Sud Quotidien (Dakar)

Afrique: Immigration, les ambiguïtés d'une notion devenue meurtrière en Europe

analyse

« Un étudiant guinéen, dont le corps a été retrouvé dimanche près d'un campus universitaire du sud de Marseille, a été « battu à mort » d'après le rapport d'autopsie, apprend-on de source judiciaire. « Les résultats de l'autopsie ont permis d'écarter la thèse accidentelle », a-t-on précisé de même source.

L'autopsie a mis en évidence une « série de coups violents » portés au visage de la victime avant sa mort. Agé de 28 ans, Ibrahim Sylla étudiait les mathématiques sur le campus de Luminy, dans la banlieue sud de Marseille. Son corps a été découvert en partie brûlé dimanche par un promeneur. Le jeune homme a probablement été agressé dans la nuit de samedi à dimanche alors qu'il revenait à pied d'un restaurant où il travaillait à temps partiel comme plongeur. Un appel à témoins a été lancé par le parquet de Marseille. » (Agence de presse Reuters, mardi 3 avril 2007 à 21h 33). Dernier communiqué en date sur ce qu'il convient d'appeler désormais « la chasse aux étudiants africains ». Ces faits de plus en plus nombreux dans des villes d'Europe où sont venus étudier de jeunes Africains, nous interpellent.

Pendant que l'opinion publique s'offusque des pirogues de fortune qui débarquent des corps presque sans vie de jeunes africains sur les côtes européennes, des étudiants venus légalement en Europe pour leurs études font l'objet d'assassinats ignobles. Devenus de plus en plus les cibles de ce que la presse nomme des « groupuscules d'extrême droite », les étudiants africains ne trouvent plus aucune sécurité sans parler des dures conditions de vie qui jalonnent leurs parcours universitaires.

Ce nouvel assassinat vient inscrire le nom de ce guinéen sur la longue liste des crimes crapuleux perpétrés à l'encontre de jeunes africains dans les villes insécurisées de certains pays européens. Même les campus franchisés ne sont plus épargnés par des individus qui cherchent délibérément à tuer tout ce qui s'assimile à un Africain. Par delà, les traitements intempestifs par la presse de ces faits terribles, nous nous questionnons sur ce que vaut véritablement la vie d'un Africain dans ce monde. Les jeunes africains semblent ne plus trouver leur place dans aucun endroit de ce monde. Chassés de chez eux par des pouvoirs-gouvernants du désespoir, ils errent vers un ailleurs emmuré et devenu dangereux.

Partout en Europe, l'heure est à la lutte contre l'immigration dans une logique d'amalgames conduisant à mettre tout étranger dans le même sac des individus indésirables. Des jeunes légalement entrés dans « les territoires de la peur » subissent ainsi le même sort que tout autre immigrant. Cette future élite africaine qui se bat tant bien que mal pour suivre de hautes études dans les grandes universités du monde n'est plus sûre de son réveil du lendemain dans des campus universitaires devenus pour elle, des camps retranchés. Un autre communiqué de presse titre « Encore un crime raciste en Russie », pourtant terre d'accueil de nombreux étudiants étrangers.

Samba Lampsar Sall, 28 ans, de nationalité sénégalaise, a été froidement abattu le 7 avril dernier, en sortant d'une discothèque. Alors qu'un des meurtriers présumés a été arrêté lundi, le gouvernement sénégalais et l'Union africaine pressent les autorités russes afin que les auteurs de ce crime soient « poursuivis et sévèrement punis ». C'est un vendredi 7 avril à Saint-Pétersbourg. Un groupe d'étudiants africains sort de boîte de nuit. Une détonation retentit, les jeunes gens s'enfuient avant de se rendre compte que l'un d'eux n'est plus là. Samba Lampsar Sall, étudiant en télécommunications de nationalité sénégalaise, gît dans son sang, assassiné. Non loin de lui, l'arme du crime : une carabine surmontée d'une croix gammée, le symbole nazi.

Selon RFI, une organisation non gouvernementale spécialisée dans l'étude des agressions racistes a dénombré six personnes tuées et plus de 79 blessées pour des motifs raciaux depuis le mois de janvier en Russie. Le 25 mars, une petite fille métisse de 9 ans, Liliana Sissoko, est poignardée ; le 24 décembre 2005, un étudiant camerounais, Léon Kanhem, 28 ans, est assassiné ; en septembre, un autre élève congolais meurt pour avoir été Noir... La liste détaillée serait longue, et la deuxième ville de Russie, Saint-Pétersbourg, compte parmi les endroits les plus dangereux. Ce contexte délétère en Russie est symptomatique de l'ensauvagement grandissant de toute l'Europe à cause de l'immigration. Aucun pays européen ne semble épargné par la montée de ces violences à l'égard des étrangers surtout quand ils sont africains. Les lois contre l'immigration, de plus en plus sévères combinées aux durcissements du discours politique sur les identités nationales, entrainent un état de siège sur tout étranger.

Cet état de siège inédit permet dans une absolue impunité à des individus, d'exécuter sommairement des jeunes qui n'ont de tort que d'être noirs et africains. Même si les pays européens sont signataires de nombreux traités relatifs aux Droits Humains et à la discrimination raciale, les coupables de crimes racistes restent peu inquiétés. La difficulté pour les victimes de porter plainte repose, entre autres, sur « l'indifférence des forces de l'ordre », comme le souligne Désiré Defot, responsable dans une association de ressortissants africains en Russie. Les policiers ne font point diligence pour résoudre ces crimes xénophobes, et qualifient simplement ces agressions d'« hooliganisme ».

Même les autorités n'y voient que des actes commis par des voyous. Enfin, les rares agresseurs confrontés à la justice n'écopent que de peines étonnamment légères, vu la gravité des faits. Cette indulgence crée un sentiment d'impunité et favorise la multiplication d'actions violentes de groupuscules racistes d'extrême droite. Une dérive inquiétante pour les Droits de l'Homme en général dans ces pays qui ne jurent que par des principes démocratiques, républicains et universalistes. Un agent de la police de l'air et des frontières, Axel Dallier, a été condamné à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour l'« homicide involontaire » d'un Somalien mort en janvier 2003 à Roissy dans l'avion qui devait le renvoyer en Afrique du Sud. La sanction ne sera pas inscrite au casier judiciaire, ce qui permettra au condamné de rester dans la police.

Le tribunal a relaxé deux autres policiers impliqués dans l'affaire, Merwan Khelladi et David Tarbouriech, qui n'ont pas directement commis les gestes à l'origine de la mort, dit le tribunal. Getu Hagos est mort le 18 janvier 2003 alors que les trois policiers venaient de l'embarquer de force dans un vol pour l'Afrique du sud, pays dont il était arrivé une semaine auparavant sans aucun papier d'identité. Les policiers ont reconnu à l'audience l'avoir menotté et entravé aux genoux et aux chevilles avec du scotch pour le faire monter dans l'appareil, car il se rebellait. Axel Dallier l'a maintenu en position penchée alors que les autres passagers embarquaient, technique policière dite du « pliage », officiellement interdite depuis l'affaire. Le tribunal estime que la mort résulte non de maladresses comme le disaient les prévenus mais de gestes qui n'étaient pas strictement nécessaires au maintien de l'étranger dans l'avion et constituent donc « un manquement aux règles de prudence ».

« Les ministres européens et africains ont souligné mercredi à Tripoli la nécessité d'une coopération plus large sur l'immigration, tandis que les négociations étaient bloquées au sujet de la création d'un fonds de développement proposée par les pays africains. Réunis sous une tente géante installée à l'occasion, plus de cinquante ministres des pays membres de l'Union africaine et de l'UE doivent examiner durant deux jours un projet de déclaration « couvrant tout l'éventail des questions de migration », a-t-on indiqué de source européenne. Européens et Africains doivent adopter une déclaration conjointe et un plan d'action contre le trafic d'êtres humains. La déclaration couvrira notamment les migrations légales et l'immigration clandestine, le lien entre migrations et développement, la protection des réfugiés ainsi que les problématiques plus larges de la paix, de la sécurité et des droits de l'Homme, a-t-on ajouté de même source. La conférence adoptera également un plan d'action UA-UE sur la lutte contre la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants.

Les négociations étaient mercredi bloquées au sujet de la création d'un « fonds conjoint à contributions volontaires », destiné à financer des projets de développement dans les pays africains, a indiqué une source africaine.

Selon le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Ben Aissa, l'idée de ce fonds, proposé par le Maroc et soutenu par les pays africains, n'a pas trouvé d'écho chez les Européens qui proposent pour leur part, comme l'Espagne ou la France, des mécanismes de financement de microprojets, a-t-il déclaré à l'AFP.

M. Ben Aissa a fait toutefois état d'une « volonté déclarée de plusieurs pays européens et africains pour la mise en oeuvre de mécanismes d'exécution de projets de développement ».

Le ministre finlandais des Affaires étrangères, Erkki Tuomioja, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, avait affirmé à l'ouverture de la conférence « l'engagement total de l'UE pour le développement en Afrique ». « L'UE accorde une grande importance aux approches régionales sur la migration », a indiqué M. Tuomioja, soulignant la nécessité d'identifier des actions communes sur les migrations suivant des itinéraires spécifiques.

Le vice-président de la Commission européenne, Franco Frattini, a souligné la nécessité d'ouvrir le marché européen du travail aux migrants africains, en adoptant un système de quotas tenant compte des besoins de chaque pays.

« C'est la politique de la carotte et du bâton », a estimé le ministre de l'Intérieur du Niger, Mounkaila Modi. « C'est insensé de demander à un pays de transit comme le Niger de rapatrier des immigrés qui traversent son territoire », a dit M. Modi. « Si nous avons de l'argent pour financer nos projets dans l'agriculture ou l'eau par exemple, nous garantissons que nous lutteront efficacement contre l'immigration illégale », a-t-il ajouté.

Pour Bruxelles, cette conférence doit s'inspirer de celle de Rabat, en juillet dernier, qui avait défini une stratégie de travail sur les routes migratoires d'Afrique centrale et de l'Ouest vers le Maroc et les îles Canaries (Espagne).

Dans une déclaration publiée en marge de la conférence, le Haut commissariat des Nations unis pour les réfugiés (HCR) a souligné que « les débats sur les flux migratoires mixtes doivent tenir compte du fait que, parmi ceux qui cherchent à entrer en Europe légalement ou illégalement depuis l'Afrique, il y a des réfugiés et d'autres personnes qui ont besoin de protection ». (Imed Lamloum, AFP, Jeudi 23 novembre 2006 à 12h20).

Ces rencontres d'urgence pour traiter des questions fondamentales dans les rapports entre l'Europe et l'Afrique révèlent la splendeur d'une impasse historique. Les Européens ont encore un grand problème pour considérer autrement l'Afrique comme un partenaire fiable. En effet, cette attitude est justifiée par les dirigeants des pays africains incapables de résoudre leurs propres problèmes mais aussi à l'irresponsabilité des Européens d'Ã "uvrer autrement avec l'Afrique. Historiquement fondées sur un rapport d'exploitation à sens unique, les relations entre l'Europe et l'Afrique sont à l'origine des maux auxquels nous assistons aujourd'hui comme la fuite des cerveaux.

Un sous-développement chronique des pays africains lié aux nombreux déséquilibres qu'entretient utilement le Nord à l'égard du Sud, entraînant la perte d'espoir de millions d'individus dont la plupart sont des jeunes, est la source de l'immigration.

Aujourd'hui en Afrique, aucune couche sociale, des élites politiques et intellectuelles aux petits villageois, n'est épargnée par la tentation de l'exil. Menaces politiques, violences physiques liées à la guerre, manques d'infrastructures de formation, famine, sont autant de phénomènes qui expliquent la volonté de déserter tout un continent. « Plusieurs dizaines de milliers d'Africains ont tenté cette année d'atteindre l'archipel espagnol des Canaries à bord de bateaux de pêche surchargés, et près d'un sur six ont péri pendant la traversée, annoncent les autorités espagnoles.

Fuyant la pauvreté, espérant trouver du travail en Espagne ou ailleurs en Europe, ces migrants prennent le risque d'embarquer dans des conditions périlleuses pour un périple pouvant atteindre 2.000 km au départ de la Mauritanie et du Sénégal. Cette année, environ 6.000 d'entre eux sont morts alors qu'ils tentaient de gagner les Canaries, et 31.404 sont parvenus à destination, soit six fois de plus qu'en 2005, selon les autorités espagnoles. Quelque 600 corps ont été retrouvés sur les côtes d'Afrique ou des Canaries cette année, mais on estime que le nombre total de migrants ayant péri pendant la traversée est dix fois plus élevé, a déclaré Froilan Rodriguez, directeur adjoint des services d'immigration dans l'archipel. « Il s'agit d'un nombre effrayant de morts », a déclaré Rodriguez à la radio espagnole Cadena Ser.

Le renforcement de la sécurité aux frontières du Maroc avec les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla pousse les migrants à tenter une traversée par la mer à la fois plus rapide, moins chère et moins difficile que les itinéraires autrefois utilisés, via le Maghreb. Les passeurs utilisent en outre des bateaux plus grands, pouvant transporter une centaine de passagers. Selon Jose Segura, représentant du gouvernement espagnol dans l'archipel, interrogé par Cadena Ser, on a dénombré autant d'arrivées de migrants sur les îles en 2006 que lors des quatre précédentes années cumulées. En 2005, 4.751 migrants avaient atteint les Canaries. Ce nombre va croissant malgré les patrouilles terrestres et aériennes mises en place par les pays de l'Union européenne au large des côtes africaines.

Quelque 20.000 migrants ont été transférés des Canaries à l'Espagne continentale cette année, selon Segura. Le Parti populaire, formation d'opposition, impute aux immigrés une hausse de la criminalité et, si l'on en croit les sondages, les Espagnols considèrent l'immigration comme l'un de leurs principaux sujets de préoccupation ». L'immigration comme « sujet de préoccupation majeure » pour l'opinion, suscite des débats enflammés dans les hémicycles des pays occidentaux. Au lieu de s'attaquer aux causes profondes de l'immigration de moins en moins tolérable, les pays européens croient l'endiguer en fermant leurs frontières. Le mythe de « l'immigration zéro » devenu slogan de campagne électorale charrie toutes les menaces dirigées aux étrangers. Devenu un des paradoxes fondamentaux de la mondialisation, le thème de l'immigration suscite partout en Europe les mêmes reflexes identitaires et nationalistes.

Le thème brûlant de l'immigration a été débattu au 16e sommet ibéro américain qui s'est ouvert à Montevideo, la capitale de l'Uruguay. Les dirigeants des vingt pays latino-américains, de l'Espagne et du Portugal, ont été invités par le secrétaire général de l'organisation à considérer l'Immigration comme un « bien commun » et à éviter de criminaliser les immigrants. Ce dossier a aussi inspiré une motion spéciale sur le mur construit par les Etats-Unis sur un tiers de leur frontière avec le Mexique. « La motion proposée par le Mexique rejette le mur, a expliqué le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos, mais ce n'est pas une condamnation. Le texte a été adopté sans difficulté par tous les participants au sommet ».

Trois sièges sont restés vides au sommet ibéro américain qui se poursuit : ceux du président cubain Castro toujours convalescent, du président brésilien Lula tout juste réélu et du chef d'Etat vénézuélien Chavez en pleine campagne présidentielle. En marge du sommet, plusieurs centaines de militants d'extrême-gauche ont manifesté contre le capitalisme. Aux Etats-Unis, le Sénat a adopté récemment un projet de mur anti-immigration clandestine. C'est le dernier projet définitivement adopté par les sénateurs américains avant les élections parlementaires du 7 novembre prochain. Un projet gigantesque pour, d'ici fin 2008, habiller d'un mur 1.200 des 3.200 kilomètres de frontière que les Etats-Unis partagent avec le Mexique. Coût estimé à près d'un milliards d'euros.

La mesure n'attend plus que la signature présidentielle de George W. Bush, n'en déplaise aux autorités mexicaines, qui n'ont pas manqué de faire part de leur mécontentement par l'intermédiaire du ministre des Affaires étrangères Luis Ernesto Derbez : « La construction du mur n'est pas une solution. Les immigrants mexicains, d'Amérique centrale et d'autres nationalités ne sont pas des terroristes, cela a déjà été prouvé. Et deuxième point, ce n'est pas très bien du point de vue de la coopération bilatérale ». Une fois promulguée, la mesure sera très probablement utilisée comme argument de campagne, y-compris par ses détracteurs, qui ne manqueront pas de rappeler que près de la moitié de l'immigration clandestine aux Etats-Unis est due à l'expiration des permis de séjour sur le sol américain.

A deux jours des élections législatives en Autriche, les principaux candidats s'affrontent au cours d'un ultime débat télévisé : Conservateurs de l'Ã-VP au pouvoir, socio-démocrates du SPÃ-, verts et deux mouvances d'extrême droite étaient représentés ce jeudi soir. Au cà "ur des discussions, l'immigration. « Pour vivre chez nous, il faut apprendre notre langue et être prêt à accepter notre culture. Grâce à notre contrat d'immigration, décrié par les verts et les socio-démocrates, nous profitons actuellement d'une bonne atmosphère », estime le chancelier sortant, Wolfgang Schüssel. Le leader du SPÃ- a lui d'autres priorités : « Le plus important serait de stopper l'immigration clandestine qui n'a, malheureusement, pas cessé d'augmenter depuis que la coalition FPÃ-, BZÃ- et Ã-VP est au pouvoir », soutien Alfred Gusenbauer. Réponse du chef de file du FPÃ-, formation d'extrême droite plus radicale que le BZÃ- de Jörg Haider : « Je pense qu'on devrait simplement stopper l'immigration en Autriche. C'est ce que souhaitent 80% des Autrichiens », souligne Heinz Christian Strache.

La surprise s'est étalée à la Une des journaux helvétiques au lendemain de la victoire du Oui au référendum sur le Droit d'asile et l'immigration. Désormais, les demandes d'asile des personnes sans papiers seront automatiquement rejetées et les étrangers non européens ne pourront rentrer en Suisse que si les besoins de l'économie l'exigent. Face au terrible score de plus de 68 % des voix pour durcir les lois sur le Droit d'asile et l'immigration en Suisse, la socialiste Maria Roth-Bernasconi reconnaît que la gauche n'a pas su convaincre face à l'UDC, le parti de la droite populiste : « C'est un échec, mais c'est aussi un échec pour le parti radical et le parti démocrate chrétien, parce qu'ils se sont trompés. Ils pensent que maintenant, le problème est sous la table, c'est terminé d'en parler et ce n'est absolument pas vrai, l'UDC l'a même dit encore aujourd'hui, il y a d'autres problèmes qu'ils vont mettre et je regrette vraiment que le parti radical et le parti démocrate chrétien aient joué ce jeu en laissant de côté les valeurs d'humanité et les valeurs d'ouverture qui sont importantes pour la Suisse ». Les partisans du Non se sont rassemblés à Zurich. « Honte sur la Suisse » pouvait-on lire sur certaines banderoles.

En Belgique, le nationalisme et l'immigration ont refait surface avec les élections municipales de 2006. Ce sont les thèmes de prédilection du Vlaams Belang, le parti nationaliste flamand d'extrême-droite. Ses scores de plus en plus spectaculaires l'ont placé à la tête de ses pairs européens. Son leader, Filip Dewinter, s'attaque à l'immigration, l'un des ses arguments préférés : « Nous sommes porteurs d'un message politique clair, la classe politique doit prendre en considération les intérêts de la majorité silencieuse des européens de souche, qui souffrent de l'immigration illégale croissante, et de la pensée politiquement correct ».

Ecarté du pouvoir, notamment à Anvers, par le « cordon sanitaire » des autres partis, principalement à cause de son discours xénophobe, le Vlaams Belang revendique ouvertement l'indépendance de la Flandres. Cela met à rude épreuve la fragile unité de la Belgique, dont les deux principales communautés linguistiques, flamandes et wallonnes, n'arrivent pas toujours à s'entendre.

Aux Pays-Bas lors des dernières élections, deux thèmes ont été au centre du débat entre le Parti Socialiste néerlandais à l'extrême gauche et le Parti de la Liberté à l'extrême droite : l'immigration et plus généralement l'identité nationale. Le Parti Socialiste néerlandais a fait campagne en 2005 contre l'Europe et la constitution européenne. Le Parti de la Liberté entre au parlement alors qu'il a axé sa campagne contre l'immigration, annonçant vouloir lutter contre l'islamisation du pays. Prioritaire après le meurtre de Théo Van Gogh, le débat sur l'immigration occupe les hommes politiques.

Alors que selon un sondage, 67 % de la population néerlandaise serait fatiguée de ce thème, les leaders politiques avaient pris soin de ne pas s'affronter sur la question, dont s'est emparée l'extrême-droite populiste. « Je redoute le tsunami de l'islamisation qui arrive en Europe, aux Pays-Bas », affirme Geert Wilders, qui se pose en héritier de Pim Fortyun. Et le dirigeant populiste d'énoncer que l'Islam est une « religion violente », le Coran est un « ouvrage violent ». « Nous devons cesser d'ouvrir les portes des Pays-Bas à l'Islam, dit-il. Je crois qu'il faut faire, et je fais une distinction entre la religion et les gens. Je ne crois pas en un islam modéré, l'Islam est une religion qui se trompe, mais, en revanche, je crois dans les gens. Nous devrions désormais miser sur les musulmans modérés qui heureusement sont la majorité aux Pays-Bas ». Les idées de l'extrême-droite ont été peu ou prou intégrées par les partis traditionnels.

La ligne dure adoptée par les démocrates-chrétiens du CDA et leurs alliés libéraux du VVD pour réduire l'immigration n'est pas contestée par la gauche travailliste du PVDA. Résultat : les communautés d'immigrés se sentent abandonnées. « Comme ils avaient peur de perdre leur électorat, ils ont accepté l'adoption au Parlement de beaucoup de mesures discriminatoires envers les populations immigrées des Pays-Bas, explique Abdou Menebi, directeur du centre d'étude sur l'immigration. On est très déçu car il n'y avait pas de position claire contre les mesures d'expulsion, contre les mesures sécuritaires, contre les mesures prises pour limiter le regroupement familial ».

En France, les étudiants étrangers traversent un « parcours d'obstacles » administratif, social et pédagogique, dénoncé par les participants aux Etats généraux organisés à Paris par l'UNEF qui ont insisté sur l'épineuse question de la délivrance des titres de séjour. Le président du syndicat étudiant, Bruno Julliard, a cependant révélé samedi avoir reçu un courrier de Nicolas Sarkozy lui annonçant la prochaine délivrance de titres de séjour pluriannuels pour les étudiants prolongeant leur cursus au-delà de bac+3, ainsi qu'une simplification des conditions dans lesquelles les étudiants étrangers peuvent travailler en France. « Ce sont de premiers pas très importants qui vont sensiblement améliorer la situation des étudiants étrangers, même si beaucoup reste à faire », a commenté pour l'AFP le président de l'UNEF, lors de ces Etats généraux sur l'accueil des étudiants étrangers.

En 2005, la France a accueilli 265.000 étudiants étrangers, qui n'ont pas droit aux aides sociales et, avant les mesures annoncées par M. Sarkozy, rencontraient de grosses difficultés pour se salarier, du fait de contraintes spécifiques. Mais avant d'être confrontés au coût de la vie sur le sol français, « il leur faut d'abord franchir l'étape des frontières », a expliqué Catherine Teule, vice-présidente de la Ligue des Droits de l'Homme pour le Réseau université sans frontières. Elle a ainsi critiqué la « sélection » opérée selon elle par les Centres pour les études en France (CEF), présents dans les ambassades et les consulats, et passages obligés des jeunes souhaitant poursuivre des études en France. Quand ils parviennent à passer ce premier filtre, les étudiants doivent encore obtenir des papiers, procédure qui prend de longs mois.

Conditions de vie dures, humiliations, violences civiles et policières, études compromises, menaces de toutes sortes caractérisent ainsi les séjours des étudiants et des ressortissants africains dans les pays occidentaux. Les stigmatisations persistantes colportées par des programmes politiques en panne d'idéal et de projet fournissent des « raisons d'agir » violentes à l'égard des étrangers : « L'immigration est aujourd'hui d'origine planétaire. Elle peuple la France d'ayants droit pour qui, bien souvent, la seule affinité avec notre pays se limite aux avantages matériels qu'il leur procure. Les Français s'endettent pour financer des prestations sociales visant à répondre à la « misère du monde ». Programme officiel du Front national 2007.

Amalgamant l'échec des politiques sociales, les travers économiques, l'identité nationale et la diversité culturelle et religieuse, la présence étrangère et le communautarisme ; la notion d'immigration cristallise toutes les peurs en Europe. Les nuages de l'obscurantisme s'amoncellent de nouveau dans le ciel du vieux continent qui s'ensauvage progressivement et occulte la triste histoire qui a émaillé son passé récent. Réveillez-vous peuples d'Europe car : « Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde (...) La malédiction la plus commune en cette matière est d'être la dupe de bonne foi d'une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu'on leur apporte ». Aimé Césaire.


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