La Tribune (Algiers)

Algérie: Pouvoir d'achat et sacrifices rituels

Amine Echikr

2 Avril 2007


La fête du Mawlid Ennabaoui Echarif a été l'occasion pour des millions d'Algériens d'exploser des milliers de dinars per capita en pétards et autres feux d'artifice. Les Aïds sont aussi l'occasion pour les ménages d'égorger des moutons et de faire des centaines de gâteaux en sacrifiant les factures d'eau et d'électricité ou en procédant à des emprunts auprès des proches.

La faiblesse du pouvoir d'achat des Algériens ne les empêche pas de procéder à des dépenses qui grèvent leur budget pour le plus grand plaisir de leurs enfants. Au-delà du fait que l'importation de produits pyrotechniques est fortement réglementée et que leur vente est interdite, les Algériens réussissent à faire des dépenses inutiles qui représentent parfois leur consommation mensuelle de lait ou leurs factures d'électricité et de gaz.

Cette manière de dépenser et malgré la faiblesse du pouvoir d'achat de la majorité pose la problématique de la dépense sociale de l'Etat. Les subventions accordées à certains produits et services ainsi que les aides directes remises aux familles démunies comme pendant le mois de ramadhan sont-elles en phase avec une population qui peut se permettre d'exploser en une nuit des milliers de dinars ?

Il est évident qu'en cette période de sortie de crise, les pouvoirs publics ne peuvent procéder à la vérité des prix et que les entreprises ne peuvent augmenter fortement les salaires pour arriver à mettre fin à des subventions qui déséquilibrent les fonctions production et consommation. L'injection directe en pouvoir d'achat de milliards de dinars perçus par les Algériens sous forme de subventions directes et indirectes pourrait engendrer un changement dans les comportements. Un rééquilibrage entre les dépenses de consommation et d'épargne pourrait être un nouvel élément permettant aux banques de jouer un nouveau rôle dans l'économie. Payer les biens et services à leur juste prix et recevoir un salaire conséquent permettraient de réhabiliter la valeur du travail. Il s'agit là d'un simple axiome de l'économie de marché. L'Algérie a opté pour ce système selon sa Constitution.

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