Fraternité Matin (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Sécurité, Bip assistance dans la tourmente

Abidjan — Les véhicules d'intervention de BIP sont immobilisés depuis quatre semaines... ... Parce que certains vigiles, dont voici quelques-uns, ont engagé un bras de fer avec la Direction.

Une profonde crise oppose depuis plusieurs semaines quelques travailleurs d'une société de gardiennage à leur Direction.

Un vent impétueux secoue depuis plusieurs semaines, la société de sécurité "Bip Assistance". Et pour cause. Une cinquantaine d'agents avec à leur tête, Gnaoré Dakouri Omer, président des délégués du personnel, ont arrêté depuis le 19 février dernier, le travail, pour un délai illimité. Pour, disent-ils, manifester leur colère contre le général de brigade Tanny Ehuéni Joseph, président directeur général (PDG) de l'entreprise, et l'amener à discuter avec eux. Les agents grévistes ont donc confisqué tous les véhicules d'intervention de la société, les ont stationnés au siège de l'entreprise à Biétry et les surveillent quotidiennement. En tout cas, Gnaoré et ses camarades se disent déterminés à poursuivre leur mouvement jusqu'à ce que leur patron accepte de les rencontrer pour se pencher ensemble sur leurs préoccupations. "Nos revendications portent sur dix points. Notamment, une prime de risque de 200.000 francs discutable, un reliquat de l'assurance vie gérée en interne, une prime de résultat, le paiement des jours fériés, un avancement catégoriel, le paiement des heures supplémentaires, le suivi des vaccinations, une prime spéciale de 26000 francs, un prêt scolaire et une gratification de 100% à 120%.

Car l'entreprise ne paye pas jusque-là les jours fériés et la prime de risque de 30.000 francs que nous percevons remplace la prime spéciale de 26000 francs que nous percevions auparavant. Nous n'avons plus de prime spéciale. Et donc nous considérons que nous avons une prime de risque de 4000 francs", a indiqué, jeudi dernier, le président des délégués du personnel. Qui se dit très indigné par "le mépris" du PDG pour ses employés. Car, selon lui, l'entreprise a les moyens d'améliorer les conditions de vie et de travail de ses employés. "Nous lui avons présenté nos revendications début 2006. Et il les acceptées à l'inspection du travail. Mais à notre grande surprise, pendant qu'on s'attendait à l'application de ces décisions, le PDG nous informe en décembre dernier, qu'il compte suspendre certains postes et mettre des employés au chômage technique. Nous lui avons demandé de faire un départ négocié, il a refusé. En réaction, nous avons déposé un préavis de grève, le 1er février. La grève devait donc débuter le 09 février", poursuit le premier responsable des délégués. Mais le général Tanny a envoyé, dira-t-il, un jour avant M. Suti Nahim, son directeur d'exploitation, les informer qu'il est prêt à discuter. Ce qui ne sera jamais fait. En lieu et place, indique-t-il, le patron leur fait parvenir successivement deux notes pour interdire l'accès à l'entreprise et ses engins aux 26 délégués. "En plus, il suspend nos salaires et refuse toute discussion. Il a même fait venir des éléments des forces de l'ordre pour nous chasser", confie M. Gnaoré. En outre, les agents mécontents se disent avoir été trahis par certains de leurs camarades.

Car, confient-ils, c'est ensemble qu'ils ont décidé de suspendre le travail. C'est donc avec surprise qu'ils constatent que certains camarades poursuivent le travail, contrairement à ce qu'ils se sont dit. "C'est pour cette raison que nous leur avons demandé de respecter leur parole". Toutefois, les agents mécontents disent n'avoir jamais braqué ou agressé qui que ce soit. "Depuis le début de cette grève, les voitures n'ont pas bougé, il n'y a pas eu de casse. Nous sommes toujours restés auprès des véhicules. Nous attendons seulement que notre patron vienne discuter avec nous".

Cette version ne concorde pas du tout avec celle de la direction générale. Jeudi dernier, le général Tanny Joseph a écrit au Président de la République. Pour attirer son attention sur "les actes commis par certains agents de la société Bip Assistance, depuis le 19 février et sur les conséquences juridiques que la continuation de tels actes ne manquerait pas d'entraîner". Et a expliqué que le matériel de travail de la société Bip Assistance est confisqué et les agents désireux de fournir des prestations de travail sont molestés, pourchassés et menacés de mort, chaque jour. Le PDG de Bip Assistance a également indiqué que les domiciles de certains clients sont attaqués par "les prétendus grévistes", à l'effet d'en déloger les gardiens de la société, en service dans ces lieux. "La famille du Président directeur général de la société Bip Assistance reçoit des menaces de mort, signées des meneurs de la fronde. Le personnel administratif de la société est agressé, à l'instar du responsable de la cellule télésurveillance qui, le 12 mars dernier, n'a eu la vie sauve que grâce à l'intervention des gendarmes en faction à l'intérieur des locaux de la société, qui ont empêché l'un des meneurs de lui tirer dessus", poursuit l'ancien commandant supérieur de la gendarmerie. Avant d'ajouter que malheureusement, les nombreuses plaintes déposées par les victimes de pareilles exactions n'ont pas eu de suite. Circonstance qui aggrave, dira-t-il, le sentiment d'impunité et encourage la poursuite des actes incriminés.

Le premier responsable de l'entreprise prévient en outre, dans sa lettre qu'il n'est pas à exclure que cette injustice suscite de la part des agents désireux de travailler, un désir de revanche, susceptible de troubler, s'il était encore possible, l'ordre public. Pour ce qui concerne les différentes revendications qui motivent cette grève, le PDG de Bip Assistance indique dans un autre document, avoir pris plusieurs mesures qui n'ont malheureusement pas pu empêcher la grève. Ce document indique entre autres, ceci: "A compter du bilan de 2006 et en fonction du résultat, une prime sera allouée. Les heures supplémentaires n'ont jamais été annulées, elles sont accordées en fonction du travail supplémentaire et dans le respect des lois en vigueur qui régissent le travail en Côte d'Ivoire. La somme d'un million de francs par an sera attribuée à chacune des structures (CASABIP et MUMABIP). La prime spéciale qui était de 26000 francs depuis Peyrissac a été portée à 30000 francs à Bip; soit une augmentation de 4000 francs. Les agents de télésurveillance et du gardiennage qui sont en contrat à durée indéterminée bénéficieront du changement catégoriel, un an après leur passage en CDI (contrat à durée indéterminée). Le principe est acquis, les prêts scolaires seront octroyés selon la possibilité de la société et conformément aux conditions définies chaque année par la direction générale. Le paiement de la gratification se fera en fonction de l'état de la trésorerie. L'augmentation éventuelle de la gratification qui actuellement est de 75% sera décidée par la direction générale. Qui est la seule habilitée à fixer les critères de changement catégoriel". Dialogue de sourds? Bras de fer? En tout cas, une chose est certaine. Cette situation n'arrange ni la direction, ni les employés, encore moins leurs nombreux clients.

Entre nous : Bras de fer inutile

La vague de grèves et d'incompréhensions qui secoue le secteur du travail en Côte d'Ivoire est loin de connaître son dénouement. Après le secteur public qui continue de s'enliser avec la Poste de Côte d'Ivoire, une entreprise privée vient de s'inviter dans cette lutte de revendication sociale. Et depuis un mois, les activités de la société BIP Assistance, à moins d'être suspendues, se portent au plus mal. Une cinquantaine d'agents déterminés à poursuivre la lutte pour l'amélioration de leurs conditions de vie affirment attendre jusqu'à ce jour un dialogue direct avec l'employeur. La direction générale de son côté crie à la mauvaise foi de ces agents, qui useraient de violence pour intimider collègues et clients de l'entreprise. Une situation confuse et inquiétante qui n'arrange malheureusement aucune des deux parties. Un bras de fer qui pourrait tourner à l'affrontement entre collègues, surtout que ces agents de sécurité, pour la plupart, ont des armes. Et pendant que chacun campe sur ses positions, on n'oublie malheureusement les clients, ceux pour qui et par qui la société fonctionne. Les revendications aussi légitimes qu'elles soient, ne pourraient connaître le moindre début de solution si la société venait à mettre la clé sous le paillasson. Employeur et employés doivent accepter de venir à la table de négociation et accepter, chacun pour sa part, de faire des concessions, s'ils ne veulent pas que Bip Assistance ne soit plus qu'un lointain souvenir.

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