Port Louis — Au Parlement hier : une majorité qui se limite aux avantages des employés qui partent en préretraite et une opposition qui voudrait élargir le débat à la réforme de l'industrie sucrière...
Le projet de loi vise l'application d'un plan avec une deuxième vague de départs en préretraite. 6 000 employés sont concernés.
Question très sensible politiquement, les amendements au Sugar Industry Efficiency Act ont soulevé les passions, hier, à l'Assemblée nationale.
Le ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, a expliqué les amendements en mettant l'accent sur ce qu'ils apportent aux travailleurs qui optent pour un Voluntary Retirement Scheme (VRS) ou qui bénéficient d'un Early Retirement Scheme (ERS). L'opposition, par le biais de son leader, Nando Bodha, fustige le gouvernement. Il traite ce projet de loi de "subterfuge cynique". Le gouvernement "a eu tout faux".
Nando Bodha estime que le gouvernement donne l'impression que l'on débat d'une loi ordinaire portant sur le départ des employés de l'industrie sucrière. "Il faut élargir le débat. Cette loi vise à appliquer le Multi Annual Adaptation Strategy Action Plan 2006-2015, (NdlR : les principaux aspects de ce plan concernent la centralisation, le regroupement des petits planteurs, l'épierrage, la construction des centrales et le VRS). Or, le ministre n'en fait pas mention dans son intervention. L'autre objectif de cette loi est de permettre à l'industrie sucrière de réduire ses coûts de production."
Cette remarque de Nando Bodha donne lieu à quelques vifs échanges. Le speaker, Kailash Purryag, est d'avis que les discussions devraient se limiter aux nouvelles dispositions du projet de loi. Des amendements peuvent être suggérés mais le débat ne peut s'étendre à la réforme de l'industrie sucrière. Les députés du MSM crient à l'injustice alors que Jayen Cuttaree, du MMM, insiste pour que les débats puissent s'étendre sur la baisse des coûts de production dans l'industrie sucrière.
Le speaker maintient ses premiers arguments. Dès que Nando Bodha évoque le mot cluster, il l'interrompt et lui demande de ne pas s'attarder sur la question. Le cluster représente les autres pôles d'activités à partir de la canne, la production d'électricité, d'éthanol et de rhum agricole, entre autres.
Le financement du VRS en question
A plusieurs reprises, Nando Bodha demande si un deuxième VRS, qui prévoit que 6 000 employés quitteront l'industrie sucrière, est vraiment nécessaire. Il ne pense pas. Il rappelle que l'Union européenne avait évoqué le chiffre de 1 500.
Nando Bodha affirme qu'en juillet 2001, Arvin Boolell déplorait que l'industrie sucrière disait à chaque fois qu'elle était dans un coma. Or, aujourd'hui, le ministre est devenu "le médecin de famille de l'industrie sucrière". Il estime qu'elle nécessite des soins intensifs. Et qu'elle a besoin d'être réanimée par la sécurité sociale, l'argent du peuple.
Le leader de l'opposition juge "immoral, pas conforme à l'éthique" que l'argent des mesures d'accompagnement, provenant de l'Union européenne pour pallier la baisse de prix du sucre, finance le VRS. Le premier VRS était financé par les sucriers.
De plus, le coût de production par tonne avait baissé de manière importante sous le VRS I. Ce qui ne sera pas le cas pour la deuxième vague de départs. Il avance le chiffre de Rs 600 par tonne. Il dit être sur la même longueur d'onde que la députée travailliste, Nita Deerpalsing qui a fait connaître sa position de manière forte sur cette question, lors d'une réunion parlementaire. Elle avait trouvé que ce projet de loi favorisait les patrons de l'industrie et non les travailleurs.
Pour Nando Bodha, l'industrie sucrière veut gagner sur tous les plans : le sucre roux, le sucre raffiné, les sucres spéciaux, ainsi que la production d'électricité et d'éthanol.
Arvin Boolell s'évertue à expliquer en détail les changements apportés au Sugar Industry Efficiency Act. Un nouveau concept a été introduit dans cette loi : l'ERS. Il concerne les usines qui ne fermeront pas mais qui choisiront de réduire leur effectif. Ceux en présence d'une offre d'ERS bénéficient des mêmes avantages que ceux optant pour le VRS. Toutefois, il n'y a aucune obligation pour que l'employeur offre l'ERS aux employés, selon leur âge.
En revanche, pour le VRS, l'âge de la retraite de ceux éligibles sera réduit de 50 à 45 ans pour les femmes et de 55 à 50 ans pour les hommes. La loi a été amendée pour leur permettre d'obtenir une pension à 45 ans pour les femmes et 50 ans pour les hommes. Pour le ministre, un travailleur qui a 47 ans, 30 ans de service et touchant un salaire de Rs 6 500, gagnera Rs 170 000 de plus que le VRS I.
Convertir les terres agricoles
Par ailleurs, Arvin Boolell soutient que la production d'électricité à partir de la bagasse va s'accroître à l'avenir. C'est pourquoi les investisseurs qui souhaitent convertir leurs terres agricoles pour aménager une centrale n'auront pas à payer de Land Conversion Tax.
Il soutient que l'Agricultural Research Extension Unit travaille sur des alternatives à la canne, avec l'accent sur les fruits et légumes et le bétail. A titre d'exemple, les plantations de letchis ont été encouragées dans le Nord et cela avec des perspectives intéressantes d'exportation pour les planteurs. Nando Bodha n'a pas manqué de reprendre le ministre sur l'exemple des letchis

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