L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Le CEB a-t-il disjoncté lors du cyclone Gamede ?

Bernard Saminaden

28 Février 2007


Port Louis — Le comité de crise sur le cyclone a pointé du doigt le CEB. Il n'a pas eu de réponses satisfaisantes sur les problèmes qu'a connus le réseau électrique.

Depuis dimanche, les employés du CEB sont sur le terrain.

Les vents de 100 km à 120 km soufflaient samedi lors du passage du cyclone Gamede. Soudain, plus de 60 % des abonnés du Central Electricity Board (CEB) sont plongés dans le noir. L'effet domino se développe au fil des heures. Suresh Seebaluck, président du Cyclone Crisis Committee, désigné par le Premier ministre, et secrétaire au cabinet, est perplexe. Ce comité a demandé des comptes au CEB.

Lors de la première réunion qui s'est tenue peu après le retrait de l'alerte de classe IV dimanche matin, il a interrogé les responsables du CEB sur certaines zones d'ombre.

Il a confirmé à l'express leur avoir demandé : "Comment est-il possible qu'avec le passage d'un cyclone moyen comme Gamede, plus de 60 % du réseau électrique du pays ait été affecté ?" Suresh Seebaluck a eu comme réponse que les rafales de 120 km/h ont affecté le réseau, endommagé par des branches, de même que certains transformateurs et des lignes à haute tension.

Suresh Seebaluck reviendra à la charge aujourd'hui sur ces problèmes lors de la réunion du Cyclone Crisis Committee. "Ce que je n'arrive toujours pas à comprendre, moi un profane en matière d'électricité, c'est qu'en hiver il y a parfois des rafales de 100 km/h et même 120 km/h dans certaines régions du pays comme le Morne et l'Est, mais le réseau électrique tient bon."

Giandeo Peeharry, président de l'Union of Employees of CEB, qui regroupe 900 employés, n'est pas un profane mais il se pose des questions semblables. "Le cyclone Hollanda avec des vents identiques en alerte III, n'avait pas autant affecté le réseau électrique." Il travaille à la maintenance du réseau électrique. Il s'assure que les fils électriques ne sont pas cassés, ne traînent pas et les répare en cas de dégâts.

En début de réponse, il allègue que le problème numéro un est qu'il n'y a pas eu de maintenance du réseau du CEB. "Maintenance veut également dire élaguer comme il faut les branches qui sont des dangers pour les fils électriques. Des fils vétustes n'ont pas été changés comme il faut. Des pylônes neufs ont été installés à la va-vite."

Ces problèmes sont tous liés, estime-t-il. Le travail de certaines entreprises qui ont décroché sous contrat ces travaux de maintenance, n'a pas été supervisé convenablement.

Intervention du président

Il a également évoqué l'intervention systématique de Patrick Assirvaden, président du conseil d'administration, dans la gestion quotidienne du CEB.

Giandeo Peeharry n'est pas le seul à critiquer cette collusion qui affecte la bonne marche du CEB. Un ancien haut cadre de cet organisme parapublic confie que " cela a été un réel problème. Au lieu de travailler en étroite collaboration avec les membres de son conseil d'administration, il s'ingère dans le day-to-day business du CEB. Cela retarde le travail. À chaque fois, il faut consulter le président avant de prendre toute décision pratique".

D'autre part, le syndicat conteste le chiffre de 90 % d'abonnés déjà connectés, alors que la direction générale maintient ce chiffre. "Les informations dont on dispose c'est qu'il y a encore un tiers de Mauriciens qui sont toujours dans le noir. Ils ont eu l'électricité mais après il y a des coupures car des fautes sont repérées sur la ligne", précise Giandeo Peeharry.

Interrogé sur ces critiques contre le CEB, Patrick Assirvaden déclare : "Je ne veux pas faire de commentaires à ce sujet, ce n'est pas le moment." Il a également refusé de répondre aux critiques d'ingérences dans la gestion des affaires du CEB formulées contre lui par le syndicat du CEB et un ancien haut cadre. "Je ne vais pas faire de commentaires." Il a par contre tenu à maintenir "que 90 % des Mauriciens sont connectés au réseau."

Pour les 10 % restants, le CEB est d'avis que tout sera vite fait, sans donner de précisions. Mais les employés sur le terrain sont catégoriques : "Il faudra compter au moins une semaine avant que tout le réseau soitopérationnel à 100 %."

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