Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Parité, les promesses toujours attendues du chef de l'Etat

Dr Fatou Sow Sarr, sociologue

11 Décembre 2006


J'avoue ma déception à la lecture de la communication du Premier Ministre, déception qui s'explique par la très forte attente des femmes, après les promesses faites par le président de la République, le 22 mai dans ses bureaux, au Comité de suivi du Pacte Républicain. Nous ne pouvions nous attendre à d'autre message de sa part que celle d'une décision d'inscrire le quota dans les textes de loi.

Nous avons attendu cette déclaration avec fébrilité, en nous disant que désormais nous allions pouvoir regarder nos soeurs africaines droit dans les yeux. En effet, non seulement personne ne comprend ce qui se passe au Sénégal, mais nous sommes parfois agressées par ce que les autres considèrent comme inacceptable ; car après avoir vu Le président Abdoulaye Wade porter la question de la parité à l'Union africaine en 2004, les femmes ne comprennent pas que le Sénégal en soit à 17% de femmes au gouvernement et seulement 20% au Parlement.

Notre position est inconfortable, car par patriotisme et par devoir, nous défendons notre pays, mais nous avons honte au fond de nous-mêmes, car nos collègues experts en genre en savent autant sur notre pays que nous sur les leurs. Elles consultent comme nous les sites des Nations-unies sur cette question.

Nombreuses sont ces Sénégalaises qui comme moi parcourent l'Afrique pour apporter leur appui aux gouvernements des autres pays pour l'élaboration de leur programme de promotion de la femme ou d'égalité de genre : Marèma Touré, Astou Diagne Diop, Ngoné Diop, Socé Scène, Aminata Faye Kassé, etc ; et j'en connais quelques unes pour qui la situation est devenue insoutenable. Nous nous retrouvons dans une situation paradoxale où les militaires qui n'ont rien demandé sont mis à l'honneur tandis que les femmes qui revendiquent depuis plus d'une vingtaine d'année restent à la peine. Au moment où dans tous les journaux on ne parle que de divisions des hommes politiques, Cpa, majorité etc., on constate que la seule chose qui fait l'unanimité au sein de la classe politique, c'est son inintelligence avérée par rapport au rôle décisif des femmes dans l'avenir du Sénégal. Faut-il alors inviter les hommes à relire Aragon pour qui la femme est l'avenir de l'Homme ?

On n'avait pas besoin d'un énième plaidoyer et ce n'est pas le rôle de l'Exécutif, ce qu'on attendait des autorités c'est une décision qui, de surcroît, aurait été très populaire. Comme cela a été le cas au Niger, au Maroc et tout récemment en Mauritanie. Ainsi, en tenant sa promesse faite aux femmes, Maître Abdoulaye Wade aurait rédigé le chapitre manquant à son ouvrage 'un Destin pour l'Afrique', mais surtout il aurait apposé une marque indélébile dans l'histoire du Sénégal et du Continent. Les femmes d'aujourd'hui lui seraient redevables, mais celles des autres générations futures plus encore.

Comme sociologue, je pose comme hypothèse que les tendances lourdes ne sont pas favorables aux femmes. Avec la pauvreté on assiste à la résurgence de l'obscurantisme et les forces en présence seront telles qu'il sera difficile aux hommes politiques, qui lui succéderont un jour, de faire face. Lui seul, selon nos analyses, est capable de le faire, c'est ce qui a justifié nos pressions, voire nos harcèlements, car Maître Abdoulaye Wade, président de la République, constitue une opportunité pour les Sénégalaises de se prémunir face à l'avenir et les femmes ne veulent pas rater cette chance. Mais, nous rappelons que la question du genre est une question de développement. La Commission économique pour l'Afrique a compris que 'Les inégalités entre femmes et hommes sont coûteuses non seulement pour les femmes, mais également pour les enfants et de nombreux hommes. Elles se traduisent par la baisse de la production (Pib), un faible niveau de développement des ressources humaines, des loisirs et un bien-être moindres' (Cea 2001:1). Même la Banque Mondiale reconnaît que 'Les disparités entre femmes et hommes imposent des coûts de développement...'.

Les femmes vont avoir un rôle de plus en plus important à jouer dans la construction de notre Nation, puisqu'elles constituent 53% de la population active. Mais, jusqu'ici, elle sont les moins scolarisées, les plus confrontées à la mort et à la maladie, 420 décès pour 100 000 naissances. Elles travaillent 18 heures en moyenne par jour contre 8 heures pour les hommes, mais elles gagnent moins. L'enquête sur le secteur informel dans l'agglomération de Dakar (Dps-2003) a révélé que le revenu horaire moyen des hommes est de 43,4% supérieur à celui des femmes (347 FCFA contre 242 FCA) alors que le revenu mensuel moyen des hommes est presque le double (1,9 fois) de celui des femmes (79 400 FCFA contre 42 400 FCFA).

Au Royaume Chérifien où nous venons de participer à l'analyse du budget sensible au genre des pays participants à l'expérience de l'Unifem, c'est le ministère de l'Economie et des finances qui a le leadership des questions de genre, et c'est le directeur du budget lui-même qui est venu nous faire une présentation des actes posés par son pays. Ceci pour dire que quand nous parlons de genre nous parlons d'économie et de développement, et cela Monsieur le Premier ministre l'a compris, lui qui a assisté à la conférence au sommet sur le genre organisé par le Pnud le 15 novembre 2005.

J'espère que notre pays, saura se mettre à la hauteur des nations citées aujourd'hui en exemple, comme l'Afrique du Sud ou le Maroc. Nous en avons les moyens humains et techniques, le chef de l'Etat porte la vision, il suffit de la mettre en oeuvre.

Après la déclaration faite à la conférence nationale des femmes du Pds, nous avons encore été déçues, car nous nous attendions à une décision de Maître Abdoulaye Wade comme président de tous les Sénégalais et de toutes les Sénégalaises et pas seulement en tant que chef d'un parti.

Mais pour conforter l'espérance et ne pas insulter l'avenir, je renvoie à la belle formule de mon ami, le professeur Hamidou Dia, pour dire qu' 'il n'y a pas de destin forclos, il n'y a que des responsabilités désertées'.

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