Jean François Channon
20 Mars 2007
Yaoundé, la ville aux sept collines brille par une insuffisance criarde des espaces d'expression culturelle
Le Cameroun est un pays aux énormes potentialités culturelles. C'est un pays qui a vu naître des grands noms du monde des arts. En musique, on a les Manu Dibango, Richard Bona, Toto Guillaume Etienne Mbappe, Anne Marie Ndzié, et autres qui ont réussi à s'imposer dans leur domaine sur les plus grandes scènes musicales du monde. Dans le domaine de la danse et du théâtre, on peut citer : Imane Ayissi, Paul Kemmo, Ebale Zam Martino, Ambroise Mbia, et bien d'autres. Le problème est que ces artistes de rêve ne peuvent pas s'exprimer sereinement dans leur pays et surtout à Yaoundé, la capitale. L'insuffisance des infrastructures en est la principale cause. Produire un spectacle professionnel des arts vivants (musique, danse, théâtre) dans la capitale camerounaise est une vraie gageure. " Yaoundé souffre en effet d'un manque criard de lieux de scène. Les salles de cinéma qui pouvaient servir de relais dans ce sens, ont presque toutes disparues. Celles qui ont la peau dure, ne sont pas toujours à la dimension des attentes d'un véritable spectacle des arts de la scène ", commente un haut cadre du ministère de la Culture.
La ville compte à peu près trois salles de spectacles de catégorie " acceptable ". Très sollicité depuis quelques années, l'auditorium du Centre culturel français de Yaoundé, qui a moins de 300 places, est un espace de scène assez réduit. Il ne peut accueillir des spectacles de grande envergure. On se souvient par exemple que pour produire les spectacles des artistes tels Ismaël Lô, Tiken Jah Fakoly, en tournée par le passé dans la capitale camerounaise, les organisateurs notamment le Ccf, ont dû solliciter d'autres espaces pour permettre à ces artistes de mieux se produire.
Investir dans la culture
Sinistrée, la salle du Centre culturel camerounais n'offre pas un bon accueil. Non seulement elle ne dispose pas de commodités de scène acceptables, mais elle étouffe sur le plan technique. On peut difficilement l'utiliser, pour un concert de musique de qualité, encore moins pour un spectacle de théâtre ou de danse. " Évoluer dans de telles conditions est difficile surtout pour un musicien professionnel. Sa tâche est difficile, s'il doit se produire en spectacle dans un Centre culturel inadapté ", confie l'artiste musicien Prince Tchetche 1er. Le Centre des arts contemporains Africréa, créé il y a une décennie par l'ancien journaliste Mal Jam, et l'Institut Goethe de Yaoundé pourraient être une alternative crédible. Mais l'un et l'autre, ne sont pas configurés, de manière à permettre le plein épanouissement des acteurs. A coté de ces deux centres, on peut aussi compter avec le cinéma théâtre Abbia ou le Palais des congrès de Yaoundé.
La sensibilité des pouvoirs publics est donc interpellée car l'Etat doit mettre des moyens dans la construction des lieux de spectacle. C'est l'ultime démarche si l'on veut voir les artistes s'exprimer dans le domaine des arts vivants de la scène. A côté de nous, des exemples sont légion. Le Sénégal se plait d'avoir à Dakar, le théâtre national Daniel Sorano, qui est un haut lieu mythique d'expression de tous les arts de la scène. A Abidjan, au quartier populaire de Tréchville, se dresse sur les bords de la lagune Ebué, un palais de la culture avec ses multiples salles de spectacle. A Bamako, les pouvoirs publics ont construit le Centre Modibo Keita où est localisé l'ensemble du patrimoine artistique du Mali. Les villes de Cotonou, Lomé, et Libreville ne sont pas en reste. Au Cameroun par contre, les pouvoirs publics ne semblent pas s'en soucier. Hélas !
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