I.haouari
11 Janvier 2007
Assurer un accompagnement pédagogique approprié
La précocité intellectuelle qui caractérise certains enfants en bas âge a malheureusement tendance à se transformer rapidement en un handicap difficile à surmonter si un encadrement et une prise en charge appropriés ne sont pas rapidement assurés par les parents dans un premier temps et par les instituteurs au cours des premières années de l'enseignement primaire.
En effet, difficilement détectables, ces enfants déroutent leurs proches et les personnes qui les entourent par leur comportement et leur profil spécial qui les font assimiler, en apparence, à des enfants perturbateurs: ils se renferment sur eux-mêmes, écrivent mal, s'ennuient en classe, ont du mal à se concentrer très longtemps sur un sujet dont ils ont déjà fait le tour et posent en permanence des questions sur tout ce qui les entoure. Plusieurs études ont été menées par des psychiatres et des psycho-neurologues sur des populations d'enfants précoces pour en définir les caractéristiques sur le plan mental, affectif et psycho-moteur, qui permettent ainsi de les identifier. Les critères qui permettent de les définir sont multiples. Ces enfants intellectuellement précoces (EIP), qui ont un âge mental de deux à sept ans en avance sur leur âge réel, présentent un contraste frappant: alors qu'ils ont un comportement en apparence normal comme tous les bébés, ils sont capables d'avoir un raisonnement d'adulte. Par ailleurs, ils maîtrisent non seulement un vocabulaire plus riche que celui des enfants de leur âge mais ils parlent très tôt et apprennent à lire bien avant d'entrer à l'école.
Certains spécialistes, à l'instar de Jean-Charles Terrassier, psychologue français, ont poussé très loin la recherche dans ce domaine, en étudiant l'évolution intellectuelle, verbale, psychomotrice, affective et l'organisation dans l'espace de ces enfants. Jean-Charles Terrassier a ainsi établi une dyssynchronie entre le développement psychomoteur et le développement intellectuel de l'enfant surdoué.
Il s'avère, en effet, que si ces enfants présentent une très grande précocité intellectuelle (ils savent lire des phrases simples avant l'âge de cinq ans, ils aiment les jeux compliqués et en inventent de nouveaux, ils sont capables de mener un raisonnement mental compliqué, ils assimilent très rapidement et très aisément les indications et les informations que leur donnent leurs parents ou leurs instituteurs sur n'importe quelle situation, ils trouvent très rapidement les réponses à toutes les questions et les exercices proposés par leurs instituteurs ), ces derniers montrent, par contre, une certaine maladresse dans les activités manuelles, en éprouvant ainsi des difficultés pour la réalisation d'exercices de style graphique (écriture, dessin ). Si elle ne les expose pas à des problèmes pendant leur tendre enfance, leur précocité intellectuelle va se traduire dès leur entrée en maternelle par une difficulté à s'adapter au programme scolaire standard prévu pour les enfants normaux, ce qui a d'ailleurs généralement tendance à conduire à leur marginalisation. En effet, les exercices et les activités proposés par les professeurs vont paraître très faciles pour ces enfants qui vont avoir l'impression d'avoir bien compris la leçon et ne vont plus fournir beaucoup d'efforts en classe.
Un groupe de travail spécialisé
Par ailleurs, ces derniers vont également avoir tendance à accaparer la parole dans la mesure où ils ont presque réponse à tout, ce qui va incommoder leurs camarades et leurs professeurs. «Ces enfants souffrent d'un très grand malaise, dans la mesure où ils sont très mal acceptés par leurs camarades qui les considèrent comme des gens anormaux et qui ont tendance à se moquer d'eux. Quant aux instituteurs, ils se retrouvent face à des enfants qui sont la plupart du temps distraits, qui répondent aux exercices sans apporter de justification et qui posent trop de questions. Ces enfants, même s'ils présentent de grandes potentialités, vont avoir tendance à les inhiber pour suivre le même rythme que leurs camarades», a relevé M. Youssef Marouani, inspecteur général de l'éducation et spécialiste de l'enfance. Selon les chiffres qui ont été établis, 4% des enfants sont intellectuellement précoces dans toute société. En France, un tiers de ces enfants, à la fin du collège, sont de bons ou de brillants élèves, alors que deux tiers sont médiocres et en échec scolaire total. Bref, au total, c'est la moitié des E.I.P qui ne poursuivront pas d'études en rapport avec leurs capacités exceptionnelles, conduisant plusieurs pays européens à envisager des programmes spécialisés pour ces enfants afin que leurs compétences soient mises en valeur au cours de leur scolarité .
M. Youssef Marouani, s'intéressera aux enfants surdoués en Tunisie. A partir de février 2004, ce dernier constitue un groupe de travail qui va se pencher sur la thématique des «enfants à haut potentiel et met en place un projet visant à établir un portrait de l'enfant intellectuellement précoce en Tunisie à partir d'un échantillon d'enfants appartenant aux classes préparatoires (5 ans) et aux 1e et 2e années de l'enseignement primaire. Dans une seconde étape, l'inspecteur établit une stratégie d'accompagnement de ces enfants intellectuellement précoces basée sur une démarche précise et comprenant une série d'actions à entreprendre. Effectuant un travail de fourmi sur le terrain afin de collecter le maximum d'informations sur les EIP, l'inspecteur va, dans un premier temps, visiter une série d'établissements scolaires pour sensibiliser les instituteurs sur l'importance de détecter les enfants précoces, ainsi que l'approche à suivre.
Celle-ci consiste, sur la base d'une grille d'observations, à soumettre les enfants suspectés d'être intellectuellement précoces à une série de tests sur leur sens de l'observation, de la logique «L'utilisation de ces tests permet de mesurer le sens de l'observation chez l'enfant, la richesse de son vocabulaire, le développement de la logique», explique M. Marouani. Grâce aux tests qui ont été réalisés dans diverses écoles primaires et aux informations recueillies auprès des professeurs qui les ont effectués, l'équipe de travail conduite par l'inspecteur général a pu établir une série de recommandations dans le cadre du projet éducatif mené sur les EIP. Il s'agit notamment sur le plan affectif et social, d'aider les enfants à prendre conscience de leur fonctionnement et de leur grand besoin affectif. Une des recommandations préconise, par ailleurs, d'envisager plusieurs activités pédagogiques variées pour ces enfants: apprentissage collectif, développement de projets, mise en place d'ateliers, réalisation d'activités culturelles.
Un projet éducatif de longue haleine
«Il s'agit, en outre, de mettre en place toute une stratégie qui implique l'intervention de plusieurs acteurs de l'enseignement. Quatre types de mesures sont souhaitées dans le cadre de cette stratégie. Il s'agit de créer des cellules d'écoute et d'accompagnement de ces enfants intellectuellement précoces. Il importe aussi de mener des actions de sensibilisation, d'identification de ces enfants. Enfin, il est nécessaire de prévoir des mesures institutionnelles permettant une plus grande souplesse des programmes scolaires afin de pouvoir également les adapter aux besoins de ces enfants», a observé M. Marouani.
La troisième étape de ce projet éducatif de longue haleine consiste à élaborer des documents méthodologiques pour aider les enseignants à mieux accompagner les enfants à haut potentiel. «A la fin de ce mois, je compte effectuer une tournée dans plusieurs gouvernorats pour sensibiliser les instituteurs à la démarche à entreprendre pour détecter les enfants intellectuellement précoces et leur permettre de ne pas échouer dans leur parcours scolaire. C'est un travail de longue haleine».
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