Hassan Gherab
19 Décembre 2006
Les scientifiques souhaitent une UMA pour la sauvegarde des manuscrits
Les conférenciers, s'accordant sur la nécessité de sauvegarder et de préserver les manuscrits dont l'importance et la valeur scientifiques ne sont plus à démontrer, ont appelé à unir les efforts en développant les échanges inter maghrébins. Ils ont souhaité le parrainage de projets de recherche maghrébins, l'échange de documentation, l'élaboration d'un répertoire commun des manuscrits et la mise en place d'une banque maghrébine de données
Les manuscrits du Fiq'h et du soufisme ont été le thème axial d'un colloque maghrébin, le quatrième du genre, qui s'est tenu samedi et dimanche derniers à Oran. Organisée par le Laboratoire des manuscrits de la civilisation musulmane du nord de l'Afrique de l'Institut des sciences humaines et de la civilisation musulmane de l'université d'Oran, avec la collaboration de plusieurs laboratoires de recherche, cette 4e rencontre scientifique a réuni des chercheurs d'Algérie, du Maroc, de Tunisie et de Libye.
Au premier jour du colloque, les conférenciers ont fait un état des lieux qui rendra compte de la place et l'importance accordées au manuscrit dans le Maghreb. Dans sa conférence, le professeur Youssi El Houari de l'université d'Oran a présenté ses travaux sur un manuscrit sur le fiq'h écrit dans les années 1930 par le cheikh Mohamed Ben Ali Essenoussi El Khettabi El Idrissi qui, par ses travaux, a participé à la construction de l'identité musulmane et de la conscience collective, terreau où s'est développée la lutte contre le colonisateur. Précisant que «la pensée d'El Idrissi El Khettabi qui avait pris ses distances des travaux de l'imam Malek dans 10 concepts du Fiq'h a rayonné sur l'ensemble du monde musulman», le professeur cité par l'APS affirmera que son manuscrit revêt à ce titre une valeur scientifique importante.
Le Dr Sadek El Gheriani de l'université El Fath en Libye abordera, quant à lui, la menace de disparition qui plane sur les manuscrits au Maghreb et ce, même si on relève un début d'intérêt dans ce domaine. A ce propos, l'étude des manuscrits se caractérise dans cette région par une «une approche et un traitement territorial réducteurs» qui constituent un écueil pour les chercheurs maghrébins.
Au deuxième jour du colloque, les conférenciers donneront des communications sur les travaux de cheikhs maghrébins. Le Dr Mohamed Debbagh de l'université d'Adrar illustrera l'importance du manuscrit comme référence dans la compréhension de ces principes du fiq'h à travers la présentation d'une étude de ces principes chez l'imam Malik, élaborée par Abi Kef que le Dr Hassane Essadiki du Maroc étayera avec son exposé sur la traduction des manuscrits des cheikhs de la confrérie Tidjania qui ont servi de référents à de nombreuses recherches. D'autres intervenants se sont, eux, chargés de présenter des manuscrits de cheikhs du soufisme dans le Maghreb arabe tels que Mohamed Ali El Kherroubi Ettrabelsi, Ahmed Chirazi Etouati et Abderahmane Ettazi.
A la clôture du colloque, les conférenciers, s'accordant sur la nécessité de sauvegarder et de préserver les manuscrits dont l'importance et la valeur scientifiques ne sont plus à démontrer, ont, à ce titre, appelé à unir les efforts en développant les échanges inter-maghrébins. Dans cette perspective, les chercheurs ont souhaité le parrainage de projets de recherche maghrébins, l'échange de documentation, l'élaboration d'un répertoire commun des manuscrits et la mise en place d'une banque maghrébine de données. Ils ont également proposé la création d'une association maghrébine, d'un conseil scientifique du manuscrit, l'organisation périodique de rencontres entre chercheurs des pays du Maghreb et l'instauration d'un prix national pour les meilleurs travaux dans ce domaine.
L'Algérie s'est déjà engagée dans la voie. Sur le plan législatif, la promulgation de deux lois pour la protection du patrimoine culturel et le développement de la recherche scientifique, la promotion de l'archéologie et l'étude de la préhistoire a posé le cadre organisationnel nécessaire.
Au chapitre des infrastructures, sur demande du Président, l'Algérie s'est dotée d'un Centre national du manuscrit construit à Adrar et d'un réseau de laboratoires. Le Centre d'Adrar s'est déjà attelé, depuis deux ans, à l'élaboration de l'inventaire des manuscrits dont la plus grande partie est détenue par des particuliers ou des zaouïas.
Ce qui rend difficile la tâche des scientifiques qui, souvent, doivent convaincre les propriétaires des manuscrits de les leur confier. Conscients de cette réalité, le centre s'est attaché les services de deux cheikhs qui ont facilité le contact et aidé les chercheurs dans leur entreprise. Il faut cependant souligner que certains détenteurs de manuscrits ne demandent qu'à les voir pris en charge par les scientifiques et des mains expertes. 2 300 documents ont pu à ce jour être collectés et seront bientôt publiés. Et ce n'est qu'un début, car il reste encore des milliers de manuscrits à prendre en charge.
Enfin, les participants à ce 4e colloque sur les manuscrits du fiq'h et du soufisme ont décidé de consacrer la 5e édition à la recherche dans le domaine de la littérature et de l'histoire.
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