Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Rap - l'"Ak Sang" toujours Grave

Alain Tchakounte

13 Avril 2007


Le groupe de hip-hop Ak Sang Grave qui célèbre ses 10 années d'existence veut, en même temps, faire la fête avec d'autres groupes,signifier les évolutions du milieu au Cameroun.

Dar X est seul à se confier. Ses deux autres compères, Reezbo et Eboo, sont pris par leurs tâches respectives, afin de donner un cachet particulier à la célébration de ce week-end. " Reezbo est dans les radios alors que Eboo est allé chercher des potes à Douala ", révèle Dar X. Demain, 14 avril, ce sera la totale à l'espace Africréa au quartier Bastos à Yaoundé. " Nous allons donner un spectacle avec plusieurs groupes et amis rappeurs ", ajoute, enthousiaste, ce membre de Ak Sang Grave, groupe de rap camerounais existant depuis une dizaine d'années.

Occasion de découvrir un rêve de " ghettosards ", transformé en réalité : faire du rap et en vivre. " Nous sommes tous des anciens voisins au quartier Nlongkak à Yaoundé. Gamins, on se retrouvait dans les années 1992-1993 au point beignet pour des free style. On avait un accent particulier, parce qu'on dénonçait les tares de la société dans un style très hardcore. " A l'époque " Etat d'urgence ", " Anonym " ou encore " Umar CVM " régnaient sur le rap. " Les grands ne voulaient pas vraiment qu'on s'exprime, mais on a pu le faire dans les " Sunday rap " ou lors des Remy (Rencontres musicales de Yaoundé) ", précise le rappeur.

La rencontre avec le promoteur de " Mapane records ", Louis Tshoungui, va être un facteur déterminant. D'abord dans la dénomination. De " Accent grave ", on est passé à " Ak Sang Grave ". Explications de Dar X : " On a adopté l'Ak en référence à l'arme Ak 47. Sang, parce que nos mots, qui sont des armes blessent et du sang coule. Et enfin grave, parce que c'est notre ton ". Ensuite, le parcours et l'exploration artistique qui s'enrichissent : des collaborations diverses avec Krotal, Funkis, Ra-cyn Teek, etc. Mais surtout, deux albums à leur actif. Le premier, " Yaoundé pour la planète ", sorti en 2000.

Album de dix titres, sorte d'ode à la capitale alors que la guéguerre Yaoundé-Douala (bien vive dans le milieu) pour le contrôle du rap camerounais fait rage. On découvre alors des titres comme " Fait quoi fait quoi ", ou encore " On se rapproche de la réalité ". En 2006, un deuxième bébé naît de la rage d'Ak Sang Grave. Il s'appelle " Du fond de l'Afrique ". " On reproche aux gens de dire bas ce qu'il pensent. Nous on le dit tout haut avec des mots durs pour les politiques et pour les néo-colonisateurs à qui on demande de libérer l'Afrique ". Le troisième album, qui est en fait le 2e volume après " Du fond de l'Afrique ", devrait sortir l'année prochaine.

Au sujet du rap camerounais, les membres du groupe sont contents que les choses bougent. " Aujourd'hui des rappeurs peuvent se retrouver avec des cachets de 300.000 Fcfa après un spectacle, alors qu'il y 8-9 ans à nos débuts quand tu avais entre 25 et 30.000 Fcfa, tu étais aux anges. L'évolution est perceptible, mais le combat aujourd'hui est d'intégrer le rap dans la société camerounaise, pour qu'il soit considéré au même titre que le makossa, le bikutsi ou l'essewe ", précise Dar X. Ak Sang Grave a reçu en mars dernier le trophée " Canal d'Or " du meilleur groupe de rap en 2006, décerné par la chaîne privée Canal 2 international.

Ce samedi, après une série d'activités sportives et cérébrales, ils fêteront leur trophée avec plusieurs autres collègues tels que C-Minair, Koppo, Sultan Hochimin, etc. Une autre occasion d'affirmer au public que le rap camerounais, malgré les préjugés, existe bel et bien. Fait quoi fait quoi.

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