Faustin Kuediasala
9 Décembre 2006
Kinshasa — « La course pour le bois», c'est la traduction littérale de Race Wood 2006, un forum sur les bois tropicaux d'Afrique qui s'est ouvert cette semaine à Accra, la capitale du Ghana. Une centaine d'hommes d'affaires européens et africains y ont répondus présents.
Pour RFI, le titre donné à la manifestation résume assez bien ce qu'est en train de devenir l'exploitation forestière sur le continent: une course contre la montre, pour avoir accès au plus vite à la ressource dans un contexte de raréfaction de l'offre. Le plus visé dans cette ruée vers le bois africain, c'est essentiellement les pays balayés par le bassin du Congo, où se retrouvent le Gabon, le Congo/Brazzaville, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, le Cameroun et la RDC.
Depuis que les deux grands pays fournisseurs, c'est-à-dire l'Indonésie et le Brésil, ont commencé à lutter sérieusement contre l'exploitation illégale, leur production a légèrement reculé alors que la demande au contraire était en train d'exploser avec le boum mondial de la construction.
Les bois tropicaux sont très appréciés pour leur résistance et leur longévité : de l'essence rare utilisée par les designers, à celle qu'on débite pour en faire du contreplaqué, en passant par la transformation en parquet ou en fenêtres, ces bois sont présents dans tous les recoins des maisons du monde entier. Comme prévu, ce déséquilibre entre l'offre et la demande a fait grimper les prix, jusqu'à 30% en Asie, ce qui a rendu l'Afrique, qui représente à peine 15% de l'offre, plus attractive pour les importateurs. Les Européens dont la présence est la plus ancienne ont vu débouler ces dernières années les concurrents de Chine. D'abord venus en négociants, les voilà qui se mettent à acheter des permis d'exploitation. Les Malaisiens ont suivi, notamment au Congo et l'on observe avec intérêt l'arrivée plus récente des Indiens, pour l'instant comme simples négociants.
Cette concurrence acharnée profite-t-elle aux populations locales ? Pas forcément, car si la filière est pourvoyeuse d'emplois, encore faut-il que la transformation de la ressource sur place soit inscrite dans la loi. C'est le cas au Cameroun qui interdit l'exportation des grumes, en revanche au Gabon, on peut encore les exporter, d'où l'intérêt des Chinois pour ce pays.
Selon Hervé Bourguignon, le secrétaire général de l'Association interafricaine des industries forestières, le vrai problème réside dans le double standard qui s'est mis en place à l'ombre de la forêt, avec d'un côté des exploitants peu concernés par les impératifs du développement durable, les Asiatiques, et de l'autre, des Européens soumis aux campagnes des ONG et donc contraints de supporter les charges de la gestion durable pour satisfaire une clientèle de plus en plus sensible aux questions environnementales. Quant aux entreprises africaines, elles manquent pour la plupart des moyens financiers pour se lancer dans la certification. Un immense effort a toutefois été accompli, la moitié des surfaces en concession font actuellement l'objet d'un plan d'aménagement forestier, mais pour la certification prônée par les ONG, beaucoup reste à faire, seulement 1% des surfaces concernées sont homologuées.
Le contrôle de ressources naturelles a souvent fait l'objet de conflits armés dans l'Afrique postcoloniale. Aujourd'hui, une attention internationale tant méritée a enfin été éveillée par le rôle-clé des revenus issus de l'exploitation de pétrole, de diamants, de coltan et d'autres minéraux dans les conflits en Angola, dans les deux républiques du Congo, au Soudan, au Tchad, au Libéria et au Sierra Leone. Mais l'appel de la communauté internationale pour mettre fin au commerce de bois comme élément des économies de guerre ne fait que commencer. Le bois tropical est un produit à valeur élevée qui s'exploite et se commercialise facilement. L'exploitation forestière peut donc générer d'importants bénéfices avec relativement peu d'investissements, ce qui explique pourquoi le bois se situe souvent parmi les matières préférées pour financer des conflits armés.
Plusieurs rapports publiés dans les trois dernières années par le Conseil de sécurité des Nations Unies et l'ONG britannique Global Witness ont souligné l'importance du commerce de bois dans les conflits armés de la région du fleuve Mano (Libéria, Sierra Leone, Guinée) et dans la RDC. Malheureusement, la communauté internationale, pour l'heure, n'a aucun pouvoir législatif autre que des sanctions de la part des Nations Unies visant à interdire l'exportation du bois-conflit Les tentatives récentes d'embargo sur le commerce de bois libérien se sont soldées par une puissante opposition politique de la part des principaux pays importateurs, à savoir la Chine et la France.
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