Kinshasa — Le sélectionneur des Léopards espoirs football séjourne à Kinshasa depuis quelques jours. Ceci, en prévision du match que les Congolais doivent livrer le 7 février prochain à Dakar contre les Sénégalais dans le cadre des éliminatoires des Jeux olympiques « Beijing 2008 ».
Ancien joueur de Charleroi en Belgique, cet entraîneur de football diplômé Uefa A a accepté d'accorder une interview au Potentiel pour parler de la situation de son équipe. Il a également saisi cette occasion pour féliciter l'entraîneur de Cilu de Lukala, Zico Kiadivila, son club ayant été sacré vainqueur de la coupe de l'Uniffac.
Les Léopards espoirs jouent le 7 février prochain à Dakar contre les jeunes Lions du Sénégal dans le cadre des préliminaires des Jeux olympiques. Quel est votre effectif pour cette rencontre ?
C'est un peu délicat dans le sens où j'avais retenu des joueurs en Europe qui malheureusement ne pourront peut-être pas voyager. Et là je vais découvrir d'autres joueurs. Les joueurs locaux avec qui j'étais censé travailler sont en compétitions africaines. Probablement, ce sera donc avec une nouvelle équipe, inédite, que je vais entamer ces préliminaires des Jeux olympiques. Et pourtant les jeunes joueurs congolais d'Europe tiennent à porter le maillot du Congo. J'ai personnellement contacté des jeunes comme Kitambala, Mulumbu, Mokamba et autres. Mais ils ne pourront peut-être pas venir. Les élections viennent juste de s'achever. Il faut donc attendre que les institutions se mettent bien en place pour que les moyens financiers soient mis à la portée de l'équipe nationale espoir. A moins peut-être que les mordus du football mettent leurs moyens à contribution pour que ces jeunes footballeurs d'Europe viennent défendre les couleurs du pays. L'avantage avec ces jeunes est que je les connais. Et lorsqu'ils vont dans de grands clubs européens, ils reviennent dans la sélection parce qu'ils ont pris goût à l'aventure. En plus, ils veulent tous aller aux Jeux olympiques. Ils ne se voient pas inférieurs aux équipes belges, français, allemands, etc. Ils n'ont donc plus de complexe.
Vous avez moins d'une semaine pour apprêter une équipe inédite comme vous le dites, est-ce un temps suffisant ?
On ne peut monter une équipe en une semaine, mais on peut composer une équipe et essayer de s'en sortir comme on l'a fait quand on est allé au Niger aux Jeux de la Francophonie. Il est vrai que le niveau est tout autre car l'équipe nationale espoir montée en Europe se compose des jeunes qui jouent souvent ensemble. Monter une équipe sur le plan de la cohésion entre les joueurs est très délicat certes. Mais je vais au Sénégal de manière stratégique, pour limiter les dégâts, contrairement à ma philosophie de gagner même sur le terrain de l'adversaire. J'ai eu le temps de me renseigner sur le profil de l'équipe nationale espoir du Sénégal. Je garde espoir sachant que le Congo est une équipe talentueuse et je me battrais pour ramener ne fût-ce qu'un match nul. Et l'adversaire du Congo éprouve toujours de sérieuses difficultés au stade des Martyrs de Kinshasa.
Vous êtes à la tête d'une équipe en difficulté, est-ce un sacerdoce ?
Le football, c'est mon métier. Je suis entraîneur professionnel passionné et non intéressé. Il faut établir cette différence. Les entraîneurs de football sont cotés par rapport à leurs résultats, par rapport aux victoires. Nous avons été cotés durement il y a trois ans lors de notre première expérience avec les Léopards espoir à cause d'une défaite contre le Cameroun à Kinshasa. J'ai trouvé cela injuste d'être viré juste pour une défaite. Mais les dirigeants de la Fédération n'ont pas été d'accord sur mon départ. Le président de la Fédération Constant Omari s'est souvenu du passé et m'a ramené à nouveau à la tête de cette équipe. Et nous avons travaillé. Le sélectionneur des seniors, Henri Depireux, compte énormément sur le travail que je fais avec des jeunes pour l'avenir. Une parfaite symbiose entre Mukanya. Je travaille donc en fonction également de l'équipe senior lorsqu'elle aura besoin d'un espoir pour combler un vide, comme ce fut le cas en 2004 avec Hérita Ilunga et Trésor Luntala. Après il y a eu Milambo, Ilongo, Mbala et les autres. Mais ma crainte se situe au niveau du départ. Nous devons prendre un bon départ et éviter ce qui est arrivé aux seniors qui ont mal démarré les éliminatoires du Mondial 2006. Et à l'arrivée, ils ont été dépassés par le Ghana. Il faut donc prendre le départ avec beaucoup de sérieux pour avoir une marge de sécurité assurée. Je pense que l'équipe que je rêve d'avoir, ma dream team, est très proche de l'équipe senior, sur le plan technique et tactique. Tous ces jeunes joueurs sont quasiment des acteurs dans leurs équipes. Mon équipe ne souffre pas du problème de gabarit, ayant une taille moyenne de 1m 85.
Quelles sont les difficultés rencontrées sur place au niveau administratif ?
Je n'ai pas rencontré beaucoup de problèmes. Et dans mes habitudes, j'ignore les difficultés et reste confiant. J'ai demandé aux dirigeants de la Fédération de laisser travailler l'entraîneur adjoint Lokose dans un premier temps. Je veux considérer son travail et je vais donner mon avis sur les joueurs à retenir et ceux qui doivent être renvoyés. Je veux travailler sans sentiment et on ne m'imposera pas un joueur. Et d'ailleurs, on ne m'a jamais imposé un joueur. La grande difficulté que je rencontre quand je travaille ici, c'est le manque de discrétion. Les séances d'entraînement sont ouvertes au public. J'ai horreur d'avoir du monde à mes entraînements. Ça distrair les joueurs, ils sont stressés et ont peur de rater. Or, je permets à mes joueurs de rater dans les entraînements parce que c'est une répétition. Parfois, le public joue un rôle néfaste sur les joueurs en les mettant sous pression par leur présence aux entraînements. Ainsi, les joueurs ont peur de shooter à plus de 20 ou 30 mètres parce que le public va huer. Dans mon école de football en Belgique, j'apprends aux enfants à rester sérieux et concentrés, même si parfois ils ratent certaines actions. Dans mes entraînements je fais la répétition. Ils sont donc soumis à 115 répétitions du même geste.
Vous êtes penché beaucoup sur la formation des jeunes à vous entendre parler
Je préfère le travail d'apprentissage parce qu'on se base sur des détails. Des entraîneurs Arsene Wenger d'Arsenal de Londres ou José Mourinho de Chelsea sont des exemples. Lorsque vous trouvez une réponse à un problème d'un jeune de 12 ans au niveau tactique et technique, vous arriverez sans beaucoup de difficultés à détecter ce problème et le résoudre chez un senior si cela n'a pas été fait. Le joueur vous sera reconnaissant en disant qu'il est passé entre vos mains et il a progressé dans sa carrière. Beaucoup de joueurs ici au pays ont des mauvaises courses et assises, et ils n'ont personne pour les corriger. C'est l'avantage d'un travail d'apprentissage. Tenez, l'entraîneur Bibey Mutombo a eu également des défaites avec V.Club. Il a réfléchi et a trouvé des solutions. Ce n'est pas le cas d'autres entraîneurs qui ont gardé un schéma malgré les défaites.
Vous n'êtes pas tenté de prendre un club au pays ou ailleurs en Afrique ?
Au début, j'ai flashé pour une équipe. Mais j'ai dû me rebiffer parce que je ne suis pas au bout de mes idées avec les Léopards espoirs. Après, je pourrai peut-être entraîner une équipe. J'ai dernièrement failli prendre la formation Satellite d'Abidjan en Côte d'Ivoire. J'ai attiré leur attention à partir de Niger où on a perdu contre la Côte d'Ivoire. Mais les dirigeants de ce club m'ont demandé de choisir entre les Léopards espoirs et ce club. Et grâce à l'équipe nationale, j'ai la possibilité de travailler le football plus en profondeur ; je participe également à des séminaires de formation et de recyclage.

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