Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: L'Afrique , sa vie, ses rêves, son problème de fond

Kinshasa — Pour tout Africain sensible à la situation intellectuelle, morale et spirituelle de notre époque ; pour tout esprit attentif à la position internationale de notre continent dans le monde; pour toute personne consciente de profondes quêtes de nos sociétés face à l'avenir de l'humanité, le problème majeur de nos peuples aujourd'hui est sans aucun doute celui de juguler les impasses, les blocages, les contradictions, les désespérances et les désarrois auxquels l'ordre mondial actuel condamne et soumet les nations et les cultures.

Il s'agit de briser les ressorts de toute une structure globale de mentalité liée au despotisme des lois du marché mondial actuel. De sortir de la nasse de toute une vision du monde et d'organisation du réel qui pose plus de problèmes qu'il n'en résout non seulement à l'échelle économique, mais dans l'ensemble du champ de la vie humaine aujourd'hui. Plus précisément, il est question d'organiser nos sociétés et d'imaginer notre avenir sous un autre signe que celui de la malédiction néolibérale : de faire cela non pas par une simple critique théorique, abstraite et irénique du néolibéralisme comme philosophie et système du monde. Mais par des initiatives qui puissent représenter une véritable alternative concrète et crédible : l'altermondialisation en tant qu'espace du développement solidaire, du bonheur mondial partagé par toutes les nations et par toutes les couches de nos populations à l'échelle planétaire.

Ce problème que je soulève, et auquel beaucoup de personnes sont de plus en plus sensibles, est au coeur de la pensée altermondialiste africaine depuis quelques années déjà. Il préoccupe en profondeur les forces intellectuelles, les mouvements socio-politiques, les institutions religieuses, les pouvoirs publics et les énergies de la société civile. Il interpelle toutes les dynamiques qui composent actuellement la nébuleuse de contestation du système néo-libéral et les réseaux de résistance à l'esprit qu'il veut développer et promouvoir sur toute la face de la terre.

Devant l'emprise de cet ordre mondial sur les mentalités et les esprits, l'Afrique développe une profonde énergie de résistance intérieure : elle rêve d'un autre monde possible. Face au noyautage des esprits par les puissances de la globalisation du marché, l'Afrique promeut une dynamique qui refuse la capitulation : elle pense une autre vision de l'avenir des civilisations. Face au maillage et au formatage des attitudes et des comportements par les principes, les canons d'analyse, les structures de compréhension de la réalité et les protocoles de vie propres aux pratiques néolibérales, l'Afrique se bat pour la construction d'une civilisation du bonheur partagé. Devant le rouleau compresseur d'un ordre mondial dont le projet ne semble pas intégrer notre continent dans une perspective de progrès, de prospérité et de développement durable, l'Afrique est en train de gagner une bataille décisive : elle sème le doute dans les esprits sur le bien-fondé du projet néo-libéral dans la perspective de l'humanité solidaire.

Fixons nos regards sur ces quatre faces du continent africain et voyons comment chacune d'elles pose le problème du présent et de l'avenir de l'humanité.

L'AFRIQUE QUI REVE

Du Nord au Sud du continent, au plus profond des misères matérielles et des ruines psychiques, l'Afrique est aujourd'hui fécondée par un vaste rêve : le rêve d'un autre monde possible. Au sein de la nouvelle vague de notre littérature, de notre musique, de nos danses et de tous nos arts de vivre jaillit aujourd'hui une volonté d'espérance qui tranche résolument avec le pesant et écrasant pessimisme du monde néo-libéral devant les perspectives économiques et financières de nos peuples.

Dans la littérature africaine, nous assistons ces dernières années à l'émergence non seulement d'une autre tonalité littéraire, mais d'une orientation qui consiste à voir le continent comme une terre semblable aux autres : une terre où l'humanité de l'Homme est la même que partout ailleurs. Loin de la quête d'une hypothétique identité qui nous serait propre et qui nous mettrait à part face aux dynamiques fondamentales du monde et de l'humanité, beaucoup de nos écrivains parlent maintenant comme des êtres humains tout court, des hommes et des femmes s'adressant à d'autres hommes et à d'autres femmes, creusant dans leur discours tout l'humain tel qu'il se manifeste dans ses abysses, ses méandres et ses insondables ambiguïtés. Dans un splendide roman consacré à la violence des êtres et opportunément intitulé Au commencement était le glaive, l'auteur, Edem Kodjo, homme politique togolais très connu dans nos pays, considère que l'horizon de tout écrivain, où qu'il soit, est l'univers entier de la destinée humaine. Pour Alain Mabanckou (3), romancier congolais en grande efflorescence littéraire, c'est la condition humaine qu'il faut viser quand on entreprend de sillonner les aires de l'imaginaire. Nos identités, nos particularités, nos idiosyncrasies ne sont que des cas d'espèce dans l'immense tintamarre et les indicibles fureurs du destin des civilisations et des peuples. Quand une telle orientation devient une lame de fond de toute une création artistique à l'échelle d'un continent, il faut considérer que c'est l'être africain dans ses profondeurs mêmes qui manifeste une transformation radicale de sa vision des réalités humaines.

Je perçois la même lame de fond dans la manière dont notre musique entre dans le marché mondial maintenant. Les meilleurs parmi nos artistes musiciens, comme Youssou Ndour (Sénégal), Salif Keita (Mali), Aicha Koné (Côte d'Ivoire), Femi Kuti (Nigeria), Richard Bona (Cameroun) ou Papa Wemba, Koffi Olomide, Lokua Kanza et Rey Lema (RDC) ne s'enferment plus dans l'enchantement d'un public qui ne serait que local. Ils visent la conquête émotionnelle du monde et rêvent de se faire éditer par les « Majors », sans perdre rien de leur touche particulière d'Africains. Ils savent que l'horizon de leur travail est désormais un horizon mondial et que l'Afrique qu'ils représentent est une Afrique mondiale, mondialisatrice de ses sensibilités et de ses forces créatives.

Ce parti pris de l'humain en tant qu'humain est un signe qui ne trompe pas : ce dont notre continent rêve, ce n'est pas seulement la transformation de notre situation africaine actuelle, mais la mutation de l'humanité dans un tournant de civilisation où l'Afrique aurait sa place sans être ni écrasée par des malheurs qui lui seraient propres ni brisée dans ses ressorts vitaux par un statut particulier qui la stigmatiserait comme le maillon faible et misérable de la planète.

Dans notre imaginaire littéraire et artistique, nous sommes ainsi en pleine transformation de notre vision et de notre perception du monde. L'Afrique qui rêve imagine un autre monde et réimagine l'humanité entière. A cette lumière, nos malheurs, nos ténèbres existentielles et les tremblements de nos âmes dans tous les cataclysmes qui s'abattent sur nous sont de véritables douleurs d'enfantement. Un autre monde est possible et nous voulons l'enfanter avec toutes les civilisations (4).

L'AFRIQUE QUI PENSE

Plus que dans la littérature et les arts, c'est dans la pensée africaine que la mutation de l'imaginaire est le plus visible aujourd'hui. Deux thèmes y servent actuellement de principes de réorganisation et de réorientation de perspectives dans la réflexion.

Le premier thème est celui de la réinvention de l'Afrique. Lancé par le penseur congolais (RDC) V.Y. Mudimbé, il traduit la conviction que l'image négative du continent dans le monde aujourd'hui est le résultat d'un travail de formatage historique de notre être au cours de cinq derniers siècles de notre histoire. Nous avons été inventés et intégrés en tant que monde spécifique dans l'ordre d'une modernité où nous jouons un rôle qui n'a rien à voir avec ce que nous sommes ni avec ce que nous ambitionnons d'être. Autrement dit, notre état actuel est, aux yeux de beaucoup de nos penseurs, une « invention » propre à une certaine modernité occidentale : de son discours, de son projet, de ses intérêts, de ses réflecteurs idéologiques et de ses perspectives d'avenir. Si nous voulons sortir de la situation désastreuse et calamiteuse qui nous caractérise dans le système néo-libéral, il nous faut un travail profond de réinvention de nous-mêmes : la réinvention de l'Afrique. Il s'agit d'un processus de reconquête de notre humanité dans son pouvoir créateur, notre humanité en tant qu'humanité. Ni plus ni moins. Ce travail de réinvention conduit à placer notre être sous le signe d'une vision de nous-mêmes qu'un autre penseur congolais (RDC), Santedi Kinkupu, nomme opportunément philosophie de l'invention. Une perspective socio-idéologique sous le signe duquel il convient de regarder le monde et sa destinée à partir de notre terroir créatif (5).

Le deuxième thème qui me paraît significatif, c'est celui de la réimagination du monde. On le trouve dans toute une mouvance intellectuelle où se rejoignent les historiens africains ancrés dans la redécouverte de l'Egypte pharaonique (le camerounais Kange Ewane), les sociopédagogues enracinés dans la reconquête des valeurs spirituelles du terroir africain (l'ivoirien Félix Tchotche Mel), et les philosophes de la nouvelle utopie mondiale, qui pensent le continent africain non seulement comme berceau de l'humanité et source de la civilisation, mais comme l'avenir même de l'humain. Aux yeux de tous ces penseurs, le thème de la réimagination du monde à partir de l'Afrique définit la vocation actuelle qui devra être la route de tout Africain : contribuer à l'émergence d'une altermondialisation libératrice, qui soit en rupture avec les tendances lourdes et les inquiétantes pesanteurs de l'ordre néo-libéral.

Une nouvelle vision du continent africain est donc en train de prendre corps. Elle est fondée sur la conviction que l'Occident, dans la mesure où il s'enferme dans une foi aveugle dans les mécanismes actuels du marché, a cessé d'être l'espérance de notre planète, ou son âme. La nouvelle espérance, la nouvelle âme, c'est l'inter-fécondation des civilisations dans leurs énergies intellectuelles, éthiques et spirituelles, base d'une culture mondiale où l'humain puisse s'affirmer comme l'ensemble des valeurs fondamentales capables de donner sens aux pratiques économiques solidaires et à l'organisation politique des sociétés à l'échelle planétaire. Dans cette inter-fécondation, l'Afrique a d'énormes atouts en termes de réserve d'espérance et d'humanité. Elle constitue une énergie indispensable de réimagination du monde.

Réinventer l'Afrique, réimaginer le monde. Ces deux thèmes sont, dans leur imbrication, des catalyseurs d'un nouvel état de la pensée africaine. Une pensée qui ne pense plus seulement l'Afrique, mais qui pense le monde dans son ensemble et veut le changer dans ses lames de fond.

L'AFRIQUE QUI SE BAT

Notre continent n'est pas seulement un continent qui rêve et qui pense. C'est aussi un continent qui se bat sur plusieurs fronts pour transformer en profondeur son destin actuel.

Il se bat dans le champ de la démocratisation de son espace politique et de ses institutions publiques. Aujourd'hui, personne n'ose plus dire que la démocratie est un luxe pour l'Afrique ni que nos dictatures correspondent à un code génétique dont il convient de respecter la vénérable et ancestrale spécificité. Nos populations sont partout engagées dans des batailles politiques au nom des valeurs que nous considérons comme universelles, comme constitutives de l'humanité de l'homme : la liberté, la justice, l'égalité de chances, la solidarité mondiale et le bonheur partagé, par exemple.

Le domaine de la conquête des droits humains et de l'éducation à leur protection et à leur promotion est également un champ où la société civile africaine est fortement engagée. Dans le contexte néo-libéral du marché unique et triomphant, nos luttes pour les droits économiques et pour une régulation humaine de l'ordre mondial sont des luttes pour l'humain au coeur de l'économie. Notre volonté de disposer de droits et prérogatives politiques essentiels dans le fonctionnement des institutions du système des Nations unies correspond à un besoin et à un souci profond de restructuration de la planète selon des principes qui obéissent à l'impératif du droit et non à la dictature de la force militaire ou de la puissance économique. De même, la bataille pour les droits culturels du respect de nos terroirs vitaux et de nos choix éthiques locaux est une volonté de faire respecter partout ce que chaque peuple a comme pouvoir de créativité et d'efflorescence de son être en tant que champ de normes spécifiques susceptibles d'enrichir la diversité de l'humain.

Si je signale ces deux domaines de la démocratisation et des droits humains, ce n'est pas parce qu'ils sont les seuls où nos sociétés se battent aujourd'hui, mais parce qu'ils sont la manifestation la plus visible d'une orientation d'avenir qui constitue une lame de fond pour les espérances africaines (6).

L'AFRIQUE QUI GAGNE

L'Afrique se bat sur beaucoup de fronts aujourd'hui. Sur certains de ses fronts, l'Afrique gagne.

J'en signale deux, qui me semblent significatifs et qui servent d'emblème à mes yeux dans la situation actuelle du monde.

Le premier front concerne les idées essentielles sur lesquelles l'humanité devra miser pour la construction de son avenir.

Il n'y a pas longtemps encore, quand l'ordre du monde était bipolaire (Est-Ouest), la rivalité idéologique était de savoir s'il fallait placer l'avenir sous le signe de l'idée communiste ou sous l'étoile de l'idée capitaliste. Nous savons ce qu'il en est advenu: le communisme a perdu l'avenir.

Aujourd'hui, dans un monde que l'on présente à volonté comme un monde unipolaire, l'ordre démocratico-néolibéral a pu un temps étinceler comme la fin de l'histoire, pour reprendre l'expression de Fukuyama : la dernière étape du progrès de l'humanité vers sa vision de la politique et de l'économie.

La victoire de l'Afrique aujourd'hui, c'est d'avoir rendue possible une remise en question radicale de l'idée de la fatalité néolibérale comme vision de l'économie, de la politique et de la démocratie. Cette victoire, nous l'avons remportée dans notre propre imaginaire africain où, dans la sphère intellectuelle ou même dans ce que l'on appelait dans le temps les masses populaires, nous avons perdu foi dans le système néolibéral tel qu'il fonctionne aujourd'hui. Cette crise de la foi est aussi une crise de l'utopie : nous n'imaginons plus l'avenir comme un paradis néolibéral qui descendrait sur nos terres par la bonne volonté des institutions internationales. Il n'y a plus en nous cette espèce de mystique sacrale qui plaçait le monde occidental et tout ce qu'il produit au firmament de nos désirs. La fascination de l'Occident en nous, le néolibéralisme l'a tuée. Sa flamme s'éteint de jour en jour. Elle fait de l'Occident néo-libéral en nous une étoile dont les lumières peuvent briller encore pendant des années, mais dont nous savons déjà qu'elle est morte dans notre propre imaginaire. Nous regardons l'avenir non avec des espoirs d'une mondialisation néolibérale, mais avec les yeux d'une altermondialisation solidaire.

Notre victoire, c'est de constater que beaucoup de forces au sein des sociétés riches commencent à regarder l'avenir avec les mêmes yeux que nous. Malgré sa diversité et son éclatement en plusieurs nébuleuses, le mouvement altermondialiste à l'échelle planétaire est le signe que nous sommes dans la bonne direction. Nous avons réussi à faire perdre à l'idée néolibérale la bataille de l'avenir. C'est une victoire importante et décisive pour nous.

Une autre victoire est importante et décisive. Elle concerne le regard que certaines personnes, parmi les plus lucides qui considèrent attentivement la situation actuelle de l'humanité, portent sur notre destinée dans le monde. Depuis le début de la décennie 1990 jusqu'à l'année dernière encore, l'afro-pessimisme avait le vent en poupe. Des livres sensationnels et des articles de journaux s'étaient chargés d'annoncer notre mort prochaine. L'Afrique coule à pic, criait-on. On décrétait notre suicide en d'étincelantes faire-parts de décès imminent. Par de brillantes théories qui analysaient notre condition depuis la traite négrière jusqu'à la mondialisation néolibérale, on montrait comment notre être et nos structures socio-culturelles nous disqualifiaient face aux impératifs de l'avenir.

Dans tout ce discours et son rituel funéraire, on ne se rendait pas compte de la victoire la plus décisive de notre continent depuis cinq siècles : la victoire de la vie. Pour nous, être vivants après le cataclysme de la traite, après le désastre de la colonisation, après le drame du néocolonialisme et au sein de la tragédie de la mondialisation néolibérale actuelle, relève du génie vital et créatif. Un peuple capable de survivre à de tels effondrements dans son destin ne peut être qu'un peuple de génie. Et notre génie, c'est le génie de la vie.

Malgré l'afro-pessimisme triomphant de ces dernières années, certains spécialistes, comme l'économiste français Philippe Engelhard, commencent à s'apercevoir que l'idée d'Afrique est la plus neuve qui soit (7). D'autres, comme l'agronome français Pierre Merlin, se convainquent que l'Afrique peut gagner (8). D'autres encore, comme le philosophe Jean Guitton, pensent que notre continent est sans doute l'avenir du monde (9). Tous ont pris conscience de la possibilité que les peuples africains ont, s'ils se décident, de prendre les responsabilités qui sont les leurs, d'imaginer un ordre du monde en rupture radicale avec la malédiction néo-libérale. Ils ont compris que seuls ceux qui connaissent dans leurs souffrances la substance réelle de l'idéologie actuelle du marché mondial peuvent imaginer dans tout son éclat un autre monde possible. Sur son chemin de croix actuel, l'Afrique est porteuse de fécondes espérances. Ce n'est pas là un messianisme inutilement pathétique, mais un défi et un enjeu pour le destin africain. Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que ce défi et cet enjeu sont à notre portée et que notre continent peut devenir bientôt un autre monde possible, si nous le décidons ainsi.

Ce ne sont pas seulement certaines personnalités qui ont cette attitude de confiance en l'Afrique. Certaines nations dans le monde commencent à adopter la même vision de notre continent. La Chine, par exemple, présente aujourd'hui tous les signes d'une nation qui a compris que notre continent est un enjeu stratégique pour l'avenir. Elle a décelé sur nos terres d'énormes ressources vitales pour la conquête du futur. Le Japon aussi est pris d'un intérêt soudain pour notre continent, non pas seulement dans la perspective de l'aide humanitaire, mais dans l'invention d'une coopération capable de faire reculer la misère par l'émergence d'une voie nippone de développement pour nos pays. Même les Etats-Unis, si j'en juge par le déploiement de leur nouvelle diplomatie auprès de nos Etats, commencent à regarder l'Afrique autrement que du haut de leur arrogance. Ils sentent que nous avons au fond de nous une idée d'avenir qui pourra être très riche d'engagements au service du développement vraiment solidaire.

Apparemment, ces pays ne semblent pas miser sur la mort de l'Afrique ni sur l'enfermement éternel de nos nations dans notre crise actuelle. Ils misent plutôt sur notre vitalité dans l'avenir et ils ont raison. C'est là notre victoire, celle à partir de laquelle il nous sera possible d'imaginer maintenant notre place dans le concert des civilisations. A partir d'une révolution profonde de notre imaginaire et de la prise de conscience des responsabilités qui sont le nôtre dans la construction d'un autre monde possible.

L'Afrique au nom de laquelle je parle ici, c'est cette Afrique qui rêve, qui pense, qui se bat et qui gagne. Elle a un rôle capital à jouer dans le monde actuel.

Notes

1 Sur cette critique, on lira avec intérêt : R. Passet, L'illusion néo-libérale, Paris, Fayard, 2000 ; A. Jacquard, J'accuse l'économie triomphante, Paris Calman-Lévy, 1995 ; J. Stiglitz, La grande désillusion, Paris Fayard, 2002.

2 Lire à ca sujet, M. Kankwenda, Marabouts ou Marchands du développement en Afrique, L'Harmattan, Paris, 2000 ; A. Traoré, L'Etau, L'Afrique dans un monde sans frontières, Arles, Actes Sud, 1999 ; Le viol de l'imaginaire, Arles, Actes Sud, Fayard, 2002.

3 Lire Al. Mabnckou, Verre Cassé, Paris, Seuil, 2004 ; E. Kodjo, Au commencement était le glaise, Paris, 2003.

4 Je renvoie ici à l'abondante oeuvre de critique littéraire du Congolais Pius Ngandu dont les lumineuses lectures de la poésie, de l'art, des danses et du roman africains ont beaucoup nourri ma propre compréhension de l'univers imaginaire de notre continent.

5 Lire : V.Y.. Mudimbe, The Invention of Africa, Boomnington, Indiana University Press, 1988 , The Idea of Africa, Bloomington, Indiana Univesity Press, 1994 ; L. Santedi Kinkupu, Dogme et inculturation en Afrique, Paris, Karthala, 2002.

6 Lire : F. Eboussi Boulaga, Lignes de résistance, Yaoundé, CLE, 1999.

7. Philippe Engelhard, L'Afrique, miroir du monde, Paris, Arléa, 1998.

8. Pierre Merlin, L'Afrique peut gagner, Paris, Karthala, 2002.

9. Jean Guitton, Testament, Paris, Cerf, 1992.

(*) Kä Mana est philosophe et théologien congolais

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