Libération (Casablanca)

Maroc: Casablanca, la dynamique culturelle en panne ?

Khadija Alaoui

5 Février 2007


Episodiquement, la capitale économique s'anime. Des concerts, des spectacles, des Salons et des Festivals essaient d'insuffler vie à la plus grande ville du Royaume. En vain, semble-t-il.

Ceux qui vivent à Casablanca en savent quelque chose. La culture ne fait pas partie des préoccupations majeures des autorités locales. Occupant une portion incongrue, à la limite du dérisoire, la chose culturelle brille par son indigence. Une situation que les activités saisonnières, organisées avec parcimonie, n'arrivent guère à faire changer. Même si, de temps en temps, la ville s'anime, cela ne peut assouvir la soif de création de toutes les potentialités d'une ville de l'ampleur de Casablanca. Ainsi, cette ville de plus 4 millions d'âmes, doit se contenter de quelques centres culturels, de quelques espaces, de maisons de jeunes et d'évènements ponctuels.

Aussi, si le Festival de Casablanca ou encore le Festival L'Boulevard, arrivent à satisfaire un certain public, surtout en été, la grande majorité doit se contenter de miettes ou guetter fiévreusement les activités organisées par les instituts étrangers. Mais avec la plus grande volonté du monde, ces espaces culturels ne peuvent assouvir la soif de divertissement, de connaissances et de loisirs que les gens sont en droit d'espérer.

Avec ses neuf complexes culturels (Anfa, Sidi Belyout, Moulay Youssef, Zaf Zaf, Touria Sekkat, Moulay Rachid, Hay Mohammadi, Aïn Sebaâ et Kamal Zebdi) et ses huit centres culturels, la ville possède une infrastructure culturelle des plus timides. Pis, les complexes qui existent renvoient l'image d'une culture laissée pour compte, mal dans sa peau. La plupart de ces complexes sont dans un état peu reluisant. Certains d'entre eux souffrent aussi d'une mauvaise gestion. Dotés de budgets dérisoires, ces complexes ne font que perpétuer un laxisme à tous les niveaux. Et la meilleure des volontés de directeurs consciencieux ne peut venir à bout du manque de moyens. Cela ne veut pas dire pour autant que le ministère de tutelle ne se préoccupe pas de cette situation puisqu'il a octroyé à des associations culturelles des subventions de l'ordre de 1,8 million de dh, au titre de l'année 2006.

« On ne doit pas nier qu'il y a des animations culturelles, de temps en temps à Casablanca. Ce n'est pas le vide total, mais pas l'Eldorado, non plus », explique Saïd, un grand habitué de l'Institut français de Casablanca. Le jeune homme estime, pourtant, que cet espace ne s'adresse pas à tous car la programmation proposée est « élitiste ». Cet avis est partagé par bon nombre d'habitués de cet espace qui a su apporter des réponses adaptées à des besoins spécifiques d'une population avide de rendez-vous de qualité. Proposer une programmation tout au long de l'année est le voeu caressé par tous ceux qui veillent à la marche des complexes culturels de la ville. Mais cette ambition se heurte, bien souvent, au manque cruel de moyens.

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Reste alors les rendez-vous qui font le bonheur des Casablancais pendant l'été ou à différentes occasions, comme c'est le cas pour le Salon du livre, le Festival international du théâtre, le Festival international de la poésie Mais, somme toute, ces manifestations restent limitées dans le temps et dans l'espace. Et la culture n'arrive ni à rayonner ni à refléter les profondes aspirations de ceux qui rêvent d'investir le domaine de la création et à trouver des espaces pour faire partager leurs rêves. La dynamique culturelle est en panne. Réanimer, avec les grands moyens la chose culturelle, est, aujourd'hui, plus que jamais, une nécessité.

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