Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Ecriture africaine en français ou en langues nationales, l'heure est-elle à une combinaison des deux ?

Fatou K. Sene

21 Mars 2007


Face à un lectorat en majorité analphabète et l'anglais qui gagne du terrain, est-il toujours nécessaire d'écrire en français ? Pour nombre d'écrivains, la nécessité d'écrire en français demeure pour une visibilité ou pour transmettre nos cultures dominées par l'oralité, mais l'heure est aujourd'hui à une alliance entre le français et les langues nationales.

La journée internationale de la Francophonie célébrée hier au Théâtre national Daniel Sorano avec comme thème 'Vivre ensemble, différents', a permis en une matinée un dialogue direct entre écrivains, lecteurs et libraires. Ce Salon du livre francophone organisé par l'Institut français Léopold Sédar Senghor et le Projet qualité de la Coopération française a surtout permis de s'interroger sur la nécessité ou non de continuer d'écrire en français face à un lectorat en majorité analphabète ? Si pour certains écrivains, la réponse à cette question est affirmative, pour d'autres, l'heure est à une combinaison entre le français et les langues nationales.

Pour l'écrivain Hamidou Dia, l'essentiel est d'écrire dans la langue dans laquelle on se sent le plus à l'aise. Mais la conditionnalité posée par l'écrivain est que cela doit être fait selon le génie de la langue en respectant ses règles, car soutient-il, nos langues sont massacrées aussi bien en wolof, pulaar qu'en français. Selon Hamidou Dia, 'le français a été certes une langue de la colonisation, mais aujourd'hui, il faut que nous adoptions par rapport au français une attitude complètement décomplexée, parce que le français n'appartient plus à la seule France'. A son avis, on doit pouvoir continuer à écrire aussi bien en français que dans les langues nationales.

Ecrire en langue nationale pour Hamidou Dia ne relève pas de l'impossible, car les ouvrages déjà publiés en attestent. Il faudrait maintenant qu'il y ait un public. Or cela relève d'une volonté politique de promotion de nos langues nationales.

Le poète Amadou Lamine Sall abonde dans le même sens. Pour lui, il est important d'écrire en français, mais il est également important de demander que l'on écrive dans les langues nationales. Que ce soit le wolof, le pulaar ou le sérère, estime Amadou Lamine Sall, ces langues sont confrontées aux mêmes problèmes que le français, à savoir que les populations ne sont pas assez alphabétisées pour lire dans nos langues nationales. Ainsi, avec près de deux cent millions de francophones, votre ouvrage a plus de chance d'être lu par plusieurs personnes.

Une idée que défend le doyen Cheikh Hamidou Kane. Pour l'auteur de L'aventure ambiguë, 'c'est grâce l'écriture en français que beaucoup de lecteurs dans le monde entier connaissent la culture pulaar à travers mon livre'. C'est pourquoi, affirme le doyen Cheikh Hamidou Kane, l'écriture en français nous a permis de faire connaître nos cultures dominées par l'oralité à travers le monde. Aujourd'hui, suggère le romancier, il faut moderniser nos langues nationales, bien les transcrire et surtout les enseigner.

Pour le professeur de littérature africaine, Lylian Kesteloot, qui encourage à écrire en langues nationales, le français est certes en recul, mais a de beaux jours devant lui et peut encore servir dans la littérature. Et face à l'anglais qui gagne toujours du terrain, le président de la Maison africaine de la poésie, Amadou Lamine Sall, pense que 'l'avenir du français n'est pas menacé, sauf pour les Français qui ont la manie de parler l'anglais au lieu de parler français quand ils sont dans des conférences internationales. Ils aiment paraître. Je ne sais pas ce qui les arrive mais nous, les francophones, on est différent d'eux sur ce point', lance Amadou Lamine Sall.

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