La Tribune (Algiers)

Algérie: DimaJazz, un festival international de jazz exemplaire

«The show must go on» (le spectacle doit continuer) pourrait, plus que jamais, être le slogan et la philosophie de DimaJazz, le Festival international de jazz de Constantine, qui, décidément, maintient bon cap malgré les vents contraires et les différents écueils.

A peine s'est-il relevé de la perte tragique, en 2005, de Aziz Djemame, batteur de jazz du groupe Sinouj et un des fondateurs du festival, qui lui a d'ailleurs dédié son édition 2006, la 4ème, un autre coup du sort endeuillera la famille de DimaJazz. En pleins préparatifs de la 5ème édition, l'équipe organisatrice perd un de ses membres, Adel Merrouche, décédé au début de cette année dans un accident de la route. Il venait vers Alger où il devait frapper à des portes avec l'espoir de recueillir le maximum d'aides et/ou de soutiens pour ce 5ème DimaJazz.Le temps de faire le deuil de l'ami, auquel, en dernier hommage, on dédiera l'édition 2007, et l'équipe remonte au créneau. Le résultat ne se fera pas attendre. La 5ème édition, qui se tiendra du 7 au 12 avril au théâtre de la ville, est bel et bien prête, avec, de plus, le «mieux» que les organisateurs tiennent à apporter à chaque nouvelle édition. «Il n'y a que du nouveau au programme de cette année, comme les précédents», nous dira Zohir, une des chevilles ouvrières de l'association Lima, organisatrice du festival.

L'Afrique et la Méditerranée sont les maîtres mots de ce 5ème DimaJazz, un festival qui se bonifie d'année en année. Après les Aka Moon, Nelson Veras ou Nguyen Lê qui ont contribué à la renommée du festival durant les éditions précédentes, DimaJazz revient cette année avec d'autres grosses pointures et non des moindres. Du beau monde, dont un géant du jazz rock, le sextet de Sixun qui, après quelques années de répit, revient au plus haut de son niveau. Conduit par le guitariste Louis Winsberg, le groupe, qui développe un jazz rock éclectique, réunit l'Ivoirien Paco Sery, proclamé «meilleur batteur du monde» par Wayne Shorter et Joe Zawinul, le Martiniquais Michel Alibo, bassiste de Andy Narell, Angélique Kidjo, Karim Ziad ou Mario Canonge, Alain Debiossat au sax, Jean-Pierre Como aux claviers et Stephane Edouard aux percussions.«Que du nouveau ! De nouvelles formations sont à l'affiche pour cette édition qui, par rapport aux précédentes, se caractérise par la participation d'une femme exceptionnelle : Janice de Rosa», ajoute Zohir. Le parcours exceptionnel de la jazzwoman 100% new-yorkaise est résumé dans sa petite phrase : «Le blues vient d'Afrique et a grandi aux Etats-Unis, moi je fais le chemin inverse, la boucle est bouclée.» Et ce parcours parle pour elle. Janice de Rosa, avec sa voix rauque née dans les clubs de jazz enfumés où elle a poussé ses premières vocalises, a eu des «hauts d'affiche» dans de nombreux festivals aux côtés de Césaria Evora, Suzan Vega, Dee Dee Bridgewater et Brian Eno.Le jazz contemporain qui a fait le DimaJazz depuis sa naissance sera également bien représenté à cette 5ème édition. Le saxophoniste et compositeur Sylvain Cathala, sacré Django d'or, que le public constantinois a connu avec son quartet Print lors du DimaJazz 2004, revient avec une autre formation, le trio Rolex. Dans la même veine, on trouve également Tribu, le groupe conduit par le saxophoniste baryton Bo Van De Werf et le tromboniste Geoffroy de Masure, qui aura un invité de marque : la star brésilienne de la guitare, Nelson Veras.

Cette formation, qui fait partie de la nouvelle scène bruxelloise du jazz, est parmi ses plus brillants novateurs grâce à une conception élaborée sur la base de la musique du maître Steve Coleman et s'inscrivant aux confins de divers genres. Quant à l'Afrique et la Méditerranée, elles seront dignement représentées. A l'affiche, on retrouve le bassiste Etienne M'bappé. Le Camerounais aux gants noirs, qui fait partie des meilleurs bassistes sur la scène mondiale, revient, lui, à Constantine, mais cette fois avec sa propre formation dédiée à l'afro-jazz. Ce genre aura aussi pour ambassadeurs le guitariste tunisien Mamdouh Bahri, le flûtiste algérien Mohammed Beddiar, avec son quartet Nefs, et le groupe constantinois Sinouj qui joindront leurs créations à celles des autres invités pour donner au DimaJazz 2007 la dimension d'un véritable festival de jazz. Dimension qui, en fait, est déjà reconnue tant en Algérie qu'ailleurs. Preuve en est l'intérêt qui est accordé au festival par différents sponsors et responsables. A ce propos, les organisateurs citeront le wali de Constantine qui, depuis son installation, s'implique corps et âme et ne ménage aucun effort pour la réussite du festival, le président de l'APC et le ministère de la Culture. Du côté des sponsors, on cite le CCF de Constantine qui a toujours soutenu le festival, la région Bruxelles-Walonnie et différentes entreprises algériennes.

Quant aux soutiens actifs, ils se sont manifestés avec l'implication de la revue spécialisée Jazz magazine, qui couvrira l'événement, et le déplacement de nombreux directeurs de festivals de jazz, dont ceux de Bordeaux et de Paris. Ainsi, à sa 5ème édition seulement, DimaJazz a déjà atteint sa vitesse de croisière et gagné une maturité exemplaire. Les administrateurs de la culture, qui tiennent les cordons de la bourse, devraient tout faire pour permettre aux organisateurs du festival, dont ils devraient s'inspirer et en prendre de la graine, d'aller toujours plus haut et plus loin.


Copyright © 2007 La Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment