur le sujet (230 voix pour, 41 contre et 3 abstentions) en attendant qu'elle soit examinée par la Haute Chambre et promulguée par le président, Tabo Mbeki.
C'est donc la première fois qu'un pays africain franchit le Rubicon et l'importance de cette loi mérite que l'on s'y attarde un peu. La pratique homo, si elle reste clandestine, est bel et bien une réalité dans nos différentes sociétés y compris au Pays des hommes intègres. Et le pays au drapeau arc-en-ciel n'en a pas le monopole continental, bien au contraire.
Il faut plutôt croire que ceux des Africains qui sont portés sur cette orientation sexuelle, par crainte de l'homophobie si répandue sous nos cieux, préfèrent vivre leurs amours dans la discrétion la plus absolue pour ne pas faire figure de pécheur public aux yeux d'une tradition particulièrement répressive sur la question.
L'Ancien Testament nous apprend que depuis l'époque de Sodome et Gomorrhe déjà, des hommes s'étaient laissés aller à la jouissance radicale, s'attirant la colère destructrice de Yahvé. Mais depuis que Papa bon Dieu a promis de ne plus détruire la terre ni par l'eau ni par le feu, les choses ont évolué, ce qui a abouti à toutes sortes de controverses sur la question même au plan religieux.
Mais si l'homosexualité est un phénomène de société qui touche tous les continents à des degrés divers, c'est la légalisation des couples homo qui pose problème et de surcroît dans nos pays africains où le poids de la tradition est primordial.
A la suite de l'Espagne, des Pays-Bas, de la Belgique, de la Suède et du Canada, l'Afrique du Sud vient donc de donner force légale non seulement à la pratique homosexuelle mais surtout au mariage du même qualificatif. Et cela au grand dam de ceux qui anathémisent les pratiques homo comme une abominable déviation, mais au bonheur plus grand encore de ceux qui y voient comme autant une avancée de la démocratie et des libertés individuelles.
Si l'on prend cette pratique comme venant surtout de l'Occident, il n'est pas étonnant que le pays de Nelson Mandela y adhère car venant juste de se libérer du joug colonial. Le poids de l'apartheid y est sans doute pour quelque chose, car depuis cette triste époque, ce pays a marqué son « engagement à combattre toute forme de discrimination » ; même à l'égard des homosexuels.
Avec l'évolution technologique, le monde est devenu un village planétaire et il fallait s'attendre à ce que certaines moeurs permissives, ailleurs légitimées, arrivent dans nos sociétés. Dans ce cas, l'on est en droit de dire qu'à force de vouloir ressembler à l'autre, on devient finalement tout autre ; exit nos valeurs, nos us et coutumes.
Mais dans un tel contexte et comme il s'agit d'une décision qui aura forcément des répercussions sur la vie sociale, ne siérait-il pas d'organiser un référendum national pour laisser au peuple sud-africain, la latitude de décider si oui ou non, il admet cette révolution homosexuelle ? Là au moins, on pourrait dire que chacun aura choisi légitimmeent s'il est pour ce système social.
Le danger qui peut résulter de la position de l'Etat sud-africain est en effet qu'il y ait un déphasage entre la loi et les mentalités et en conséquence, une hostilité populaire ouverte sinon vengeresse envers ceux qui auront choisi cette forme de vie conjugale.
Maintenant que l'Afrique est entrée ouvertement dans la danse gay, il faut s'attendre dans les décennies, voire les années à venir à ce que chacun de nos pays soit confronté à ce dilemme : faire droit au choix de vie d'une minorité contre l'option fondamentale du reste d'une population majoritairement et pour longtemps encore, hétérosexuelle.
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