Rose-Ablavi Akakpo Et Yacouba Sangare
9 Mars 2007
Recueils de poèmes, romans, nouvelles... En Afrique, les femmes de plume sont de plus en plus visibles à travers une production régulière et de qualité.
'Les femmes ont des choses à dire et ne se gênent plus pour les dire. Elles savent bien que la littérature est une arme assez forte pour faire entendre leur voix', lance Adélaïde Fassinou. La cinquantaine, ce professeur de français est l'une des figures les plus en vue de la littérature béninoise.
Révélée au public en 2000 par son premier roman, Modukpè : le rêve brisé, elle a lancé le 7 novembre dernier, Journée internationale de l'écrivain africain, sa sixième oeuvre intitulée Jeté en pâture.
A côté de cet auteur, d'autres plumes féminines se font remarquer : Alidjanatou Saliou-Arekpa (Une vie, 2004), Hortense Mayaba (L'univers infernal, 1997) et Ken Bugul, de son vrai nom Mariétou Mbaye, qui a à son actif pas moins de sept romans. Au total, le Bénin compte près de dix femmes auteures et une vingtaine d'oeuvres, sans compter les livres pour enfants. Une vitalité remarquable, puisque, jusque dans les années 80, seules trois femmes avec tout au plus cinq oeuvres, tentaient tant bien que mal d'émerger dans ce pays.
Même essor à l'échelle de l'Afrique subsaharienne. Déjà, dans son ouvrage Littérature féminine francophone d'Afrique noire, publié en 2000, Pierrette Hersberger-Fofana affirmait l'importance de l'oeuvre des Africaines. Cette production démarrée en 1956 avec la parution de Ngonda de la Camerounaise Marie-Claire Matip, s'est depuis diversifiée et comprend aujourd'hui des recueils de poèmes, des romans et des nouvelles, écrits par des enseignantes, des commerçantes, des fonctionnaires internationales...
Malgré la reconnaissance de cette littérature à travers, par exemple, le prix Noma décerné en 1980 à la romancière sénégalaise Mariama Bâ, il a fallu attendre les années 90 et le début des processus démocratiques, pour assister à une production plus régulière et de meilleure qualité.
Au Bénin comme en Côte d'Ivoire, 'les années 90 marquent la libération du joug d'un régime de parti unique pesant, donc la libération de la parole et de l'écrit', rappelle le critique ivoirien Foua Ernest de Saint-Sauveur.
Plusieurs médias privés, qui oeuvrent pour la promotion de la littérature, voient le jour tandis que des organismes locaux et internationaux encouragent les femmes à s'impliquer davantage dans la vie socio-culturelle, politique et économique. 'Nous femmes, avons alors eu de plus en plus envie de nous exprimer, révèle la romancière ivoirienne Gina Dick. Et comme le livre est un moyen efficace pour véhiculer des messages, nous avons commencé à tutoyer la plume.'
Elles ont été d'autant plus enthousiastes à écrire qu'à la faveur du libéralisme économique, plusieurs maisons d'édition locales ont vu le jour. 'On peut également expliquer l'émergence des femmes en littérature par l'exil ou le séjour de certaines d'entre elles en Europe où les conditions de publication, de diffusion et de promotion sont plus adéquates', analyse l'universitaire béninois Adrien Huannou. Le développement de la littérature pour les enfants et les jeunes, puis le lancement en 1998 de la collection sentimentale Adoras par les Nouvelles éditions ivoiriennes ont également permis à bon nombre de femmes de faire leurs premières armes en écriture.
Si, comme les hommes, les femmes critiquent le racisme, l'enfance malheureuse et les dérives dictatoriales, 'elles se penchent, de façon toute particulière, sur la condition féminine : les préjugés sexistes défavorables, la polygamie et le mariage forcé', estime le Pr. Huannou. 'Alors qu'en général, les auteurs masculins véhiculent dans leurs oeuvres ces préjugés, les écrivains féminins remettent en cause ces mêmes clichés, constate Sègla Huguette Abissi, une lectrice béninoise. Cela montre que, parfois, il n'y a que la femme pour mieux défendre les femmes !' Une idée confortée ces dernières années par l'attribution de nombreux prix à des écrivaines. Prix Ahmadou Kourouma en 2005 pour l'Ivoirienne Tanella Boni, Grand prix littéraire de l'Afrique noire pour Ken Bugul (1999) et Calixte Béyala (1993), également lauréate du Prix François Mauriac, du Grand Prix du Roman de l'Académie française, etc.
Les progrès de la scolarisation, avec la gratuité de l'école pour les filles décidée depuis plusieurs années dans certains pays comme le Bénin, devraient élargir le lectorat et susciter de nouvelles vocations littéraires chez les femmes. 'Les hommes restent généralement plus productifs, nuance l'écrivain ivoirien Fatou Fanny Cissé. Pour écrire, il faut du temps, et les femmes n'en ont pas beaucoup car elles sont aussi mères et épouses.'
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