Farida Belkhiri
21 Avril 2007
La Coupole s'emplit sans s'emballer pour Gnawa Diffusion
Manquant de tonus, Amazigh Kateb et son groupe n'ont pas réussi à enflammer le public, trop nombreux, jusqu'à la fin du spectacle.
Le complexe Mohamed Boudiaf était en effervescence. Le dernier concert de Gnawa Diffusion à Alger, jeudi dernier, a attiré la foule. La Coupole est pleine comme un oeuf. Près de 5 000 personnes. Exclusivement des jeunes, les fans de Amazigh, le rebelle du groupe auquel ils s'identifient, sont venus nombreux voir l'événementiel concert d'adieux du groupe. Mais la salle n'est pas enguirlandée pour l'occasion. Point de décoration. La scène est l'unique «accessoire». Le public prend place juste au-dessous, piaffant d'impatience. Le «coeur» s'amplifie de monde. La salle est comble en un rien de temps.
Les organisateurs, représentants de la société As Production, feront toutefois attendre tout ce beau monde. Au lieu de 18h00, le concert ne commencera qu'à 20h00. Le public s'agite, les journalistes s'irritent. D'autant plus que les organisateurs ne leur offrent pas l'espace adéquat pour pouvoir couvrir «correctement» l'événement. «Il n'y a pas d'espace pour les journalistes. Ils n'ont qu'à se mettre avec le public !» lancera Malik de As Production.
Un animateur annonce enfin le début du concert. Mais ce n'est pas encore le tour de Gnawa Diffusion. Le jeune groupe gnawi Djemaoui Africa monte sur scène. Les karkabou, percussions traditionnelles et batterie chauffent le public.
Mais pas pour longtemps. Les spectateurs sont impatients de voir Gnawa Diffusion et l'expriment. Certains iront même jusqu'au jet de bouteilles. Djemaoui Africa bat en retraite et cède la place au groupe tant attendu. Amazigh est accueilli comme il se doit, avec des acclamations. Mais il réussit à imposer une minute de silence en hommage aux victimes des attentats du 11 avril à Alger. Il se lancera ensuite dans un «istikhbar» sur les airs du goumbri avant d'entamer un Salam (Salut) aux sonorités gnawies. Les grands succès du groupe se succèdent, créant une ambiance très festive. Mais à la différence des autres concerts plus «intimes» que Gnawa Diffusion a donnés dans des salles plus «petites» qu'il a enflammées, à la Coupole le verbe vitriolé de Amazigh a perdu de son mordant. Noyé par une musique «tapageuse», il n'a pas eu l'effet escompté. De plus, la sonorisation n'était pas faite pour arranger les choses. «Il est difficile de contrôler, techniquement, le son dans une salle comme celle-ci», fera remarquer un professionnel.
Evidemment, Amazigh ne manque de servir ses discours provocateurs, histoire de réaffirmer sa nature révoltée et son intention de combattre les «méchants». Il inclura évidemment les jeunes spectateurs dans sa révolte, martelant qu'il est dans leur camp et ce, même s'il se trouve de l'autre côté de la Méditerranée. Il clame haut et fort qu'«on» ne se fera pas avoir par «eux» et «ils», sans nommer personne ni désigner précisément cet «ennemi» qu'il combat.
Les premiers moments d'exaltation passés, l'ambiance retombe. Sans perdre complètement leur énergie, les spectateurs s'assagissent. Gnawa Diffusion, qui tenait son public en ébullition jusqu'à la fin du spectacle, manque de tonus. Le public finit par décrocher. Sauf les «inconditionnels» entourant la scène et qui maintenaient la pression en tentant d'entraîner les autres avec eux. Amazigh tentera, lui aussi, d'attiser la foule. Il y réussit mais n'arrive pas à maintenir l'ambiance. Le concert s'éternise. Le public commence à montrer des signes de lassitude. Les bouteilles, encore une fois, voleront vers la scène Le dernier concert de Gnawa Diffusion n'est pas le meilleur et ne sera certainement pas son plus beau souvenir ni celui que gardera de lui son public. Certes, la Coupole n'a pas désempli. Mais beaucoup afficheront leur déception face à la prestation, pas très reluisante, du groupe partant. Gnawa Diffusion a manqué sa sortie.
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