L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Les tests ADN seront obligatoires

Raj Jugernauth

13 Janvier 2007


Port Louis — 2007 sera l'année de l'ADN à Maurice. L'état va légiférer sous peu pour rendre le prélèvement obligatoire pour des tests ADN sur tous les suspects. Mais l'utilisation de ces tests n'a réservé que déception et surprise jusqu'ici dans plusieurs affaires qui ont défrayé la chronique. État des lieux.

Un appareil pour les tests ADN est disponible à l'université de Maurice et est utilisé à des fins de recherches sur l'ADN.

Mardi 5 juillet 2005, on découvre dans le lagon de Mahébourg le cadavre d'une fillette de deux ans et demi. Maire-Anita Jolita a été sodomisée, violée et sauvagement frappée. Consternation et colère vont animer les habitants de la localité qui manifesteront devant le poste de police le lendemain lors de l'arrestation de deux suspects, Ludovic, 14 ans et Jean Mervyn Lotoah âgé de 20 ans. Ils vont avouer leur crime. Du sperme avait été prélevé sur la victime. Des tests ADN effectués sur ce prélèvement et comparés avec l'ADN des deux suspects en Afrique du Sud. En décembre dernier, le Parquet annonce à la cour que les tests indiquent que le sperme retrouvé sur la victime ne provient pas des deux suspects. Consternation. La cour accepte la mise en liberté conditionnelle de ces deux suspects accusés de meurtre et de viol. La liste des tests qui sont venus bouleverser des aveux et les certitudes des enquêteurs est aujourd'hui longue et déroutante. Trop longue à un moment où le ministère de la Justice met la dernière main à un texte de loi afin de rendre obligatoire le prélèvement des échantillons sur des suspects pour des analyses ADN.

Le premier cas qui a ébranlé les Mauriciens a été celui de Marcelin Azie, accusé du viol et du meurtre de Nadine Dantier à Albion. Il passera aux aveux et se rétractera par la suite. Les analyses faites en Afrique du Sud ont indiqué que les empreintes ADN masculines prélevées sur la victime ne correspondent pas avec celles de Marcelin Azie. On aura un scénario identique dans le cas de Nicolas Ste-Marie. Accusé du viol d'une coopérante française à Pereybère et identifié par la victime et un voisin de celle-ci. Il passe aux aveux. Mais les tests ADN indiquent que ce n'est pas lui le violeur.

Ces trois cas constituent autant de coups de boutoir aux tests ADN. Le public mauricien doute aujourd'hui de ces tests, considérés ailleurs comme infaillibles et comme la reine des preuves.

Pour les Mauriciens, les tests ADN sont peu fiables. Mais pas pour les experts.

«Les tests ADN ne mentent pas. On ne peut aussi pas dire que les tests ont été mal faits, ou que les prélèvements sont de mauvaise qualité. Si les échantillons sont de mauvaise qualité ou ont été altérés, on ne pourra pas amplifier l'ADN et le laboratoire indiquera qu'il ne peut obtenir des résultats. Si un résultat est obtenu, il est fiable», nous explique la doctoresse Meera Manraj qui mène des recherches sur l'ADN depuis 1994 à l'université de Maurice. Elle mettra les doigts sur un autre aspect de la question.

«Trouver votre empreinte ADN sur des échantillons prélevés sur les lieux du crime signifie que vous étiez dans cet endroit, mais cela ne veut pas nécessairement dire que vous êtes l'auteur du crime. L'affaire Nicolas Ste-Marie nous donne une autre leçon. Ce suspect avait avoué n'avoir pas éjaculé lors du viol. Ainsi, la police scientifique a pu prélever le sperme d'une autre personne qui a eu des relations avec la victime avant le viol. Du sperme peut être retrouvé sur une femme plus de trois jours après les rapports», explique-t-elle.

Le laboratoire médico légal de la police mauricienne n'a jusqu'ici effectué aucun test ADN, malgré le fait qu'il dispose de tous les équipements nécessaires à cet effet. Ce laboratoire n'a que les équipements, mais pas le personnel voulu pour ces types de tests qui sont effectués à l'étranger. Et il ne faut pas croire que ces tests ont toujours donné des résultats incompatibles avec les empreintes des suspects. Deux accusés ont déjà été condamnés sur la foi des tests ADN. Un jeune homme qui refusait de reconnaître être le père d'un enfant a été confondu par un test ADN. Mis devant les résultats en Cour suprême, il a accepté de reconnaître l'enfant.

Test obligatoire sur ordre d'un magistrat

Tout suspect qui refusera des prélèvements corporels afin de déterminer ses empreintes génétiques à travers l'ADN commettra un délit en vertu d'une nouvelle loi actuellement en préparation. Il pourrait alors être condamné à six mois de prison ou Rs 10 000 d'amende lit-on dans le texte de loi qui sera bientôt présenté au Conseil des ministres. Le législateur érige, dans cette nouvelle législation, le DNA Identification Bill, des garde-fous pour protéger le public. Ainsi, ce n'est que sur l'ordre d'un magistrat que les échantillons pourraient être prélevés sur les suspects. Le magistrat émettra l'ordre que s'il est satisfait que ces prélèvements sont importants dans l'enquête en cours et que la personne sur laquelle les échantillons seront prélevés est liée à l'affaire. La nouvelle loi interdit l'utilisation de l'ADN prélevé pour tout autre usage que la constitution d'une empreinte génétique qui ne pourra être utilisée qu'en cour de justice et uniquement pour l'affaire qui a donné lieu au prélèvement. Les résultats des tests ne pourraient pas être divulgués à des tiers.

Condamné sur la foi d'un test ADN

En octobre de l'année dernière, Abdool Mosheen Mooniaruck, un ancien enseignant, a été condamné en cour intermédiaire à sept ans de prison pour l'agression mortelle de son père, Abdool Hamid Mooniaruck Le verdict découlait des tests sur l'ADN de l'accusé qui niait être l'auteur du crime. Les faits remontent au 7 février 1997. Un litige opposait père et fils sur un terrain que le vieil homme voulait donner à une organisation socio-religieuse en vue d'y construire une école d'enseignement coranique. L'homme est retrouvé mort peu après, etranglé. Le même jour, le fils est arrêté. Il a des blessures au cou et aux jambes mais affirme qu'il s'agit de blessures causées par un accident. Il clame son innocence. Des échantillons d'ADN sont prélevés sur les lieux du crime, dont un échantillon de sang sous les ongles de la victime. Les analyses se font en Angleterre. Lors du procès, une experte anglaise déclare que l'ADN des prélevements indique deux profils et que les ADN retrouvés sous les ongles de la victime comprennent le sien et un autre présentant le profil de l'accusé. Sur la base des preuves indirectes et les résultats des tests ADN, l'accusé est trouvé coupable. En 2003, la Cour Suprême a eu recours à un test ADN à la suite de la plainte d'une certaine Nanette, mise enceinte par un garçon de 15 ans alors qu'elle n'avait que 13 ans. . La cour demande un test ADN et le jeune homme, qui avait atteint l'âge de 22 ans, est mis devant une évidence irréfutable. Il est le père de l'enfant et il accepte alors de reconnaître l'enfant.

Comment on fait un test ADN

L'analyse se fait à partir de tout ce qui contient de l'ADN qu'un éventuel meurtrier aurait pu laisser sur les lieux du crime : cheveux, poil, mégot (sur lequel il y a toujours de la salive), sang qu'on peut aussi trouver sous les ongles de la victime qui a griffé son agresseur. Au laboratoire, les échantillons prélevés sont plongés dans une solution qui détruit tout ce se trouve autour de l'ADN. L'ADN ainsi isolé est placé dans un gel et un courant électrique est alors passé à travers ce gel. Après quelques heures on obtient une espèce de code-barre. C'est le code ADN ou code génétique et il est quasi-impossible de voir deux êtres humains ayant un code identique à 100 %.

C'est là une ancienne méthode. Aujourd'hui on procède par l'amplification par un procédé nommé «polymerase chain reaction», nous signale la doctoresse Manraj.

Dans l'ADN depuis 1994

Maurice connaît l'ADN depuis longtemps. Le MSIRI est en mesure de produire des plantes génétiquement modifiées.

En fait l'île est reconnue comme étant le deuxième pays au monde à avoir publié des résultats de recherches sur l'artériosclérose. Le département de médecine de l'université de Maurice mène en effet des recherches sur l'ADN depuis 1992.

La doctoresse Meera Manraj a, quant à elle, commencé ses recherches en 1994 dans la même institution, mais également au CNRS de France et au MSIRI afin d'identifier les gènes qui rendent une grande majorité de Mauriciens plus susceptibles aux maladies cardiovasculaires et au diabète. Les régions chromosomiques où se trouveraient ces gènes ont déjà été identifiées. Les travaux se poursuivent en ce moment pour identifier le gène en cause. On aura les résultats d'ici deux ans.

En sus de l'université de Maurice et du MSIRI, le laboratoire médico-légal ainsi que le laboratoire du ministère de la Santé à Candos disposent des équipements pour des tests ADN. Celui du laboratoire médico-légal a coûté Rs 6 millions et dort à Réduit depuis 1997. Le pays ne dispose pas de l'expertise nécessaire pour dresser les empreintes ADN sur cet appareil. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a fait appel à l'expertise française, lors de sa récente visite en France, pour la formation du personnel mauricien. En attendant, les analyses se font en Afrique du Sud ou en Grande-Bretagne.

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