United Nations (New York)
27 Février 2007
Mia Farrow, ambassadrice itinérante du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a décrit une situation apocalyptique à la fois au Tchad et en République centrafricaine, à la frontière entre ces deux pays ainsi qu'à leurs frontières respectives avec le Soudan.
« On a appelé cette crise 'la crise oubliée' mais pour qu'elle soit oubliée il faudrait encore que quelqu'un s'en soit souvenu à un moment donné et je ne crois pas que ce soit le cas », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse au siège des Nations Unies à New York.
L'actrice américaine s'est rendue récemment tant dans le nord-ouest et le nord-est de la République centrafricaine que dans l'est du Tchad.
La République centrafricaine est un Etat en ruine, a-t-elle rappelé, soulignant que son président ne maîtrise que la capitale, Bangui, « et encore », et qu'il faut compter avec de multiples acteurs : la garde présidentielle, dont de nombreux Tchadiens font partie, l'armée, quatre différents groupes rebelles et de nombreux bandits.
« Les gens que j'ai rencontré nous ont supplié de leur apporter de l'eau, de la nourriture, des soins mais par-dessus tout, une protection », a-t-elle rapporté.
« Sur la route vers Paoua (ville du nord-ouest de la République centrafricaine), nous n'avons croisé qu'une seule autre voiture. Ce n'étaient que village brûlé après village brûlé », a raconté l'ambassadrice de l'UNICEF.
« Lorsque nous avons fait une pause, les gens sont sortis de la brousse : des visages de spectres, émaciés, en haillons, trop terrifiés pour retourner construire leurs villages », a-t-elle dit, « et le simple fait d'entendre un autre véhicule s'approcher les a fait fuir ». « Imaginez 300 personnes qui disparaissent en une seconde », a-t-elle souligné.
« La ville de Paoua est vide, peut-être 10% de la population est encore là », a-t-elle ajouté.
« Cette population est très fragile et pourtant de plus en plus abandonnée en raison de la situation sécuritaire », a-t-elle souligné, rappelant que les agences humanitaires sont absentes de ces régions depuis presqu'un an.
« On ne peut pas blâmer les humanitaires de ne pas être là en raison des conditions de sécurité quand le monde entier a tourné le dos », a-t-elle déclaré, assurant que l'UNICEF allait envisager dès à présent des opérations renforcées dans la région.
Dans l'est du Tchad, Mia Farrow a évoqué une très lourde présence militaire et une population là aussi « extrêmement traumatisée, qui vit entourée par ses attaquants ».
Elle a par conséquent appelé la communauté internationale à déployer une force de maintien de la paix aux frontières entre les trois pays voisins, Tchad, République centrafricaine et Soudan.
L'ambassadrice itinérante a rapporté que tous les témoignages qu'elle avait pu recueillir lors de cette visite établissaient clairement que « les attaques menées dans le nord-est de la République centrafricaine viennent du Soudan, sont financées par le Soudan et leurs auteurs se replient au Soudan ». « Soit c'est le Soudan qui est responsable, soit? je ne vois pas d'alternative », a-t-elle accusé.
« Je suis mère et si je ne voudrais pas que mes enfants soient envoyés en Iraq, mais au Soudan, ce serait tout à leur honneur d'aller défendre ces populations », a affirmé l'actrice américaine, qualifiant à de nombreuses reprises les massacres dans la région de « génocide ».
« C'est dur d'admettre que l'on demande au gouvernement du Soudan l'autorisation de venir chez lui pour mettre fin à des actes dont il est lui-même l'auteur », a-t-elle ajouté, précisant à de nombreuses reprises qu'elle s'exprimait tantôt pour l'UNICEF, tantôt en son nom propre.
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