Le Soleil (Dakar)

Guinée: « Les damnés de la terre » dans la rue

Depuis deux semaines, la Guinée montre, chaque jour qui passe, sa face cachée, sa face de conquérants de libertés et d'un mieux-être. Plus exactement, les populations, que les tenants actuels du pouvoir ne satisfont pas, veulent faire reconnaître leurs droits et, surtout, les arracher. Ce sont des Guinéens, appuyés sur le mouvement syndical, qui défient l'autorité du président Lansana Conté, exigeant son départ.

À Conakry, comme dans toutes les grandes villes de province, la rue gronde, manifestant sa désapprobation de toutes les politiques, jusqu'ici, conduites par le général Conté qui, à sa prise du pouvoir en 1984, après la disparition du président Sékou Touré, promettait de faire revenir l'espoir dans un pays dirigé d'une main de fer par son prédécesseur. Vingt-trois ans plus tard, les Guinéens n'ont pas encore vu se traduire dans la réalité leur rêve d'un monde meilleur. Aujourd'hui, ils sont dans la rue, lançant un défi à l'autorité du général Conté qui, à leurs yeux, est devenu « un potentat qui sert ses intérêts personnels ». Ils se soulèvent et disent haut et fort qu'ils veulent pousser à la sortie leur dirigeant. Lequel refuse de vider son palais. L'opposition est donc vive. Et quand un conflit s'intensifie à ce point-là, comme en Guinée, apparaissent deux camps qui ne communiquent plus et se regardent plutôt en chiens de faïence. Entre la parole de terrain donnée aux grévistes soutenus par les populations et celle des tenants du pouvoir réunis dans les bureaux et appuyés par les forces de l'ordre, il y a une rupture profonde. Deux visions différentes de la conduite des affaires du pays. Si d'un côté il y a incompétence des masses pour contester certains choix par rapport à des dossiers ultra-sensibles de l'Etat, de l'autre il y a arrogance du pouvoir qui, au lieu de favoriser l'écoute réciproque, se braque et donne l'ordre aux forces de sécurité de casser du manifestant et embastiller les responsables syndicaux.

Disons le tout net, la situation en Guinée est préoccupante. D'où la décision prise par les chefs d'Etat de la Cedeao de mandater les présidents sénégalais et nigérian pour aider à trouver une solution à l'épineux problème qui se pose à ce pays. En tout cas, Abdoulaye Wade et Olusegun Obasanjo doivent se donner la volonté et les moyens de renouer les fils du dialogue déjà rompus entre les parties en conflit. Il est certain qu'ils ne manqueront pas de faire comprendre au pouvoir en place que la Guinée est désormais entrée dans une nouvelle dynamique, mettant en jeu les autorités étatiques, les forces syndicales, les élites politiques de l'opposition... Bref, l'ensemble des Guinéens épris de paix et de justice.

C'est vrai que les présidents Wade et Obasanjo ont une expertise avérée en matière de médiation et de conciliation. Ils ont beaucoup aidé à la résolution de certaines crises à travers le continent. Ils ont besoin de la même veine en Guinée, un pays qui se réveille, après un long sommeil très agité et souvent peuplé de cauchemars. Voulant cesser d'être « les damnés de la terre », les Guinéens se sont levés, loin des divergences politiques et expriment leur malaise et leur rage, derrière la grève générale illimitée des organisations syndicales.


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