Port Louis — C'est d'une overdose dont il s'agit. La MBC semble maintenant disposée à décliner sous toutes les coutures, dans tous les styles et sur tous les tons les discours des ministres et, surtout, du premier d'entre eux. Elle a franchi une ligne rouge la semaine dernière en diffusant deux jours de suite le même reportage au cours du journal télévisé.
"Il y a de ces événements qui sont tellement importants que nous devons donner toutes les chances aux téléspectateurs d'en prendre connaissance", explique avec impudence le directeur général de la MBC, Bijaye Madhou. Ainsi, il range la balade en hélicoptère au Morne de Navin Ramgoolam parmi les événements déterminants pour l'avenir de la nation !
Cela fait quelque temps déjà que ceux qui contrôlent le service public audiovisuel admettent sans complexe qu'ils conçoivent leur rôle comme étant de servir les dirigeants du pays. En particulier, le directeur général de la station assume officiellement cette posture et reconnaît publiquement que la MBC se donne pour objectif de faire les louanges du Premier ministre. Depuis dimanche, la station est passée aux actes. Plutôt que de diffuser de l'information, elle l'assénera.
Bijaye Madhou n'est pas le seul à penser que l'audiovisuel de service public doit être dévoué aux dirigeants du parti au pouvoir, considérés comme les propriétaires de la station. Le président de la MBC, Fareed Jangeerkhan, admettait également sa ductilité en révélant que "si le bureau du PM pense qu'il est nécessaire dans un cas particulier d'avoir un droit de regard, cela ne me gêne pas". Il devait admettre, dans une interview, que "le conseil d'administration a demandé un droit de regard sur la structure de la rédaction (car) il y a des manquements au niveau du traitement de l'information gouvernementale". Et, comble de l'indécence, il affirmait que "pour le prix de la redevance, la MBC offre un service extraordinaire, si les gens ne sont pas contents, il n'y a rien à faire avec eux".
Ceux qui défendent l'accaparement de l'audiovisuel par le parti au pouvoir soutiennent que la MBC doive servir de contrepoids à la presse écrite. Cette argutie n'a bien entendu aucun fondement. La presse dominante est confirmée, sondage après sondage, comme l'une des institutions les plus crédibles du pays et ne saurait être assimilée à un instrument au service d'un quelconque intérêt partisan. Il n'y a que des paranoïaques échafaudant sans cesse des théories de complot qui voient des mains invisibles contrôlant les principaux journaux du pays.
Avec le maintien du monopole d'Etat dans le domaine de la télévision, Maurice accuse un retard dramatique. Il y a une désaffection pour le service public qui est liée à son image de "paillasson". Ce n'est pas sans raison, qu'en dépit de leur coût élevé, les bouquets satellitaires ont séduit plus de 20 % des familles mauriciennes. Comme les radios libres, des télés privées auraient constitué des espaces de liberté pour une information plurielle et des débats sains. Pas du genre qui vise à ressusciter le démon du communalisme dans nos stades.
En optant pour la répétition des images afin qu'elles soient bien gravées dans nos esprits, la MBC passe de la propagande au bourrage de crâne. A moins que ce ne soit un clin d'oeil à Goebbels qui répétait un mensonge pour qu'à l'usure il se maquille en vérité.

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