Propos Recueillis Par Ibrahima Diaw
18 Avril 2007
interview
L'une des orientations et recommandations de la politique sectorielle de la microfinance est d'arriver à faire un tri et à pousser les institutions déjà présentes sur le terrain à se regrouper en réseaux.
Et sous ce rapport, le directeur national de l'institution internationale de microfinance, Oikocredit, M Sambou Coly, dans l'entretien qu'il nous a accordé, estime que les pouvoirs publics doivent désormais être plus regardants d'une part dans les procédures d'attribution des agréments aux mutuelles d'épargne et de crédit, et d'autre part dans le respect des instructions de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao).
Pouvez-vous nous faire la présentation de Oikocredit ?
Oikocredit est une institution financière internationale au développement créée en 1975 en Suède et dont le siège est basé aux Pays-Bas. Notre objectif principal, derrière la création de cette institution internationale, est de faire confiance aux personnes défavorisées en leur donnant les moyens de réaliser leurs propres projets de développement afin de réduire la pauvreté. Oikocredit intervient ainsi dans les domaines de la microfinance, de l'agriculture, de la pêche, de l'habitat social, de l'éducation et du commerce. En définitive, notre mission principale, à travers l'octroi de ces crédits, est de venir en aide aux couches les plus défavorisées des populations. Je dois aussi vous révéler que nous sommes structurés géographiquement en étant représentés dans 32 pays à travers le monde, et par des bureaux régionaux au nombre de 11 et des bureaux nationaux au nombre de 18. C'est ainsi que nous avons des bureaux régionaux en Europe, en Afrique, en Amérique latine, en Amérique centrale. Le Bureau régional pour l'Afrique francophone, couvrant la Côte-d'Ivoire, le Sénégal, le Mali, le Bénin et le Togo, est basé à Abidjan.
Qu'est-ce qui justifie la création de cette institution de microfinance ?
Nous avons mis sur pied cette structure car nous avons constaté que la majeure partie de nos fonds sont destinés à la microfinance urbaine. Ce qui participe ainsi au développement de l'exode rural dans nos pays. Maintenant, pour renverser la tendance, nous avons décidé d'aller à la rencontre de ces ruraux pour tenter de les fixer dans leurs terroirs. Aujourd'hui, je peux dire que nous sommes devenus une institution de plus en plus présente en terme de volume d'intervention. En 2006 par exemple, nous avons approuvé 78 milliards de francs Cfa en nouveaux projets à travers le monde. Cela porte l'ensemble de nos interventions en cours de développement à plus de 135 milliards de francs Cfa. Ce qui n'est pas négligeable dans les pays sous-développés comme les nôtres.
Et comment appréciez-vous votre intervention au Sénégal ?
Depuis le début de nos activités au Sénégal en 2006, nous avons déjà injecté 1,5 million d'euros (près de 1 milliard de francs Cfa) et 1,5 milliard de francs Cfa de montant sont en cours de réalisation. Sachez que nous avons aussi voulu y diversifier nos interventions en décidant d'allouer une partie de notre portefeuille dans le refinancement des mutuelles d'épargne et de crédit et sans pour autant négliger les autres secteurs comme la pêche, l'agriculture et l'habitat social qui sont nos principales cibles au Sénégal. Aussi, nous avons décidé d'allouer une part minime de notre portefeuille au secteur des Petites et moyennes entreprises (Pme) pour leur permettre de pouvoir arriver à un niveau qui pourrait éventuellement intéresser les banques. Ce qui est très important d'autant plus que ces structures ne présentent pas encore l'ensemble des garanties exigées par le système bancaire traditionnel pour bénéficier de leurs prestations.
Comment se porte le secteur de la microfinance au Sénégal ?
En ce qui concerne la microfinance au Sénégal, je dirais que c'est un secteur relativement très présent sur l'ensemble du territoire national. Cependant, nous constatons des disparités relativement frappantes. On constate aussi que ce sont des réseaux qui, pour la plupart, sont constitués par les coopérations française, américaine et canadienne. Et maintenant, au vu de cette floraison de mutuelles d'épargne et de crédit, les acteurs de ce secteur ont entamé depuis quelques années une réflexion qui a abouti à l'élaboration d'un rapport sur la politique sectorielle de la microfinance. A travers ce document, nous essayons d'adopter une conduite harmonisée afin d'éviter toute dispersion au niveau des interventions et éviter toute perte de valeur ajoutée pour le développement de ce secteur dans sa globalité. A notre niveau, avec notre expérience que nous avons dans le refinancement des mutuelles d'épargne et de crédit, nous essayons de pouvoir joindre l'appui financier à celui non financier. Et c'est ainsi que, après avoir constaté que les institutions de taille moyenne, pour l'essentiel, n'ont pas forcément besoin que de cet appui financier, nous avons décidé de les appuyer sur le plan institutionnel en terme de formation, de mise à disposition d'un système de gestion interne, de gestion. Mais aussi la mise à leur disposition d'un consultant pour la rédaction d'un plan d'affaires pour les orienter vers la bonne direction dans 5 ans.
On assiste aussi, depuis quelque temps, à une floraison de mutuelles d'épargne et de crédit au Sénégal. Un tel phénomène ne risque-t-il pas de causer des problèmes au secteur ?
Il est vrai que nous constatons depuis quelques années maintenant à une floraison rapide de mutuelles d'épargne et de crédit au Sénégal. Et au moment de l'élaboration du rapport sur la politique sectorielle, il y a deux ou trois années maintenant, quelques 700 Mutuelles d'épargne et de crédit (Mec) ont été répertoriées à travers le Sénégal. Ce qui est relativement important dans notre environnement. Donc on peut en déduire que ce phénomène pourrait entraîner des problèmes au secteur si on n'y prend pas garde. Je tiens aussi à souligner que la stratégie nationale de la microfinance offre un cadre de concertation et d'action aux différents intervenants du secteur. Elle permet aussi, aux autorités compétentes, de renforcer et adapter la surveillance et le contrôle du secteur. Sa mise en oeuvre va permettre de rechercher des économies d'échelle par la mise en commun des efforts et de développer des synergies entre les acteurs.
Et maintenant que faire concrètement pour ne pas en arriver à ce scénario ?
Il nous faut d'abord orienter nos efforts vers l'assainissement du secteur. Et au vu de cette situation, l'une des orientations et recommandations de notre stratégie nationale est d'arriver à créer des synergies entre les différents acteurs aussi bien du secteur financier décentralisé que du secteur financier traditionnel. Aussi, nous devons encourager les institutions déjà présentes sur le terrain à se regrouper en réseaux pour créer des économies d'échelles et arriver ainsi plus rapidement à atteindre des autonomies financières. Ceci pourrait d'une part faciliter les interventions des bailleurs de fonds et d'autre part les rendre plus pérennes. Sur le plan strictement financier, l'un de nos indicateurs clés réside dans la capacité de l'institution à pouvoir couvrir ses charges opérationnelles. Aussi, devrions nous être plus regardants d'une part dans les procédures d'attribution des agréments aux mutuelles d'épargne et de crédit et d'autre part dans le respect des instructions de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) qui a fixé les conditions claires pour le fonctionnement de ces mutuelles d'épargne et de crédit. Maintenant, les institutions qui ne sont pas capables de respecter les lois et instructions de la Bceao pourraient être sanctionnées. Des sanctions pouvant aller jusqu'au retrait de leur agrément.
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