Mathieu Nathanaël Njog
28 Février 2007
Les populations de yaoundé et Douala trinquent du fait de la profonde pénurie d'eau potable.
Marché Pk14. Vicky est plongée dans la lessive. Elle utilise l'eau avec parcimonie. " Il y a de sérieux problèmes d'eau de ce côté. On passe souvent une semaine sans eau. " A quelques encablures, dans une concession, une demi-dizaine de jerricanes de 250 litres sont exposées : " nous nous sommes procurés ces fûts pour conserver de l'eau. " Au Pk 13, dans un salon de coiffure, un baril de 250 litres sert de réservoir. " Nous sommes obligées de nous ravitailler dans les fûts, comme l'eau ne coule pas au robinet ", rétorque Delphine, coiffeuse.
Dans ces conditions, plusieurs familles se ravitaillent dans les forages du voisinage " les enfants sont contraints de faire de longues distances pour aller acheter l'eau au forage ", avoue Suzanne. Elle déplore le coût et émet des réserves sur la qualité de l'eau : " Le litre revient dans ces conditions à 5 Fcfa, et on s'interroge toujours sur la qualité de cette eau de forage. " M. Ebénézer, propriétaire d'un forage rassure : " Ma famille et moi consommons cette eau, je la traite afin qu'elle réponde aux qualités d'une eau potable. "
L'eau de forage n'est pas la seule vendue " Il y a des résidences dans lesquelles on vend de l'eau du robinet " affirme une habitante. Recueillir l'eau dans les robinets n'est pas évident. " Nous déposons nos bonbonnes dans la soirée et le propriétaire s'occupe de les remplir dans la nuit. "
M. Bell, sexagénaire habitant PK 13 en a fait son activité : " Je me suis réveillé à 1 h du matin pour puiser de l'eau jusqu'à 4 h du matin. Le matin, je remets les barils au propriétaire. " Ce qui ne permet pas à tout le monde d'être ravitaillé. Une situation récurrente reconnaissent les populations de PK 12 à 14 " la situation est permanente, elle s'est empirée en cette saison sèche. On ne sait jamais à quel moment l'eau va couler, c'est du pur hasard. Elle peut couler pour 30 minutes, pour une heure voir trois heures. Et très souvent lorsque personne n'est à la maison ou lorsque nous sommes endormis. "
Conséquence, certains usagers ont tout simplement opté pour la fraude. " Mon voisin a installé une connexion en direct à la bouche d'eau. Et d'autres endommagent les installations de la Snec pour s'approvisionner en eau ", permettant aux populations de se ravitailler. Certains auteurs de ces actes de vandalisme poussent le vice jusqu'à faire payer aux usagers leur approvisionnement. Très souvent devant l'indifférence des responsables de la Snec " Nous avons, à plusieurs reprises, fait appel aux responsables de la Snec pour traquer les auteurs de cette fraude en vain. Il faut dire que lorsque les installations sont ainsi endommagées, nous sommes pénalisés dans les domiciles parce que la pression s'affaiblit et ne peut plus renvoyer l'eau dans les robinets. "
A la Snec, on relativise le cas " Il faut déplorer le vandalisme. Mais on comprend l'exaspération des populations devant la demande croissante en eau potable. Nous demandons à la population d'être patiente " déclare Gaston Meka, responsable de la communication. Mais il met le désagrément en approvisionnement en eau potable subi par les populations de Douala sous le compte des conditions climatiques. " L'ardente saison sèche a des répercutions sur les sources de captage qui s'assèchent et l'accès devient difficile. " A cela s'ajoute aussi les délestages d'électricité " la reprise des rationnements en énergie électrique n'est pas pour nous aider. La plupart de nos unités de pompage, fonctionnent à partir de cette énergie. Ce qui nous oblige aussi à rationner. "
La question des investissements...
Le Cameroun à l'instar de la planète est confronté à une crise de l'eau. Cette situation s'explique par les variations climatiques, la démographie galopante, la pollution. A Douala, pour répondre à la demande de la population, il faut combler le gap de 250.000 m3 d'eau par jour. Or, les infrastructures actuelles ne permettent qu'une production de 115.000 m3 d'eau par jour, largement insuffisant. Il se pose alors une question d'investissement. L'impératif par exemple pour la Snec de se doter des groupes électrogènes de grandes puissances pour palier au désagrément du fournisseur d'énergie électrique : " Il y a 103 centres, et s'il faut acheter autant de groupes électrogènes de grandes puissances, il faut un investissement énorme. La Snec n'en a pas les moyens en ce moment " précise Gaston Meka, resposable de la Communication à la Snec
Avec un investissement de 50 milliards Fcfa, la Chine s'est engagée depuis 2006 dans un projet d'amélioration et de renforcement de la fourniture de l'eau potable dans la ville de Douala. Il comprend deux phases.
La première, dont les travaux vont durer un an et d'une valeur de 13,5 milliards Fcfa, porte sur la construction d'une nouvelle station de production d'une capacité de 50.000 m3 par jour sur le fleuve Moungo. Des forages urbains, ainsi que la réhabilitation des stations de production de Japoma et de Massoumbou sont aussi prévus.
La deuxième phase évaluée à 35 milliards Fcfa aura pour objet l'extension de l'usine du Moungo à une capacité de 150.000 m3 et la construction de plusieurs réservoirs de stockage et de châteaux d'eau, ainsi que la pose des canalisations de transport appropriées. Pour les responsables de la Snec, " la ville de Douala n'a jamais bénéficié d'adduction d'eau à la dimension de sa poussée démographique contrairement à Yaoundé. "
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