Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Musique - le pays a une autre voix

Stéphane Tchakam

19 Avril 2007


Bien connu en France, Simon Nwambeben est le nouveau chansonnier africain dont on parle.

Il a lui-même compris qu'être connu ailleurs et pas chez lui avait quelque chose de scandaleusement absurde. A la faveur, actuellement, d'un séjour au pays, Simon Nwambeben a demandé et obtenu de son label, Daqui, de se faire doucement connaître des siens. Le jeune homme, que l'on présente en France où il est installé comme " la nouvelle voix de la scène africaine ", est chansonnier. Artistiquement réalisé par monsieur Ray Lema, son premier album, " Bitibak I ", est sans doute la meilleure carte de visite dont il pourrait se prévaloir.

L'enregistrement est éponyme du rythme de Nwambeben, un enfant de Biabetom, tout près de Bafia dans le Mbam-et-Inoubou. Le Bitibak, chez les Bafia, est une décoction végétale contre le " kefep ", la fièvre ou le paludisme. L'infusion de Nwambeben, elle, se veut musicale. A la place des feuilles de papayer, de manguier et autres plantes, il a mis le mekeng, le nkaï, percussions utilisées dans la culture bafia et généralement soutenues par les voix et le chant. Non sans y ajouter sa touche personnelle, guitare à la main. Le fondateur Dang à Betchem, chanteur traditionnel bien connu en pays bafia avec son titre " Sou a mê mô ", avait, lui aussi, sa touche, la sanza en l'occurrence.

Résultat des courses, une musique très acoustique, ces chansons égrenées comme le maïs, avant qu'on ne l'écrase pour la confection du kepen, l'incontournable couscous. Souvent cadencées pour ceux qui veulent s'essayer à la célèbre danse : un pas devant, deux pas derrière. Et il y a bien sûr les voix, comme partout en Afrique où l'on chante toujours ensemble. Pour toutes sortes d'occasions, toujours entre joie et peine. Comme la vie elle-même. Et Nwambeben sait par instinct que " l'art est l'avocat de la créature vivante, l'art plaide pour l'amour du prochain, le but de l'art c'est de comprendre " - dixit Akendengue.

Derrière ses lunettes de faux intello, le petit homme propose justement un Bitibak qui tend les mains à l'Homme, touche les coeurs et soigne les maux contemporains. Ceux de l'esprit. Et ça marche. La recette est proche de celles d'une Rokia Traoré ou d'un Geoffrey Oryema. La parenté de style est avérée et le rapprochement avec la Malienne et l'Ougandais lui font plutôt plaisir. Dans la même logique, le chanteur collectionne les premières parties prestigieuses : Manu Dibango, Lokua Kanza, Ismaël Lô à l'Olympia et bientôt Salif Keïta dans la même salle.

Le site Internet www.simon-nwambeben.com renseigne sur la trajectoire de l'artiste de 31 ans qui a plutôt grandi dans l'Ouest du Cameroun. Le virus de la musique l'y a attaqué. Si gravement que l'élève abandonne ses études. Monté au début des années 90 à Yaoundé, il rencontre Steve Ndzana qui lui met le pied à l'étrier à la " Terre battue ". D'abord batteur, le gars s'est initié à la guitare et se fait bientôt engager dans une troupe de théâtre basée à Nantes. Cap sur l'Hexagone où Simon Nwambeben a, depuis lors, le vent en poupe. La scène musicale africaine n'en finit donc pas de se régénérer.

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