Le Secrétaire permanent du Comité national de lutte contre la schistosomiase et les helminthiases intestinales indique les moyens de prévenir ces pathologies.
Comment se présente un malade atteint de la bilharziose, des vers intestinaux?
Généralement, il a un gros ventre et présente des signes de fatigue. Il est pâle à cause de l'anémie. Pour ce qui est des vers intestinaux, la personne infectée manque d'appétit Malheureusement, ce sont des maladies insidieuses c'est-à-dire que ces personnes vivent avec sans qu'on ne s'en inquiète vraiment. Elles se développent au fur et à mesure, et on n'atteint vraiment des signes importants de morbidité qu'à un stade avancé.
Quelles sont les conséquences de l'une et l'autre de ces maladies sur l'organisme ?
L'impact c'est par exemple sur le retard de croissance de l'enfant, son développement intellectuel. Un enfant infecté va apprendre moins bien qu'un enfant sain. Parmi les conséquences, on note aussi l'absentéisme. Parce qu'un enfant qui est très souvent malade est absent à l'école ; ce qui a un impact sur son parcours scolaire. L'expérience a montré qu'un enfant qui a beaucoup de vers intestinaux ou même la bilharziose a plus d'accès palustre qu'un enfant sain.
Et chez l'adulte ?
Généralement, si ces pathologies se sont développées pendant son jeune âge et qu'il y a eu accumulation, on peut avoir chez l'adulte, des signes ou manifestations parfois irréversibles. On peut avoir une vessie complètement calcifiée, un intestin calcifié et aussi des problèmes de foie. Ici, le malade, surtout dans les cas de la bilharziose intestinale, a un gros ventre ; signe qu'il a le foie hypertrophié (gros foie). C'est ce qu'on appelle hépatomégalie.
On peut avoir un cancer de la vessie et du gros intestin. On a aussi des cas de stérilité. Par exemple, une femme qui, à son bas âge, a eu des infections très importantes de la bilharziose urinaire, peut avoir l'infection des voies génitales par les oeufs. Elle pourra avoir au stade adulte des conséquences sur sa fertilité. Chez l'adulte aussi on observe une baisse de la capacité de travail, une baisse de productivité.
Quels sont les facteurs qui font que dans certaines régions on soit plus exposé que dans d'autres ?
Cela dépend des conditions épidémiologiques. Dans le cas de la bilharziose, la transmission est faite par l'intermédiaire des mollusques d'eau douce. Il faut que l'eau courante ou stagnante soit favorable au développement de ces mollusques. Généralement, ce sont des petites sources des rivières, des lacs, des étangs. Les plus grands foyers de la bilharzie se trouvent dans la partie septentrionale. Dans la partie méridionale, on a des foyers de transmission mais c'est très focalisé. Notamment dans le sud-ouest, le Littoral où on avait des grands foyers comme Loum. On a aussi le Centre. Les vers intestinaux sont plus répandus dans la partie méridionale. La raison est simple. Ces vers sont transmis à travers les selles et les aliments. Le grand Sud étant plus humide, la viabilité des oeufs est plus grande que dans le Nord qui est sec.
Est-ce qu'il existe des traitements, si oui quels en sont les coûts ?
Fort heureusement pour ces maladies, on a des traitements très efficaces et très simples. Pour la bilharziose, on a le praziquantel ou biltricide qui est très efficace contre les parasites. Il se prend à dose unique. Contre les vers intestinaux, on a plusieurs groupes de médicaments dont le plus connu est le Mebendazole administré en dose unique. Ces médicaments sont très efficaces pour lutter contre toutes les espèces de vers intestinaux. Dans le cadre de nos campagnes, ces médicaments sont gratuits pour les enfants. Mais, les coûts sont assez élevés dans les officines (pharmacie).
Est-ce possible de se prémunir surtout qu'un adage dit : " tout le monde a des vers "?
La prévention est théoriquement simple. Ces maladies sont liées à l'hygiène. Si on a une bonne hygiène, c'est-à-dire qu'on ne fait pas ses besoins, les selles, on n'urine pas dans ou près de l'eau. Si on utilise convenablement les latrines, on ne contamine pas l'environnement - c'est des moyens de prévention -, la chaîne va être interrompue. C'est pourquoi dans nos campagnes, l'éducation sanitaire occupe un volet important.
Avez-vous l'impression que les populations vous écoutent et mettent en pratique ces conseils ?
Oui, en prenant du recul. Quand on arrive dans certaines communautés, on se rend compte que les populations ignorent totalement les modes de transmission de ces maladies et croient plutôt à la fatalité. Mais à travers nos explications, l'éducation sanitaire, elles comprennent leur rôle important. Il faut faire comprendre à ces populations qu'elles sont responsables de la transmission et du maintien de ces maladies dans leur localité par des comportements irresponsables. En faisant les selles, les urines dans ou près de l'eau, elles entretiennent le cycle de transmission.
Cependant, à travers la sensibilisation, certaines populations ont pu améliorer leur hygiène, leur condition et accepter facilement le programme de lutte et les interventions à mener. Grâce à cela, on a pu arriver à une baisse importante des niveaux de transmission dans certaines régions. On a l'exemple du foyer pilote de Loum (dans le Moungo, province du Littoral, Ndlr), où, avant, plus de 67 % d'enfants étaient atteints de la bilharziose urinaire, plus de la moitié d'entre eux pissaient du sang.
A travers la sensibilisation, l'éducation et les traitements répétés, on a pu réduire la prévalence de ces maladies à 3 % selon les enquêtes menées au mois de janvier dernier. C'est dire que sur 100 enfants seulement 3 sont infectés contre 67 en 2000. Ces résultats prometteurs montrent que l'éradication de ces maladies est possible.

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