Brice Houssou
18 Janvier 2007
éditorial
Cotonou — Dix-huit des pays les plus pauvres du tiers monde peuvent souffler un peu : les pays riches ont décidé d'annuler leur dette. Peut-on dire que c'est là une bonne nouvelle ? Est-ce possible que, gratuitement, sans intérêt, pour rien, les pays riches annulent la dette de 18 pays pauvres ?
En fait, il s'agit de 40 milliards de dollars qu'ils doivent au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement. Les bienfaiteurs de service sont les ministres des Finances du G8 (Etats-Unis, Japon, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Canada et Russie). Et c'est Tony Blair et George Bush, qui ont concocté cette remise de dette en tête-à-tête. Mais ça cache quoi, tout ça ? La vérité est que depuis dix ans, il existe une initiative visant à décharger de leur dette les pays les plus pauvres et les plus fortement endettés. 38 pays entrent en ligne de compte.
Pourtant, seuls 18 d'entre eux ont été pris en compte. Les autres vont d'abord devoir présenter un certificat de bonne gouvernance, de "saine gestion", c'est-à-dire une gestion qui agrée les pays riches. C'est ainsi qu'au nombre des bons élèves, on trouve le Rwanda et l'Ouganda, même si leur "gestion" consiste principalement dans le pillage de l'Est du Congo et dans la répression qu'ils exercent à l'étranger. Alors que cette même République démocratique du Congo ne fait pas partie des élus. Et on devrait alors, tout légitimement se poser une question : que signifie cette annulation de la dette pour le tiers monde ?
L'autre question est en rapport avec la dette. Entre 1970 et 2002, l'Afrique a reçu 540 milliards de dollars de prêts. Durant la même période, le continent a remboursé 550 milliards de dollars de prêts et d'intérêts. En 2002, l'Afrique était encore aux prises avec une dette extérieure totale de 295 milliards de dollars. On vient de lui en supprimer un petit sixième. Chaque année, le Sud pauvre paie quelque 350 milliards de dollars en intérêts et remboursement de ses dettes au Nord riche. Pour que le tiers monde ait vraiment des chances de se développer, il faut annuler la totalité de sa dette, immédiatement et sans conditions.
Suite à la générosité du G8, les 18 pays vont désormais avoir à leur disposition un total de 1,5 milliards de dollars. De l'argent qu'ils devaient autrement utiliser pour rembourser leurs dettes. "Cela signifie plus d'argent pour l'enseignement et la santé", déclare le Premier ministre du Mozambique, Luisa Diogo. Exact. Oui, mais 1,5 milliard de dollars, c'est le montant que les Etats-Unis consacrent chaque semaine à la guerre et à l'occupation de l'Irak. Pays où, pour le dire tout net, se situent les priorités de Bush et de Blair.
Si les choses se sont passées ainsi jusque-là au Bénin, c'est parce que les acteurs de la société civile ont été très laxistes. En effet, le développement, c'est aussi la participation effective de la société civile au débat économique. En effet, l'économie mondiale se libéralise de plus en plus, au détriment d'un véritable développement humain, la chose étant plus accentuée au niveau des pays du sud. C'est dire que le monde va de plus en plus vers une dérive, vers une néo colonisation économique, si rien n'est fait. Voilà pourquoi les alter mondialistes proposent une autre vision du développement. Pour eux, les dettes doivent être annulées et auditées, et l'aide revue, dans sa forme, son contenu, ses objectifs.
En fait, pour un véritable développement, il faut plutôt des véritables partenariats économiques et non une pure libéralisation des échanges. Car si l'aide, était vraiment efficace, l'immigration n'aurait pas atteint le niveau inquiétant que nous observons aujourd'hui.
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