Tous les sentiments se retrouvent dans La vie magicienne, mais c'est l'amour qui l'emporte.Pour une femme européenne qui a vécu ses premières années en Afrique - Djibouti, Congo, Togo, Sénégal -, fouler, après vingt ans d'absence, la terre de son enfance ne peut qu'être salutaire, purificateur, surtout qu'elle vient de subir un choc émotionnel d'une extrême dureté : la perte d'un bébé mort-né.
La goutte d'eau qui a fait déborder le vase
Maxence, «pas Maxime, Maxence. Je m'appelle Maxence», est une écorchée vive. Fuyant la grisaille parisienne et sa vie qui lui est assortie, puisque souffrant d'être incomprise de son entourage (mari, père et mère), elle s'envole pour le continent noir. Pour le Sahara, le plus grand désert du monde, sous le soleil exactement, dans ce milieu qui «ne supporte pas la désinvolture, encore moins la vanité. Et se montre hostile, voire dangereux, si l'on ne prend pas sa pleine mesure».
«Chez elle, c'est ici»
Tout commence par la rencontre, fortuite mais heureuse, de Maxence avec un guide bien singulier, un homme bleu : Sid. Un sacré personnage qu'on dit «ombrageux» parce que «le tourisme organisé lui est devenu intolérable» et qu'il «ne supporte plus de se prêter à la comédie qu'implique son métier». Sid va accompagner Maxence dans sa recherche du temps perdu, huit jours durant, à travers les dunes, à pied et à dos de chameau. Cette traversée du désert va s'avérer une thérapie sans pareille, car désormais «chez elle, c'est ici».
Dans La vie magicienne, Isabelle Desesquelles parle de sentiments amoureux. De cet amour qui transcende les barrières de race, de langue et de civilisation. L'amour avec un grand A, celui-là même qui déplace les montagnes (les dunes en l'occurrence), rapproche les humains et donne des forces dont on ne soupçonnait pas l'existence: «Vous n'imaginez pas, Sid, la force que vous me donnez, vous et votre désert», dit Maxence à son guide pour lui exprimer son bonheur de se retrouver en sa compagnie, loin de son mari, Jacques, avocat bravache et surtout cruel, qui lui mène la vie dure. Loin de ses parents, le Colonel et la Colonelle, deux monstres de froideur et d'insensibilité. Enfin, loin du chagrin et de la douleur dont elle a «une expérience certaine et de l'entraînement».
Dans un style narratif enlevé et incisif qui suggère plus qu'il ne donne à voir, Isabelle Desesquelles donne libre cours à sa plume pour décrire une relation inattendue entre Sid et Maxence, deux blessés de la vie que la magie du hasard a réunis. Sid est, en effet, meurtri par la perte d'Hélène, une artiste-peintre qu'il a connue plusieurs années auparavant alors qu'il se soignait en France suite à un accident dû à une voiture folle qui l'a fauché en plein désert, avant de prendre la fuite : «Je vous parle d'une époque d'avant les touristes. Sans charters ni pistes pour blesser le désert», dit-il, amer et nostalgique, à Maxence, gardant une dent contre ce tourisme de masse qui écrase tout sur son passage. Sid s'est alors réfugié dans la littérature, allant jusqu'à publier un roman à succès, Akaraba, un terme désignant le lieu symbole de La vie magicienne. Tout tourne autour du mythe d'Akaraba où Maxence a été, lui a-t-on dit, conçue dans des conditions rocambolesques que le lecteur découvre à la fin du roman. Akaraba, c'est aussi un clin d'oeil au pouvoir de la littérature sur les cicatrices de l'existence. Sid en parle très bien : «Ecrire, Maxence, c'est réinventer ce qui n'est plus. Ecrire, c'est inventer des possibles. Tenter ce qui jamais ne fut».
Ce livre est un appel à plus d'harmonie entre les êtres et ce qui les entoure. Isabelle Desesquelles y voue un respect sincère pour l'Afrique et les Africains. Et pour ce Sahara qui la fascine autant qu'il la subjugue. On le sent sans peine. Cela transparaît au fil des pages. Le fait même que Maxence ait choisi de retourner au désert et d'y rester, malgré la disparition de Sid, dénote cet attachement. La vie magicienne est un beau roman, une belle histoire ; en un mot, une romance d'aujourd'hui.
La vie magicienne, d'Isabelle Desesquelles, Pocket n° 13025, 342 pages, 2006.

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