L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Julie Rampaul sur le point de décrocher son deuxième "Master" en droit

Marie-Annick Savripene

2 Janvier 2007


Port Louis — Julie Rampaul étudie en France depuis cinq ans.

Il y a cinq ans, Julie Sandra Rampaul, fille d'un pêcheur de Bain-des-Dames, se faisait accepter à l'université de Paris II-Panthéon-ASSAS au vu de ses résultats de form VI. Ses espoirs de faire des études supérieures échouaient toutefois sur les écueils d'un cruel manque de moyens financiers. Après la parution d'un article dans l'express, Julie bénéficiait de financements provenant du Rotary, de la Fondation Espoir et Développement et de quelques particuliers. Après un DEUG en droit obtenu en France, elle entame la dernière ligne droite d'un double master en droit à l'université de Fribourg, en Suisse. Histoire d'une persévérance récompensée.

Depuis notre première rencontre il y a cinq ans, la jeune fille un peu maigrichonne s'est muée en une belle jeune femme. Dans le salon de la maison familiale à Pointe-aux-Sables, Julie est dans son élément, heureuse d'avoir retrouvé les siens. Elle se sent bien dans cette maison dont la construction a été rendue possible par les indemnités de l'Etat aux pêcheurs de Bain-des-Dames et par des emprunts contractés.

Posés à côté de Julie, un imposant dictionnaire d'équivalences juridiques et une pile de contrats. Ces documents sont là pour lui rappeler que malgré les vacances, elle doit quand même s'atteler à des traductions de contrats du français à l'anglais, histoire de se faire un peu d'argent pour vivre et terminer son master II en droit comparé, français et suisse.

Julie ne cesse de dire sa reconnaissance à la Fondation Espoir et Développement, du groupe Beachcomber. Cette fondation a financé sa première année de diplôme d'études universitaires généralisées (DEUG) en droit à l'université de Paris II-Panthéon ASSAS. Elle remercie aussi Jean-Pierre Lan Yee Chew, ancien gouverneur du district 9220 du Rotary qui a su convaincre certains des clubs, de même que quelques membres, pour qu'ils financent la deuxième année de DEUG de Julie.

"Li pe tro ale"

Dans sa nouvelle vie en France, la jeune fille a connu, dans un premier temps, quelques problèmes d'adaptation. Logeant chez l'habitant en banlieue parisienne, elle a subi la rigueur du climat et une certaine indifférence des Français. Mais elle s'est réfugiée dans ses études, se raccrochant à sa devise : "Si les autres y arrivent, pourquoi pas moi ?"

La situation s'est améliorée dès qu'elle s'est fait des amis français et suisses, qu'elle a emménagé dans une chambre de bonne dans le 16e arrondissement parisien et que ses résultats ont reflété le fruit de son application dans ses études. Pour faire des économies, Julie a travaillé à la FNAC et dans une boutique de vêtements à côté des Galeries Lafayette. "Il me fallait jongler avec les cours et le travail", dit-elle. Elle passe sous silence les multiples privations et les nuits blanches consacrées aux études.

Au vu de ses résultats de DEUG et de sa motivation, Paris II-Panthéon-ASSAS l'a autorisée à poursuivre ses études à l'université de Fribourg, en Suisse, pour un double master en droit, l'équivalent d'un Diplôme d'études supérieures spécialisées. Julie a déjà décroché le premier et, en juin prochain, elle devrait, en toute logique, obtenir le master II en droit comparé français et suisse.

Pour subsister, Julie fait des traductions de contrats, du français à l'anglais, pour le compte de l'université de Fribourg. La bourse de Rs 1 500 que lui versait le Fishermen's Welfare Fund (FWF) depuis cinq ans a été brutalement interrompue en avril dernier. Un préposé du FWF a téléphoné à sa mère Jhoti pour lui dire que "li pe tro ale (NdlR: Julie pousse les études trop loin). Bizin donn lezot zanfan". Julie trouve cela incompréhensible. "En France, on me félicite. Ici, on trouve que j'étudie trop et on me coupe ma bourse. C'est vrai que le FWF m'a aidée, mais je ne comprends pas la logique derrière cette décision. C'est bizarre."

Pour sa part, le ministre Arvin Boolell, ministre de l'Agro-Industrie et de la Pêche, qui chapeaute le FWF, a appris avec étonnement que la bourse accordée à Julie Rampaul a été supprimée. "Je viens de parler au président du conseil d'administration du FWF à ce sujet et il m'a dit qu'à sa connaissance, aucune décision n'a été prise au sujet de Julie Rampaul. Je dois prendre pleinement connaissance du dossier de cette jeune fille." Il s'est aussi dit prêt à la rencontrer.

En attendant, la jeune fille ne se laisse pas abattre. Elle entend terminer ses études et trouver un emploi. À terme, elle voudrait aller jusqu'au doctorat en droit, pour parfaire ses connaissances. "J'aimerai bien passer mon brevet d'avocat mais je dois résider cinq ans en Suisse pour faire mon barreau. Donc, je le ferai soit à Maurice, soit ailleurs. Je prendrai conseil d'un des avocats qui sont mes parrains."

Elle souhaite revenir à Maurice un jour, si elle parvient à "faire la différence". "Cela ne veut pas dire gagner beaucoup d'argent car si je veux faire de l'argent, il vaut mieux que je reste à l'étranger. Faire la différence pour moi, c'est exercer pour pouvoir aider les autres".

Julie s'insurge contre ceux qui pensent que les laboureurs et les pêcheurs ne sont que des bons à rien. "Cela n'a rien à voir avec la paresse. Ils sont défaitistes à la base car ils vivent au jour le jour et ne peuvent savoir de quoi leurs lendemains seront faits. Donc, ils ne peuvent concevoir que leurs enfants soient capables de faire des études secondaires ou tertiaires. Mon père, par exemple, a été extrêmement surpris mais heureux quand j'ai eu mes résultats de Form VI. Autrefois, je me disais que cette chance allait tourner et que tout allait s'arrêter un jour. Aujourd'hui, je me dis qu'il faut s'accrocher et aller au-delà de ce que nous croyons être nos li-mites. C'est le conseil que je donnerai à tous les étudiants "

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