Stéphane Tchakam
15 Mars 2007
Avec gravité, "La symphonie nocturne", jouée au Ccf de Douala vendredi dernier, interpelle les consciences.
Un lit, un ventilateur, une chaise, un paravent Une cellule. Et dans la cellule, une fille, souvent rejointe par une sorte d'esprit paré des atours de la Faucheuse, la faux en moins. La Faucheuse ! La mort est partout, son ombre plane sur la scène du Centre culturel français de Douala. Un drame se joue. Celui de " La symphonie nocturne ". Une militaire, atteinte du sida, a contaminé tous les gars du régiment. Condamnée, elle macère à présent dans l'opprobre et la déréliction. Que lui reste-t-il, si ce n'est de parler avec elle-même ?
Cette histoire est un peu celle de " La faute qui me désigne à la mort " de Jonas Embom, d'un autre texte de l'étudiante Amaledje, adaptés et mis en scène, ce vendredi, par le très original Eric Delphin Kwegoue. Ce dernier avait manifestement d'autres desseins et a ramené la chronique à Bakassi où il était encore question, dans un passé récent, de treillis et de bataillons. Il veut attirer l'attention sur la pandémie, à travers l'un des corps les plus touchés au Cameroun. Pour cette seule raison, le jeune homme ne reproduit pas simplement " La faute qui me désigne à la mort ". Il y apporte comme une plus-value.
Pamela, la fille, interprétée par Corinne Josiane Kameni, n'est pas toute seule sur scène. C'est donc un faux mono théâtre où l'écriture dramatique emprunte à une poétique somme toute tragique. Et il y a l'autre personnage, l'esprit de la mort, qui est là, et dont le chant, tel un solea interminable, mélancolique et de mauvais augure, accompagne les logorrhées de Pamela. Campé par Michel Sangha, bon vocaliste, il apparaît de temps en temps lorsqu'il ne se retire pas pour être présent à travers un jeu inquiétant d'ombres chinoises. Toujours chantant. C'est en réalité un heureux artifice imaginé par le metteur en scène pour soutenir la comédienne principale qui n'est pas dans un rôle facile. Elle porte le texte de la pièce et s'en sort bien qui, de manière convaincante, pastiche la rage, le désespoir, l'absurdité. La nature humaine, avec ses pires et menus fantasmes, est nue.
L'humour du texte ne peut faire illusion. Il ne vise qu'à apporter de très brèves respirations à un spectacle dur. " Fesse communautaire ", " enculé de virus " " La Symphonie nocturne " ne fait pas rire. Pour un peu, elle tirerait des larmes à ces spectateurs qu'elle voudrait toucher au plus profond d'eux-mêmes, et les confronter une fois pour toutes à la réalité du sida. Pamela ne nous laisse donc presque pas de répit. La métrique même du spectacle ne fait pas de place aux silences. Voyez également les lumières, certes bien utilisées. Du rouge surtout. Pour accentuer cette impression de gravité et même carrément de deuil puisque c'est ce qui arrivera inéluctablement.
Quand on connaît Kwegoue, on peut le soupçonner d'avoir privilégié le message au jeu. Il est au demeurant très porté sur les thématiques philosophiques, étranges et mystérieuses. D'où la question de savoir si les signes qu'il a choisis, les éléments de sa scénographie s'imposaient absolument. Rodé, le spectacle s'affinera mais gagnera à chaque fois, comme vendredi dernier, le pari de la sensibilisation contre le sida. D'une autre manière. Artistiquement.
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