Samira Dami
3 Février 2007
Nous avons reçu, mercredi dernier, un fax de «CTV- film», la société productrice de Making off de Nouri Bouzid, on peut y lire ce qui suit : «Le producteur et le réalisateur du film Making off tiennent à présenter leurs excuses au public qui a visionné un DVD piraté du film, car cette copie volée ne correspond ni à la durée finale, ni à la qualité technique de l'image et du son.
La copie qui circule n'est qu'un premier montage non rythmé qui ne correspond pas à la version finale qui a remporté le Tanit d'or lors des JCC 2006, et ne traduit donc nullement notre vision esthétique et dramatique». Fin de citation.
Il est vrai que le piratage des films locaux est un nouveau phénomène qui se généralise révélant par là une certaine demande du public. Ainsi, des films tels que VHS Kahloucha de Néjib Belkadhi, La tendresse du loup de Jilani Saâdi, La télé arrive de Moncef Dhouib ont été également piratés.
Mais la question qui se pose est la suivante : «Comment ces films piratés ont-ils atterri sur les rayons des marchands de vidéos»?
Est-ce par le moyen, les méthodes classiques, tels le téléchargement ou le filmage des films grâce à des caméras numériques dans les salles où ils sont projetés, ou encore le gravage illégal de DVD de promotion mis en circulation par les producteurs eux-mêmes? Ou enfin d'autres manoeuvres?
Or, dans le cas du piratage de Making off, le communiqué qui nous est parvenu énonce clairement que «la copie qui circule n'est qu'un premier montage non rythmé qui ne correspond pas à la version finale ».
Voilà qui pose non pas le problème du piratage façon classique, mais une autre forme de piratage interne à la profession cinématographique elle-même. S'agirait-il donc concernant Making off d'un «piratage maison»? Y'aurait-il de ce fait péril en la demeure?
Si c'est vraiment le cas, ce serait tout le socle du métier qui serait déstabilisé, ce serait tous les rapports entre les professionnels, tels, la confiance, le respect, ainsi que la déontologie et l'éthique du métier en général qui en prendraient un sacré coup.
Afin d'éviter toute mise en abîme du métier, toutes les parties : les bailleurs de fonds publics et privés, les producteurs, les auteurs et réalisateurs et autres intervenants dans la profession, devraient prendre conscience de la gravité de la situation et des conséquences pour le moins nuisibles de toutes ces manoeuvres cupides et affairistes qui court-circuitent toute la chaîne cinématographique.
Les lois contre les pirates et autres contrevenants existent certes mais les parties gagneraient à ce qu'elles soient appliquées.
Les chiffres prouvent que malgré tout,, le ministère de tutelle a fait preuve d'une certaine vigilance, puisque durant l'année écoulée, 700 vidéo-clubs ont été fermés et/ou sanctionnés.
Du coup, certains vidéo-clubs, afin d'afficher leur soutien au cinéma local, s'interdisent - en attestent les écriteaux dans les vitrines - de louer ou de vendre tout film de nationalité tunisienne. L'on voit bien donc que l'application de la loi a du bon.
Reste à satisfaire maintenant la curiosité et l'attente du public. Pour cela, l'on se demande pourquoi ne pas prendre l'initiative de commercialiser, comme partout ailleurs et dans les règles de l'art, les films tunisiens en DVD après leur sortie en salles?
En instaurant cette tradition, même pour les vieux films, toutes les parties confondues y gagneraient certainement. Et sur tous les plans.
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