Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La professionnalisation de l'armée, un des objectifs prioritaires

Freddy Monsa Iyaka Duku

31 Mars 2007


Kinshasa — Les affrontements des 22 et 23 mars à Kinshasa, l'insécurité persistante au Kivu suscitent des réflexions profondes.

Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, a évoqué le volet du maintien de la paix et de la sécurité en République démocratique du Congo. Et dans ses propositions au Conseil de sécurité et aux autorités congolaises, il a mentionné pour la première fois la question liée à la professionnalisation de l'armée de la RDC. Il s'agit « d'un préalable pour une paix à long terme », a-t-il laissé entendre.

Le gouvernement, tirant les première leçons des affrontements des 22 et 23 mars 2007, entre les éléments des FARDC et ceux de la garde rapprochée de l'ancien vice-président de la République, Jean-Pierre Bemba, a instruit le ministre de la Défense d'accélérer le processus de brassage des forces armées de la RDC. Processus déjà engagé et qui devrait permettre à la République démocratique du Congo de disposer à la fin de la transition de 18 brigades intégrées. Malheureusement, aux termes des élections qui ont consacré la fin de la période de transition, la RDC ne disposait que de 14 brigades.

Cependant, il s'est avéré que ce brassage n'a pas encore permis à la RDC de disposer d'une armée dissuasive, capable de faire face à toute nouvelle situation qui mettrait en péril l'intégrité territoriale et la souveraineté nationale. En plus, pour des raisons spécifiques, toujours dans le cadre de l'intégration des FARDC, il a été également décidé de procéder au mixage des forces armées.

Cependant, il s'avère de plus en plus important de repenser cette approche de brassage pour refaire progressivement la démarche afin de doter la RDC d'une véritable armée. Certes, dès lors que la procédure de brassage aura pris fin, il est utile de songer à aller en profondeur tant il est vrai qu'il est désormais une nécessité d'effacer « cet esprit de guerre, de la transition et des groupuscules ». La résistance au brassage résulte de l'existence de cet état d'esprit. Or, on ne peut faire une armée en s'appuyant sur des « groupuscules » qui reposent encore sur « des groupes identitaires ».

UN PROGRAMME AMBITIEUX, MAIS LEGITIME

Dans son dernier point de presse, le président de la République a effleuré cet aspect du problème. C'est-à-dire, se doter d'une armée dissuasive et à même d'accomplir des missions de paix à l'initiative de l'Union africaine et des Nations unies.

Le secrétaire général de l'Onu s'est inscrit dans la même logique, en allant tout droit au but. C'est-à-dire, pour une paix durable en RDC en vue de se consacrer effectivement à la reconstruction nationale, il est temps que les autorités congolaises réfléchissent à une stratégie globale de la réconciliation nationale. Or, cette stratégie ne peut nullement ignorer le rôle de l'armée qui doit demeurer à tout prix le socle des institutions républicaines. La professionnalisation de l'armée est un préalable pour parvenir à cet objectif. Elle doit être comprise comme l'un des objectifs prioritaires si l'on se reporte sur les causes principales des dernières guerres d'agression en RDC et leurs enjeux.

Certes, il s'agit d'un programme ambitieux qui requiert des moyens de plus en plus importants. Mais l'ambition est tout à fait légitime au regard du rôle stratégique de la République démocratique du Congo au niveau de l'Afrique centrale, celle des Grands Lacs et au-delà de toute l'Afrique.

L'on ne doute pas que le gouvernement, face à ses obligations morales et politiques, prendra inévitablement le taureau par les cornes pour s'engager dans cette voie. Il est donc possible d'envisager des accords bilatéraux de défense avec les partenaires extérieurs pour entamer concrètement la professionnalisation de l'armée. A en croire certains recoupements, des pays comme les Etats-Unis, la Belgique et la France qui ont une certaine tradition d'assistance militaire avec la RDC, seraient disposés à soutenir une telle proposition. De toute façon, il n'y a pas de mal à s'engager dans cette voie pour éviter les erreurs du passé.

Aussi, soutenons-nous cette proposition du secrétaire général de l'Onu invitant les autorités congolaises à envisager déjà la professionnalisation de l'armée. Certes, qu'elle prendrait le temps nécessaire : un an, deux, trois voire cinq ans. Mais l'essentiel, c'est de lever l'option de façon déterminante.

Dans cet ordre d'idées, pour autant que la mission de paix de l'Onu au Congo pourrait, dans les prochains jours, être prolongé, il importe de jeter les bases de cette professionnalisation avec les experts de l'Onu. Un pas important aura été franchi dans le cadre de la consolidation de la paix, de la stratégie globale à mettre en place pour la réconciliation nationale et tendre vers le développement en évoluant dans un environnement sécuritaire garanti.

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