Libération (Casablanca)

Maroc: Mohamed Smani - "Pas d'alternatives au nucléaire"

Liberation

3 Décembre 2006


"Quand on dit un pays développé, c'est qu'immédiatement il produit un nombre de déchets industriels et de consommation de ménages important et il a une forte consommation d'énergie.

Evidemment, tous les peuples de la planète aspirent à ce développement. Cela constitue une donnée fondamentale. Il se trouve aussi, quels que soient les efforts fournis à travers le monde, et qui viennent de stratégies diverses et variées, que la part des énergies renouvelables diminue par rapport à l'ensemble de l'énergie consommée.

Les experts en énergie, et tous ceux qui observent les tendances et les développements de la technologie et les mises en place de nouvelles filiales énergétiques, estiment qu'il n'y aura pas de changement fondamental, ce qui veut dire que nous allons vivre la situation actuelle, et nous espérons que les différentes révolutions technologiques qui sont en train de préparer les véritables ruptures technologiques, n'auront pas de conséquences à ce niveau avant cinquante ans. C'est essentiellement la fusion nucléaire sur laquelle certains pays de l'OCDE ont investi et préparent le réacteur nucléaire de demain.

La filiale hydrogène permet de répondre à une contrainte fondamentale du transport, qui consomme 50% de pétrole. Un des indicateurs du développement, c'est le nombre de voitures par ménage. Donc pour changer complètement la configuration du transport et assurer une mobilité de l'ensemble de l'humanité, il y a une vraie problématique. Les piles à combustibles seraient la solution. Les problèmes qu'elles posent sur le plan technologique sont en train d'être surmontés à tous les niveaux, sur le plan de la logistique et de la technologie, etc Un autre élément : la conjonction au niveau du changement climatique et la relation entre le changement du climat et la production du CO2. Kyoto avait défini qu'il fallait réduire la consommation ou l'émission du CO2 à l'horizon 2015, mais, les analystes estiment que cela est impossible. Parce que nous ne disposons pas d'une technologie à même de réduire les émissions du CO2. On est devant le mur. D'autant plus que les populations ne sont pas prêtes à accepter une réduction de leur niveau de consommation d'énergies. Ces énergies du futur, c'est le vecteur hydrogène qui viendrait compléter éventuellement l'électricité. Il y a une compétitivité à l'échelle internationale très forte pour le développement de ces nouvelles technologies. On ne sait pas comment le Maroc pourrait se positionner dans ces différents types de technologie. Comment peut-il mettre sa recherche à contribution? Comment peut-il se préparer à entrer dans cette économie du savoir et de la connaissance ? Parce que demain, l'économie de l'hydrogène sera comme aujourd'hui, l'économie de l'électricité. Le vecteur de l'hydrogène sera l'élément qui va remplacer le pétrole pour essentiellement tout ce qui permet d'assurer la mobilité.

Le Maroc a d'autres difficultés. Il évolue dans cet environnement. Certes, on n'est pas la cause du changement climatique, mais on va en subir les conséquences. On ne sait pas si nous devons avoir une stratégie réellement au niveau du Maroc pour éviter l'effet de serre. Avec une consommation d'énergie aussi faible. Nous sommes face au défi de donner l'énergie à tous pour alimenter l'industrie et les citoyens marocains. Ce sont des besoins élémentaires auxquels nous devons répondre. Ce sont des problèmes spécifiques.

L'efficacité énergétique est un problème qui ne doit pas nous préoccuper outre mesure. Elle dépend en effet du niveau de la consommation très élevé qui exige la recherche d'autres solutions alternatives pour économiser et réduire ainsi leur consommation.

Le plus gros gisement d'efficacité énergétique est le bâtiment. Nous ne chauffons pas nos immeubles, contrairement ailleurs.

L'industrie marocaine est relativement dépendante de l'Europe. Elle se contente d'acheter de la technologie développée ailleurs. A ce niveau-là, il n'y a vraiment pas de réels gisements de gain de productivité ou de gain de consommation.

Concernant les problèmes liés à l'approvisionnement et à la diversification d'énergie en vue d'assurer une énergie au meilleur coût, il faut faire en sorte que nous soyons attractifs aux niveaux à la fois des investissements et des factures payées par les consommateurs. Nous sommes encore très fragiles du fait que nous avons une économie fragile et une population fragile, également. Les mouvements de foules à Casablanca et à Tanger à la suite d'augmentation des factures en sont le parfait exemple. Aussi, devons-nous veiller à produire une énergie au moindre coût.

Concernant les énergies renouvelables, le Maroc se caractérise par un gisement éolien important et il a un potentiel solaire extraordinaire. Seulement, cette énergie demeure encore chère. Le soleil n'est pas assez rentable du fait justement du coût de la technologie. Certains pays subventionnent le recours à l'énergie solaire pour mettre en place une véritable industrie. Le marché y est. Reste à donner un coup de pouce législatif et financier pour son développement.

L'énergie éolienne a connu sur les 20 dernières années un essor considérable. De 30 kw l'unité, elle est passée actuellement à 5000 kw. Les retors qui avaient 15 mètres de diamètre sont passés à 115 m, la hauteur des éoliennes a atteint 129 m. Chose inimaginable il y a 20 ans. Ces évolutions sont dues en grande partie à l'implication de certains pays, comme l'Allemagne, le Danemark et le Canada qui ont mis en place une véritable politique industrielle à force d'investissements lourds.

Ce sont des technologies alternatives et à maîtriser, nous sommes encore des consommateurs de technologies dont la fiabilité reste à démontrer.

Le Maroc a deux défis : l'énergie et l'eau. Le dessalement des eaux de mer nécessite un investissement en énergie considérable. Nous devons songer à d'autres ressources qui peuvent nous assurer un dessalement des eaux de mer en masse, de façon continue et au moindre coût. Seul le nucléaire est capable de nous procurer cette solution.

Il y va de notre survie. Il faut que les pouvoirs politiques aient le courage de mener ce combat. Il ne faut pas se cacher derrière les énergies renouvelables".

Le politique et le savant

En annonçant le débat sur la question de l'énergie au Maroc, le 25 novembre dernier, la Fondation socialiste des études, recherches et formation vient de jeter les ponts entre deux continents qui sont restés jusque-là proches mais insaisissables l'un pour l'autre. Le scientifique peut-il admettre le politique dans son giron? Le politique peut-il soumettre ses analyses et les plier aux exigences du scientifique?

Autant de questions et d'autres, qui ne concernent pas seulement les hommes politiques, mais tous les acteurs et décideurs du Maroc.

En fait, en annonçant ce débat, l'USFP ouvre une nouvelle brèche au niveau de la matrice culturelle militante. L'un complète l'autre, l'homme politique et le savant, et il n'y a pas d'avenir sans cette synergie constructive qui alimente l'action par l'analyse et la réflexion.

Lors de l'ouverture du débat ci-dessus, le sociologue et membre du Bureau politique du parti des forces populaires, Mohamed Guessous, a exprimé le désir de son parti d'attirer l'attention sur une série de questions qui préoccupent l'opinion publique nationale et internationale. Le débat sur l'énergie fait partie de cette stratégie d'action. La dimension scientifique ne doit pas seulement éclairer la vision politique, mais l'encadrer et la guider.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2006 Libération. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Maroc

Rubriques