D. Ben Salem
8 Décembre 2006
Place à l'action
De nos jours encore, le rapport de force entre les deux sexes continue sous une multitude de formes, engendrant des conséquences alarmantes tant sur le plan moral que physique. La violence constitue, en effet, l'outil le plus utilisé par les hommes pour maintenir leur pouvoir sur la gent féminine.
La violence de genre, telle qu'elle est définie par la déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies en 1994, se traduit par «tous les actes de violence dirigés contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la crainte ou la privation arbitraire de liberté que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée». Un comportement discriminatoire qui n'épargne aucune société et qui répercute considérablement sur plusieurs domaines socioéconomiques.
Selon l'étude lancée par le ministère des Affaires de la femme, de la famille, de l'enfance et des personnes âgées en 2003, 20 % des femmes tunisiennes subissent la violence.
En Tunisie, la législation a, depuis 1956, été du côté de la femme, la préservant contre toute forme de discrimination. En 1993, un ensemble de réformes législatives a été mis en vigueur au profit de la femme tunisienne. On note l'abrogation de la notion de la soumission de l'épouse substituée par la notion du respect mutuel comme base incontournable dans un partenariat édifiant entre les couples. Par ailleurs, la loi condamne le mari exerçant une forme de violence sur son épouse à cinq ans de prison.
D'un autre côté, les dossiers concernant les cas de violence ont été ouverts. Plus encore, en 1995, une circulaire, relevant du ministère de l'Intérieur et du ministère de la Santé publique, a été envoyée aux services hospitaliers des urgences, les invitant à déclarer les éventuels cas de violence sexiste. En 1998, la Tunisie a ratifié la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels. Puis, en 2004, la législation tunisienne a été consolidée par une nouvelle loi modifiant et complétant le code pénal concernant la répression et les atteintes aux bonnes moeurs et le harcèlement sexuel.
De son côté, l'Office national de la famille et de la population (ONFP) oeuvre afin de promouvoir l'égalité entre l'homme et la femme grâce à une sensibilisation assidue quant aux conséquences fâcheuses de la violence contre les femmes.
Récemment, et dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de lutte contre la violence du genre, l'ONFP a organisé un séminaire traitant de l'équité du genre et la prévention de la violence à l'égard des femmes.
En effet, ce thème acquiert une dimension encore plus concrète puisqu'il fait l'objet de tout un projet de coopération entre l'ONFP et l'Agence espagnole de coopération internationale (AECI ).
Coopération tuniso-espagnole contre la violence de genre
Il s'agit d'un projet pluridimensionnel tendant à la préparation des jeunes à une vie conjugale basée sur le respect et la complicité, et par conséquent, au changement du comportement opprimant que certains continuent à adopter au détriment des femmes.
Pour arriver à cette finalité, plusieurs facteurs entrent en jeu. Il importe avant toute chose de repérer les cas de violence grâce à un diagnostic approprié. Le développement des prestations des services spécialisés dans le diagnostic revêt, ainsi, un aspect incontournable afin de garantir une meilleure prévention et un meilleur accompagnement des victimes.
Mais la prévention demeure la solution de choix qui nécessite un travail consistant de sensibilisation et d'information. Les organismes de la santé reproductive jouent également un rôle déterminant dans la promotion de la santé des adolescents et des jeunes.
Bénéficieront de ce projet 10 gouvernorats, notamment le Grand-Tunis, Monastir, Jendouba, Médenine, Kairouan, Bizerte, Gabès ainsi qu'une zone pilote: Douar Hicher.
La sensibilisation, l'information, la prévention et le diagnostic seront les axes autour desquels s'articulent les différentes activités du projet. On envisage, en fait, 11 activités d'information, d'éducation, de communication et de plaidoyer, dont l'organisation d'un atelier national de lancement de projet et de mobilisation des partenaires, de forums de discussion et de réflexion en milieu universitaire à l'échelle régionale, la confection de nouveaux supports de collecte de données spécifiques au projet.
Par ailleurs, il est question d'organiser des cercles de discussion avec les jeunes en milieu d'apprentissage tels que les collèges, les lycées, les centres de formation professionnelle, les centres de défense et d'intégration sociale ainsi que les centres de développement de la jeune fille rurale.
Parallèlement, des activités de recherche et d'étude seront mises en vigueur afin de cerner les différents aspects du problème pour une meilleure intervention. Aussi, note-t-on une étude qualitative socio-comportementale effectuée sur des femmes victimes de violence, une enquête nationale mettant l'accent sur les représentations, les attitudes et les comportements que témoignent les hommes aussi bien que les femmes face à la violence.
Des activités de sensibilisation, d'information, d'étude mais aussi de formation. En effet, le programme du projet prévoit des sessions de formation destinées aux spécialistes ( formateurs, psychologues, personnel socio-éducatif, médecins et professionnels des médias ), et ce, afin de mieux les informer sur la situation. Les bénéficiaires de ces sessions de formation seront en mesure de promouvoir l'équité de genre en santé sexuelle et reproductive et d'élaborer les stratégies permettant la lutte contre la violence à l'égard des femmes.
Expérience pilote à Douar Hicher
Le projet consiste, entre autres, en la mise en place d'une expérience pilote de diagnostic et de prise en charge des femmes victimes de violence, et ce, dans la zone de Douar Hicher, dans le gouvernorat de La Manouba. Le personnel éducatif et paramédical sera sensibilisé quant à l'importance de l'introduction de la prévention de la violence dans la santé reproductive.
Il est à noter que les actes de violence nuisent sensiblement à la santé de la reproduction. La violence de genre est placée, dans la majorité des cas, sous le signe de l'agression sexuelle. Les femmes victimes, outre les séquelles psychologiques qu'elles endurent, subissent des grossesses non désirées. Certaines recourent à l'avortement clandestin qui se pratique dans des conditions dangereuses. Sans parler des complications consécutives à des grossesses fréquentes et à risque, des maladies sexuellement transmissibles et autres.
Le projet dans son aspect intégral promet le traitement du problème sous différents angles. La résolution du problème implique un travail collectif et de longue haleine, susceptible de changer les mentalités rétrogrades.
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