Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Enseignement secondaire - renforcer les compétences spécifiques

SADIBOU MARONE

11 Avril 2007


Pour l'Afrique, il ne s'agit pas seulement de répondre à la demande d'accès à l'enseignement secondaire, mais aussi au besoin de renforcer le capital humain à un moment où l'accélération de la croissance économique et les changements sociaux exigent d'urgence des réformes.

La nécessité sociale, économique et politique de l'élargissement et de la généralisation de l'offre de l'enseignement secondaire en Afrique ne fait plus de doute. Les participants à la troisième conférence SEIA à Accra en sont convaincus. Pour eux, tout cela doit être relié à un investissement avec des conséquences sur l'économie et la société. Le défi, sur cette question précise, est de parvenir à un stade où l'éducation et la formation au secondaire doivent réellement être des facteurs importants dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et pour le développement de l'Afrique.

Les principaux partenaires au développement de l'Afrique le perçoivent ainsi. « L'Europe a un taux de 60 % en enseignement secondaire. Pour l'Afrique qui est à la traîne, il faut un enseignement secondaire de qualité qui puisse permettre aux Africains d'être compétitifs sur le marché mondial », explique Yaw Ansu, directeur du Développement humain à la région Afrique de la Banque mondiale.

Le document de base de la Conférence qui compile les résultats des études menées sur la question conforte l'analyse en estimant que « dans de nombreux pays, les politiques en matière d'éducation sont connectées sur une vision à plus long terme du développement national et restent le domaine réservé de professionnels du ministère de l'Education tout en se limitant à la résolution de problèmes à court terme ». Or, il se trouve que la jeunesse africaine d'aujourd'hui est appelée à vivre et travailler dans des sociétés de plus en plus ouvertes et démocratiques, mues par la technologie, intégrées à des réseaux mondiaux de production et de commerce, et peut-être plus important encore, sujettes à des changements sociaux et économiques très rapides.

Il ne s'agit donc pas de répondre seulement à la demande d'accès à l'enseignement secondaire, mais aussi au besoin de renforcer le capital humain national à un moment où l'accélération de la croissance économique et les changements sociaux exigent d'urgence des réformes.

Le lien entre une éducation secondaire de qualité et le développement est avéré, si l'on suit bien Adrian Verspoor, consultant principal en éducation à la Banque Mondiale. Entre autres exemples, il souligne que les filles qui ont bénéficié d'une éducation secondaire sont trois fois plus chanceuses que les autres pour savoir que le Sida peut être transmis de la mère à l'enfant. « En Zambie et au Zimbabwe, les jeunes filles qui ont reçu un enseignement secondaire sont moins exposées à la contamination du Vih que les autres », argumente encore M. Verspoor.

Renforcer les capacités

L'Afrique doit donc produire, dans son enseignement secondaire, des compétences fondamentales et spécifiques qui permettent, entre autres, d'accroître la productivité du travail de la main d'oeuvre, d'améliorer la santé des populations avec un accent sur la promotion de comportements d'hygiène et de prévention, notamment contre les grandes endémies et pandémies comme le Vih Sida et le paludisme.

Certains pays africains comme Madagascar, le Kenya et l'Ouganda commencent, au regard de ce qu'ils ont présenté durant la conférence, à articuler leur éducation secondaire au développement du capital humain de leur jeunesse. Cela fait sans doute partie des bonnes pratiques à vulgariser et partager. Pour cela, il est aussi nécessaire d'avoir le soutien des décideurs politiques.

Au Ghana, pays hôte de la conférence, le gouvernement va d'ailleurs lancer en septembre prochain, une réforme qui intègre toute cette dimension. Papa Owusu Ankowah, ministre de l'Education, des Sciences et Sports de ce pays explique, en effet, que l'éducation secondaire doit aussi mettre l'accent sur le service aux communautés en aidant les élèves à avoir des compétences utiles pour le développement de leurs pays.

Mais, doit-on penser que la compétitivité de l'Afrique sera forcément assurée par des jeunes bénéficiaires seulement de certaines compétences découlant d'un enseignement secondaire ? C'est une question que Mme Grace Naledi Mandisa Pandore, ministre de l'Education d'Afrique du Sud a jetée dans le débat général, comme pour interpeller tous les participants.

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