Brice R. Mbodiam
28 Février 2007
Selon les experts de 17 pays d'Afrique réunis à Yaoundé, focaliser une économie sur certains produits peut être dangereux.
Le constat est de Ephraïm Inoni : "Plusieurs pays africains dépendent d'un ou de deux produits de base, qui représentent la moitié de leurs recettes d'exportation". En faisant ce diagnostic de l'économie de la plupart des pays d'Afrique hier à Yaoundé, à l'ouverture du séminaire international sur "la gestion de l'essor des produits de base en Afrique sub-saharienne", le Premier ministre camerounais pensait certainement à son propre pays. En effet, la majeure partie des recettes à l'exportation de l'Etat camerounais depuis quelques années proviennent de l'exploitation pétrolière. A titre d'exemple, au cours de l'année 2004, le pétrole a rapporté au Cameroun, selon les statistiques de la Société nationale des hydrocarbures, 608 milliards FCfa, alors que le budget du pays avait été arrêté en recettes en dépenses à moins de 1000 milliards FCfa.
A côté de cela, à en croire les statistiques du ministère de la Planification, le Cameroun est 6ème producteur mondial de cacao avec une moyenne de 140 mille tonnes par an, 20ème producteur mondial de café avec une production annuelle moyenne de 70 mille tonnes ; 23ème producteur de thé (4 mille tonne par an) et 27ème producteur mondial de coton avec près de 200 mille tonnes l'an. A côté du pétrole, ces produits sont les principaux pourvoyeurs de recettes Cependant, malgré ces capacités productives du Cameroun, le pays, depuis un certains temps, n'est pas parvenu à rentabiliser ces produits. Dans la mesure où, au lieu de leur donner de la valeur ajoutée par le biais d'une transformation locale, la majorité de ces produits sont exportés à l'état brut, où ils font face à la concurrence des produits d'autres agriculteurs mieux organisés et encadrés par les pouvoirs publics.
"Mal hollandais"
Il en est ainsi du coton camerounais, dont 5% seulement de la production est transformée sur place, tandis que le reste va tenter de se frayer un chemin sur le marché mondiale, à côté du coton des agriculteurs européens et américains, qui, respectivement, sont subventionnés par leurs gouvernements à hauteur de 400 millions de dollars par an (environ 220 milliards FCfa) et 200 millions de dollars (110 milliards FCfa). Idem pour le bois camerounais, dont environ 80% des 11 millions de mètres cubes produits chaque année sont exportés, non plus sous forme de grumes, mais après avoir subi une très légère transformation sur place. Le cacao, avec plus de 141 mille tonnes exportées au terme de la campagne 2005-2006 sur une production d'environ 165 mille tonnes, n'échappe pas à cette règle. Ce malgré la décote du cacao camerounais sur le marché mondial (1% seulement de la cargaison exportée est de bonne qualité selon un responsable de l'Office national du cacao et du café).
Mais, malgré cette dépréciation de la valeur de certains produits de base camerounais sur le marché international, ceux-ci continuent de contribuer, de manière significative, aux recettes d'exportations du pays. Ceci, dans la mesure où le gouvernement camerounais, obnubilé par ce qu'il convient d'appeler l'âge d'or des produits de base (cacao et café par le passé, puis pétrole et bois depuis la fin des années 90), n'a pas pensé à diversifier ses sources de recettes. En favorisant la transformation locale des produits pour leur donner de la valeur ajoutée sur le marché mondial, ou alors en promouvant de nouveaux produits à exporter. Par exemple, au détriment du cacao, de nombreux industriels utilisent de plus en plus le beurre de Karité pour la fabrication du chocolat.
Bref, en étant condamné à compter sur des produits de base de plus en plus dépréciés sur le marché international du fait du manque de solution de rechange, les pays africains, y compris le Cameroun, sont aujourd'hui victimes de ce que l'économiste Touna Mama appelle "le mal hollandais". C'est-à-dire, cette attitude qui consiste à focaliser le développement de l'économie d'un pays sur un nombre réduit de produits de base, dont l'essor sur le marché international n'est généralement pas éternel, sans prendre des dispositions pouvant permettre de maintenir la stabilité de ladite économie au moment de la décote desdits produits. C'est pour éviter ce type d'erreurs que des experts de 17 pays d'Afrique au sud du Sahara sont réunis depuis hier à Yaoundé, ce pour trois jours, à l'initiative du Consortium pour la recherche économique en Afrique (Crea).
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