Nouri Zyad
9 Février 2007
Les enfants abandonnés traversent des moments difficiles à l'hôpital Sidi Hsayen à Ouarzazate.
Entassés dans une cellule de trois mètres sur trois, ils n'attendent que la main de Dieu pour les sauver.
Ils sont au nombre de dix-neuf petits enfants entassés dans une petite chambre, plutôt une cellule, du pavillon pédiatrique à l'hôpital Sidi Hsayen à Ouarzazate. Les infirmiers qui les prennent en charge crient au secours. Une grande majorité d'entre eux se trouve malade. L'exiguïté de la chambre fait que la contagion provoque d'autres malaises. Pour les guérir, il faut des médicaments.
Evidemment, ceux qui existent déjà à l'hôpital ne posent pas de problèmes, sinon les ordonnances s'accumulent. Le pire est qu'il existe une association créée auparavant pour prendre en charge ces enfants abandonnés, mais voilà que son président, l'ancien délégué de la Santé a été muté à Tétouan. Son second, qui n'est autre qu'un parlementaire de la province est aux abonnés absents, alors que les autres membres attendent peut-être une visite officielle. Les pauvres enfants, eux, sont abandonnées à leur triste sort. Les infirmiers n'en peuvent plus et crient au scandale, puisque, selon eux, il n'est plus possible de rester muet face à cette situation.
« On aurait dit que l'hôpital manque de chambres ou de moyens, mais vous pouvez bien constater une salle loin de quelques mètres seulement et qui dispose de tous les équipements nécessaires», a déclaré à Libé, un jeune bienfaiteur désarmé. En effet, la salle est spacieuse, aérée et bien équipée en lits, matelas et couvertures, un réfrigérateur, des cafetières et d'autres matériels encore. Le tout est nouvellement procuré, mais, comme le souligne cette infirmière emportée, personne ne sait pourquoi l'on doit attendre alors que ces petits souffrent».
Pourquoi donc laisser dix-neuf enfants entassés ou plus exactement emprisonnés, alors qu'une salle de cet espace, une cafétéria et un jardin sont disponibles?
Selon le directeur de l'hôpital, Dr Mahi, la nouvelle crèche ouvrira ses portes vers le 16 et 17 de ce mois, et le retard enregistré pour déménager vers la nouvelle crèche est imputé à des raisons de logistique. L'important pour lui est de poursuivre la protection de ces enfants, qui ne sont pas, légalement parlant, l'apanage de l'hôpital. Nonobstant notre budget réduit, a ajouté le directeur de l'hôpital, nous faisons de notre mieux pour assurer une vie meilleure à ces enfants qui ont le droit de jouir d'une vie normale.
Tous les services concernés doivent ainsi déployer davantage d'efforts, puisque l'humanitaire n'est pas une simple opération qui se déroule devant des caméras et appareils photos, mais un esprit et un souci quotidien. Un premier pas donc est le renouvellement du bureau de cette Association «Basma» pour mettre de côté tous ceux qui n'aiment que se voir au-devant de la scène, mais une fois que tout est en off, ils s'éclipsent totalement. S'il est vrai qu'on ne peut gérer une association à distance, il est aussi judicieux qu'on ne peut faire d'une association un tremplin pour des intérêts personnels.
«Imaginez qu'aucun des membres du bureau de cette association n'est venu dire bonne fête à ces enfants», déplore une infirmière. Par ailleurs, les nouveaux équipements ainsi que la nouvelle salle relatifs aux enfants abandonnés sont en grande partie l'oeuvre de dons accordés par l'acteur marocain de renommée internationale Jamal Debbouze, à l'époque où il tournait dans la région son film «Indigènes» et l'Initiative nationale pour le développement humain (INDH).
L'autre problème dont souffrent ces enfants abandonnés réside dans la lenteur des procédures relatives à leur prise en charge par des familles d'adoption. En fait, presque tous les enfants sont déjà choisis par des familles pour être pris en charge. Mais, au lieu d'activer un article de la loi stipulant qu'on pourrait offrir l'enfant à la famille en attendant l'achèvement des procédures, l'autorité responsable préfère laisser ces enfants à l'hôpital. En tout état de cause, la souplesse est requise pour ce genre d'affaires et ces enfants ne doivent plus se sentir abandonnés.
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