Reece H. Adanwenon
2 Avril 2007
Installées au bord des principales artères de Cotonou, les vendeuses de tisane accueillent un grand monde notamment les conducteurs de taxi motos, appelés « zémidjan » qui se pointent en ces lieux pour sauvegarder leur santé. Cette « pharmacie » traditionnelle bénéficie de plus en plus du crédit des populations. Seulement, elle présente quelques dangers pour la santé.
Elles sont partout dans la ville de Cotonou. Tôt le matin, vers cinq heures, ces vendeuses de tisane commercialisent en plus de leurs produits des cure-dents. Les fonctionnaires préfèrent passer par ces lieux avant de se rendre dans leurs différents services. De même, les conducteurs de taxi- motos communément appelés « zémidjan », font-ils aussi le pied de grue pour prendre cette tisane, parfois avec des médicaments provenant du Nigeria. Pour Georges, comptable dans une société de la place, la tisane est le premier médicament africain. Si nos grands-parents ont pu mener une vie décente sur terre, s'ils ont vécu longtemps, c'est grâce aux tisanes qu'ils prenaient.
Lorsque je prends ces produits, je suis en bonne santé, a-t-il expliqué. Les infusions de feuilles et de racines sont des médicaments à titre préventif. Elles sont très efficaces. Julien pour sa part déclare : « J'adore les tisanes, mais je n'accepte pas qu'on me les vende en ville. les bonnes dames qui font ce commerce ne sont pas souvent propres. On ne saurait dire dans quelles conditions elles préparent ces tisanes. Je ne désapprouve pas ceux qui vont se faire soigner chez elles mais je me préoccupe seulement des conditions d'hygiène dans lesquelles lesdites tisanes sont préparées ». Les tisanes vendues dans les rues à moindre coût font la joie de bon nombre de personnes qui se soignent chez ces vendeuses.
C'est ce qu'explique Corentin, apprenti mécanicien à Dantokpa. « Avec vingt cinq francs, je soigne toujours les maladies susceptibles de nuire à ma santé tels le paludisme, la fatigue, les maux de ventre et toutes sortes de douleurs ou courbatures. Il ne faut pas attendre que la maladie vous attaque avant de chercher à vous soigner à base de tisane. C'est pour moi un produit préventif très efficace, a-t-il ajouté. Pour Rosine, vendeuse de tisane, son chiffre d'affaires augmente chaque jour. Elle trouve par ailleurs que la commercialisation des tisanes est très harassante car il faut se réveiller très tôt, vers 3 heures pour préparer la tisane afin d'être à l'heure avec les clients qui déjà entre 5h30 et 6 h s'impatientent. Emile trouve, en ce qui le concerne, que c'est très dangereux de prendre ces potions. « je ne saurais boire ma tisane dans le même gobelet qu'un fou, un tuberculeux ou encore une personne qui souffre d'une autre maladie contagieuse . En allant guérir un mal, j'ouvre la porte à un autre », a-t-il renchéri. On n'a même pas connaissance des feuilles ou racines qui sont rentrées dans la composition de la tisane. Pour le docteur M. Christian, la consommation de ces tisanes peut entraîner plus tard les maladies du foie et des reins.
Aussi, le problème d'automédication est-il préoccupant car pour tout produit, il faut des analyses et un contrôle d'autant plus que cela peut engendrer d'autres réactions au niveau de l'organisme. De même, ces produits sont-ils administrés en overdose ou en quantité insuffisante. Face à cet état de choses, les populations courent un grand danger en fréquentant ces bonnes dames, a-t-il souligné. A l'en croire, le traitement des maladies par les infusions n'est pas déconseillé. Mais leur prise auprès de ces bonnes dames pose un véritable problème d'hygiène. Pour lui, les conditions de stérilisation et d'asepsie ne sont pas respectées par ces dernières. A ce sujet, il conseille aux populations de se rendre elles-mêmes au marché pour s'acheter les feuilles et tisanes en vue de les préparer dans de bonnes conditions d'hygiène à la maison.
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