9 Février 2007
Port Louis — Il est entendu que tous les ans ou presque, depuis les années '70, Woody Allen nous sort une comédie généralement inspirée et de bonne facture qui dure à peu près une heure et demie. Train-train qui est de temps à autre interrompu par d'authentiques chefs-d'oeuvre. Après le gros effort qu'était Match Point en 2005, on peut comprendre que le cinéaste veuille reprendre son souffle, et qu'il se contente de sa moyenne.
Scoop s'inscrit bien dans cette moyenne : une petite comédie sans prétention, tout simplement bien faite, avec des acteurs intéressants (Scarlett Johansson, Hugh Jackman et Woody Allen, lui-même) et une bonne dose de loufoquerie, ne serait-ce que dans le choix du sujet. Suite à une communication reçue du fantôme d'un grand journaliste d'investigation, une apprentie journaliste (Scarlett Johansson) et un prestidigitateur (Woody Allen) mènent une enquête farfelue sur un citoyen au-dessus de tout soupçon - un aristocrate et politicien anglais (Hugh Jackman) qu'ils soupçonnent d'être un tueur en série. La façon dont s'établit le contact avec les deux détectives amateurs est du pur Woody Allen. On se régalera également de voir son personnage lâché au beau milieu de la bonne société anglaise et son propos sur le journalisme d'investigation mérite également notre attention.
Il y a une trentaine d'années, Woody Allen était le sujet d'une bande dessiné qui paraissait dans un quotidien américain. La caricature mettait l'accent sur ses sourcils descendant vers ses grosses lunettes à monture en écaille, formant ainsi "un parfait triangle d'anxiété" pour citer un critique.
Physiquement, Woody Allen a fini par ressembler à cette image ; mais en même temps, on le sent en phase avec ce vieux monsieur qu'il était destiné à devenir et cela lui donne presque une seconde jeunesse. Comme d'habitude, son personnage est toujours en proie aux délires névrotiques, mais cette fois il s'est choisi un rôle de vieux juif complètement fêlé et il s'en donne à coeur joie. Certaines de ses réparties sont si subtiles qu'on ne les saisit qu'au rebond. D'autres, pour ceux qui ont l'esprit moins vif, sont du pur Woody Allen, dans le genre : "Je suis né dans la foi hébraïque, mais à l'âge adulte je me suis converti au narcissisme."
" Et arrête de dire à tout le monde que je suis le fruit de tes entrailles !" lui lance Scarlett Johansson à un moment où Woody Allen et elle se font passer pour un riche américain et sa fille. Il y a entre Scarlett Johansson et Hugh Jackman, quelque chose qui ne va nulle part, à cause de la chute prévue pour cette histoire. En fait, c'est entre le vieux magicien et la jeune apprentie journaliste que se passent les vrais échanges. Scarlett Johansson aussi porte des lunettes dans ce film, elle aussi est agitée, en proie à des délires et son personnage est comme une version féminine en plus jeune de Woody Allen. Elle adopte les tics de ce dernier comme une seconde peau et sa performance dans ce film est moins une imitation qu'un hommage. Dommage que la présence de Hugh Jackman face à ce duo ne soit, pour ainsi dire, qu'une présence. Son personnage est bien là, mais il ne fait pas grand-chose.
Dommage aussi que Scoop ne soit qu'un film à Londres plutôt qu'un film avec Londres pour cadre. Bien que cette délocalisation loin de New York ait tout l'air de lui avoir apporté une nouvelle vitalité, la capitale britannique ne semble pas avoir grandement inspiré Woody Allen. Peut-être était-ce la peur de voir ses images de Londres jugées comme celles d'un touriste américain.
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