Abidjan — Les jeunes filles et garçons qui composent les sélections nationales minimes et cadettes promettent déjà.
Là où tout le monde attendait le mini-tennis, la Fédération ivoirienne (FIT) a lancé "les Ecoles fédérales". De petites "fabriques" de champion que l'on peut voir prospérer depuis février dernier dans certains quartiers d'Abidjan et de l'intérieur du pays. "En fait, le projet a démarré en 2003 avec l'école pilote à l'hôtel Ivoire. C'est au vu du succès de l'Ivoire que nous avons décidé de lancer les autres écoles. Bientôt, partout dans le pays, chaque grande ville aura son école de tennis", promet le responsable des écoles fédérales de la FIT, M. Bosson.
Les apprenants dont l'âge varie entre 10 et 12 ans ne cachent pas leur soif de devenir de véritables champions de tennis un jour. "Je veux jouer à Roland Garros", déclare Yao Connor. A 11 ans, le gamin bien entouré par ses parents enchaîne les exploits depuis 2003.
Idem pour Aké Doriane qui monte en puissance depuis l'avènement des écoles fédérales. Lors du premier tournoi de la saison disputé le week-end dernier à l'hôtel Ivoire, la petite étoile de Blaukhauss a tout balayé dans sa catégorie des cadettes avant de s'imposer dans la catégorie supérieure des juniors filles. Sa motivation, Doriane la tire des matches des soeurs Williams qu'elle "adore". Je veux être comme elles. "Leur tenue de raquette et leur comportement sur le court me fascine. Elles ont la même couleur de peau que moi et je pense que si elles ont réussi dans le tennis, c'est que je peux moi aussi réussir", estime Aké Doriane.
De son côté, la fédération qui a initié ce projet des écoles fédérales reçoit ces déclarations des gamins comme un encouragement à redoubler d'effort. "Il y a un engouement certain. Les enfants aiment le tennis, ils ont le talent, il nous appartient en tant que Fédération de mettre les moyens et de leur offrir régulièrement un cadre pour qu'ils s'expriment. J'appelle tous les annonceurs à venir soutenir ce grand projet de la Fédération ivoirienne de tennis. Parce que ces jeunes pousses sont extraordinaires et vont sûrement valoir des lauriers à notre pays, comme au football. J'ai hâte de voir se réaliser la deuxième édition de cette compétition", déclarait le directeur général des Douanes ivoiriennes, le colonel Gnamien Konan, vice-président de la FIT et parrain du tournoi qui portait son nom l'an dernier à l'Ivoire.
Et pourtant, l'ouverture de ces écoles s'est fait sans grand faste. "Personnellement, j'étais un peu perplexe au début. J'avais souhaité qu'on remette cela à plus tard. Mais Me N'Goan qui avait une vision contraire de la chose s'est entêté. Aujourd'hui j'avoue que je suis agréablement surpris par la tournure que prennent les écoles fédérales", confesse Bosson.
De l'hôtel Ivoire au Champroux, à Marcory, en passant par la Sir (Vridi), la Sotra (zone 4) et le GATL, à l'aéroport, les enfants affluent de partout. La ruée de ces jeunes filles et garçons vers le tennis est souvent encouragée par les parents. "A force de m'accompagner aux séances d'entraînement, il a aimé le tennis et je ne peux que l'encourager surtout qu'il ne se débrouille pas si mal ", confie M. Yao, un parent d'élève. Cette affluence permet à la Fit de disposer aujourd'hui d'une base très large de 50 gosses dans chaque école. Parmi ces gamins, l'on puisera une dizaine, les plus méritants, pour former une équipe dans chaque école. "C'est dans cette petite élite de dix par école que nous allons sélectionner les pensionnaires de l'Académie que nous envisageons de créer", explique le patron des écoles fédérales. L'objectif pour la Fit est d'arriver à mettre sur pied des équipes nationales de tennis fortes capables de positionner la Côte d'Ivoire dans le gotha mondial.
Le satisfecit de la Fédération internationale
J'étais venu pour voir et apprécier. Je comprends à présent pourquoi ce pays a une belle tradition de tennis en Afrique. J'ai vu également des responsables dévoués qui n'ont besoin que d'être soutenus dans leurs efforts pour franchir le pas. Nous allons tout faire pour assister cette fédération", a déclaré M. Couraud à l'issue de sa visite de travail il y a quelques mois à Abidjan. Le patron des projets et du développement à la Fédération internationale de tennis (ITF) n'a pas été avare en compliment vis-à-vis du tennis ivoirien. "Vous avez la chance d'avoir un potentiel immense et si les responsables de la fédération continuent sur cette lancée la Côte d'Ivoire comptera dans quelques années parmi les grandes nations de tennis ", estime l'expert international. Emerveillé par les Ecoles Fédérales de Côte d'Ivoire, Franck Couraud a vivement félicité Me N'Goan Georges et son bureau au nom de l'ITF. "L'évaluation que nous avons faite est largement positive. Ce n'est que dans un cadre pareil que l'on peut trouver des futurs grands joueurs de tennis Franchement nous avons été agréablement surpris par le dynamisme des activités de la Fédération ivoirienne", a déclaré M. Couraud, après avoir sillonné toutes les écoles fédérales. Un bon point pour le président N'Goan Georges et son équipe.
Focus : Déjà des fruits...
À peine le projet achève-t-il de se mettre en place que certains gamins se distinguent. Deux pensionnaires de l'Ecole fédérale de la Sotra, en Zone 4, viennent de se qualifier pour les 30ème championnats juniors d'Afrique prévus du 3 au 15 avril prochain à Gaborone, au Botswana. Les jumeaux, Cavallero Franck Eric et Coralie Erica qui se sont distingués lors des championnats de zone de l'Afrique de l'Ouest en décembre dernier à Abuja ont retenu l'attention des techniciens de la Fédération internationale (ITF) qui a décidé de les qualifier pour Gaborone 2007. Bien que minimes (14 ans), ces deux petits génies de la raquette seront amenés à défendre les couleurs ivoiriennes dans cette épreuve phare réservée aux juniors. "C'est une fierté de savoir que les Ecoles fédérales que nous sommes en train d'implanter commencent à produire leurs effets. Cela veut dire que nous sommes sur la bonne voie", a indiqué le président de la Fit tout heureux. Eric et Erica qui prendront part à un camp d'entraînement en Afrique du Sud à la veille de la compétition seront directement encadrés par un entraîneur de la fédération mondiale.
Depuis que N'Goran Clément et Ilou Lonfo ont raccroché, Claude N'Goran et Sanon Valentin qui, pendant plus d'une décennie ont porté le flambeau sont émoussés. De sorte que la Côte d'Ivoire aujourd'hui, brille par son absence sur l'échiquier international. En attendant la montée des jeunes Académiciens issus des Ecoles fédérales, la Fédération ivoirienne tente de combler le vide avec deux jeunes Espoirs. Nugent Vagba Terence et N'Yaba Lavry Sylvain qui évoluent aux Etats-Unis d'Amérique. Ils ont décroché le bronze au centre national de tennis El Mensah lors de la dernière CAN. Mais la Côte d'Ivoire écartée de la Coupe Davis et reversée dans le groupe 3 attend toujours les résultats pour se replacer dans la zone 2 Europe-Afrique.
Option : Challenge
C'est parce qu'il y a eu des joueurs qui ont été formés ensemble à l'Académie de l'ASEC que la Côte d'Ivoire est aujourd'hui parmi les meilleures nations de football en Afrique. C'est ce bel exemple de l'ASEC que nous voulons copier au tennis. Si nous y arrivons, vous verrez que nos résultats seront bien meilleurs que ceux du football. Parce que le tennis est un sport très technique ", déclarait récemment, le colonel Gnamien Konan, un des vice-présidents de la Fédération ivoirienne de tennis, au soir du tournoi des jeunes qui portait son nom. Le parrain du jour traduisait ainsi toute la philosophie de l'équipe fédérale conduite par le président N'Goan Georges. Au départ du projet, N'Goan Georges voulait acquérir un domaine privé retiré des bruits de la capitale, un centre technique national uniquement réservé au tennis pour "fabriquer" ces champions dont rêve désormais toute la Côte d'Ivoire.
La crise aidant, le projet a pris du plomb dans l'aile. Mais l'avènement des écoles fédérales depuis le mois de mars dernier est la preuve que la FIT n'a pas baissé les bras. La fédération internationale qui voulait avoir une idée de ces centres de formation a dépêché des experts au bord de la lagune Ebrié pour apprécier ce projet d'envergure de la fédération ivoirienne. Tour à tour, Amin Makhlouf, le responsable de la zone Afrique dont fait partie la Côte d'Ivoire et Franck Couraud, le patron mondial des projets et du développement, ont effectué des visites de travail à Abidjan. Tous sont unanimes pour dire que les Ecoles fédérales constituent un cadre idéal pour garantir la relève.
Me N'Goan qui ne veut pas partir de la fédération sans avoir laissé de traces semble bien parti pour tenir son pari. Même si le chemin qui reste à parcourir est encore très long.
Repères
Présentation. Chaque court de tennis géré par la Fédération ivoirienne de tennis comprend une école fédérale qui porte le nom du lieu où le court est situé. Elle est animée par au moins trois entraîneurs dont un responsable. Chaque école comprend au minimum cinquante enfants et est ouverte aux gamins scolarisés à partir de quatre ans.
Catégorie. Les écoles fédérales sont composées de trois sections et d'un pôle de haut niveau. La section minime part de quatre à six ans maximum avec une durée de cycle de trois mois. La section initiation est formée uniquement d'enfants présélectionnés lors de la pré-initiation. La durée du cycle est de 6 mois. Tandis que la section perfectionnement avec ses deux cycles de six mois et de plus de deux ans doit être composée par un nombre équitable de filles et de garçons.
Equipement. Toutes les écoles fédérales sont équipées par la Fédération ivoirienne de tennis qui leur affecte des encadreurs.
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