La Tribune (Algiers)

Algérie: La filière compte 61 éleveurs et 10 644 vaches laitières

Kamel Amghar

29 Janvier 2007


La production de lait cru ne couvre que 26% des besoins à Béjaïa

Le lait constitue un produit de base dans le modèle de consommation algérien. Qualifié de «protéine la moins chère» sur le marché des vivres, et de surcroît subventionné par les pouvoirs publics (à hauteur de 13 DA/litre) au même titre que les autres produits de base, le lait est un nutriment fondamental dans le régime alimentaire local.

Avec une ration individuelle moyenne de 140 litres par an, soit un volume global annuel de plus de 3 milliards de litres, l'Algérie compte parmi les plus grands consommateurs de lait au monde. Sa part dans les importations alimentaires totales du pays est de l'ordre de 20%. On importe annuellement pour 600 millions USD de poudre de lait et produits dérivés, en occupant ainsi le troisième rang mondial en matière d'importation de laits et produits laitiers, après l'Italie et le Mexique.

L'industrie laitière locale fonctionne essentiellement sur la base de la poudre de lait d'importation, car l'élevage -principalement extensif- y est peu productif. Avec la hausse spectaculaire des cours mondiaux de la poudre blanche (+ 40% fin 2006), la facture risque de se corser davantage si, bien entendu, rien n'est fait pour améliorer la situation. Ces dernières années, l'Etat a cependant consentis d'énormes efforts dans le cadre de PNDRA (Plan national de développement et régulation agricoles) afin de réduire le degré de dépendance de l'industrie laitière par rapport aux marchés extérieurs. D'importantes subventions ont été, notamment, accordées aux éleveurs pour réformer les performances de la filière.

Les statistiques des services concernés mentionnent, conséquemment, une hausse sensible de production de lait cru qui avoisinerait actuellement 1,915 milliard de litres par an (le ministre de l'Agriculture a même évoqué récemment le chiffre de 2,2 milliards de litres), soit un déficit de l'ordre de 35%. Le département de Saïd Berkat compte reconduire cette stratégie pour les prochains exercices afin de niveler davantage ce différentiel. Ainsi pour le compte de l'exercice en cours, l'Algérie compte importer 50 000 vaches laitières (VL) dans le but d'accroître encore le produit intérieur. Le pays avait, pour rappel, acquis 8 000 VL au cours de l'année 2006 et 18 000 autres durant l'exercice précédent. Un potentiel animal, issu de race moderne et amélioré, proposé aux éleveurs à des prix préférentiels.

Les spécialistes notent, toutefois, des carences dans l'accompagnement et le suivi de ces programmes. On évoque à ce sujet, et avec insistance, le cas de certains usurpateurs qui profitent de leur statut d'«éleveurs» pour revendre chèrement du bétail subventionné aux véritables producteurs.

Il est aussi question de manque de professionnalisme, et des charges d'exploitation -en constante augmentation- qui rebutent les exploitants. Eu égard au potentiel de son cheptel (10 644 VL), à la nature de sa production et à ses importantes potentialités industrielles de transformation, la wilaya de Béjaïa n'échappe pas à ce déficit. L'exemple de cette région est, en effet, assez caractéristique pour servir d'illustration à l'ensemble du dispositif national en la matière. Selon des statistiques récentes des Services agricoles de la wilaya (DSA), la production locale de lait cru, estimée à 69 317 litres par jour (soit 25 300 550 litres par an), ne couvre, en effet, que 26% des besoins.

Les plus fortes concentrations de l'élevage bovin laitier (se situant dans les zones de Kherrata, Aokas, Sidi Aïch et Adekar) correspondent aux étages bioclimatiques humide et subhumide. Ces quatre subdivisions totalisent, à elles seules, 56,53% des effectifs, souvent à caractère extensif. Certaines localités, dont les élevages sont inférieurs à 6 VL, échappent carrément à toute action de collecte à cause de l'accès difficile et de l'inadéquation des moyens de collecte.

Les chiffres de l'administration mentionnent aussi que, dans 95% des cas, les troupeaux élevés sont de petite taille ne dépassant pas les 6 VL. Les élevages comportant 6 à 10 VL représentent seulement 2,67%, ceux 10 à 25 VL se limitent à 2,76%, et l'on ne compte que 3 élevages à plus de 25 VL, soit un taux de 0,12%. Cette structuration «éclatée» des exploitations complique l'action de collecte dont le taux de couverture est évalué à 10% seulement. Les laiteries Tchin-Lait Candia, Danone, la Vallée, Soummam, Parad'Ice collectent, d'après le même bilan, une moyenne quotidienne de 15 000 litres chacune. Quantité qui reste bien en deçà de leurs capacités de transformation respectives.

Afin d'examiner les solutions possibles à l'amélioration de la productivité, la DSA a organisé dernièrement des journées techniques sur la production laitière. Tous les intervenants, lors de ce séminaire, ont été unanimes quant à l'impératif d'une réorganisation profonde de la filière et d'un suivi conséquent des programmes du PNDRA. L'utilisation rationnelle des ressources naturelles à travers un système de production adapté au milieu et la rentabilisation des infrastructures existantes figurent parmi les propositions émises à cette occasion. A court terme, les spécialistes préconisent l'amélioration des réseaux de collecte pour toucher toutes les localités de la wilaya. A moyen terme, on se propose de développer le rôle associatif et coopératif pour créer l'interactivité indispensable entre tous les intervenants (relations interprofessionnelles, appui des laitiers à la production).

En guise de mesure incitative supplémentaire à la production laitière, les séminaristes ont également mis le doigt sur la gestion technico-économique des troupeaux laitiers dans l'optique de diminuer le coût de production à travers la valorisation de sous-produits agricoles apte à être incorporée dans l'alimentation animale (grignon d'olive : 15 000 tonnes en moyenne annuelle, plantation de frênes et caroubiers) et la revalorisation du prix du lait cru. L'élevage des races caprines locales qui s'adaptent mieux au climat et à la géographie de la région est aussi suggéré. La formation, l'amélioration génétique et la production locale de génisses laitières, l'hygiène et la santé animale, le rôle des assurances, celui des coopératives, ont été aussi autant de question, soumises à débat. Il faut dire que la wilaya dispose de nombreux atouts pour prétendre à une production qui couvrirait au moins la moitié de ses besoins.

Un potentiel animal de qualité, des périmètres favorables à l'extension des cultures fourragères, une infrastructure d'élevage disponible (notamment celle léguée par les domaines autogérés), une tradition d'élevage qui confère une certaine expérience, des étages bioclimatiques propices à cette activité, la disponibilité d'une industrie de transformation compétitive, un réseau de formation et de vulgarisation relativement étoffé, et une alternativeconstituée par l'important élevage caprin adapté au relief de la wilaya. Les services agricoles se promettent d'oeuvrer en faveur d'une exploitation rationnelle de ces avantages pour faire de Béjaïa une mamelle généreuse.

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