Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Cinq domaines prioritaires pour promouvoir l'industrialisation de la RD Congo

interview

Kinshasa — « Nous allons soutenir la création des industries de proximité qui vont permettre de transformer des produits agricoles », annonce le ministre Simon Mboso

Le gouvernement du Premier ministre Antoine Gizenga a, pour son quinquennat, retenu cinq domaines prioritaires dans le programme de relance du secteur industriel en République démocratique du Congo. Le ministre de l'Industrie, Simon Mboso Kiamputu, l'a souligné samedi 21 avril 2007 dans l'interview exclusive qu'il a accordée au Potentiel, dans son cabinet de la Gombe à Kinshasa.

« La première maladie qui tue les gens dans ce pays, c'est la faim et non la malaria. Parce que ceux qui meurent de la malaria, c'est souvent du fait qu'ils n'ont pas mangé. Nous allons soutenir l'industrie agroalimentaire pour faire l'intégration entre l'agriculture et l'industrie pour améliorer et faciliter la transformation des produits agricoles», a-t-il indiqué. Interview. Le ministère de

l'Indusrtrie dispose-t-il d'un programme précis et des ressources suffisantes pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixé pour l'année ?

Le ministère de l'Industrie a comme première mission de promouvoir l'industrialisation de la République démocratique du Congo, de relancer les sociétés industrielles. Dans ce domaine, nous nous sommes fixés cinq domaines prioritaires dont l'agro-industrie (pêche et alimentation).

Il est une évidence que la première maladie, qui tue les gens dans ce pays, c'est la faim et non la malaria. Ils meurent de la malaria parce qu'ils n'ont pas mangé. Nous allons soutenir l'industrie agroalimentaire pour faire l'intégration entre l'agriculture et l'industrie pour améliorer et faciliter la transformation des produits agricoles.

Nous allons soutenir la création des industries de proximité qui vont permettre de transformer des produits agricoles. Nous avons un milliard de kg de poissons qui meurent de vieillesse parce que nous ne savons pas les conserver, les mettre sur le marché de manière durable. Comme disait un ami, au lieu que ces poissons meurent dans les rivières, qu'ils viennent plutôt mourir dans la bouche des Congolais.

Le deuxième domaine, ce sont les matériels de construction, le bois, les barres de fer. Pour réussir les cinq chantiers du président de la République, les infrastructures constituent la première priorité. C'est en désenclavant le pays par la construction des infrastructures (routes, chemins de fer, voies navigables) qu'on va permettre à l'économie de se relever, aux agriculteurs de reprendre leurs activités de manière à produire pour les industriels.

Le 3ème domaine prioritaire, c'est l'industrie pharmaceutique. Il faut soigner les gens quand ils sont malades. Nous devons posséder des produits pharmaceutiques de qualité que nous allons avoir avec le concours de la propriété intellectuelle, la lutte contre la contrefaçon, le respect des normes.

Aujourd'hui, nous avons dans notre pays des produits pharmaceutiques qui sont falsifiés, sous-dosés.

Le quatrième domaine qui nous préoccupe beaucoup, c'est l'industrie des pièces de rechange. Nous avons des pièces de rechange ici qui ne sont pas viables. Nous devons avoir nous-mêmes une industrie des pièces de rechange qui puisse nous permettre de remonter les machines que nous utilisons.

Enfin, je suis préoccupé, en collaboration avec mon collègue des Hydrocarbures, par l'industrie du biocarburant, la bioénergie. Le carburant nous coûte cher.

Je viens de visiter la CINAT et la CILU dans la province du Bas-Congo. Le fuel représente 50% de leurs charges. Ce serait une bonne chose que nous puissions produire du biocarburant ici à base de l'huile de palme, de la canne à sucre de manière à être autonomes en matière énergétique. L'électricité, malgré tous les appuis que la SNEL peut avoir, n'arrivera pas aujourd'hui dans le monde rural.

J'envoie un expert à Hanovre, à une conférence sur la production de l'énergie sur base du bois. Nous allons travailler avec la sucrière de Kwilu-Ngongo, qui produit de l'éthanol. Nous avons mis en place, avec mon collègue des Hydrocarbures, une commission conjointe pour produire une législation sur le biocarburant qui va permettre d'intégrer, dans le carburant actuel, une dose de produits du carburant à base végétale, l'éthanol par exemple. Cela va nous permettre de réduire notre dépendance vis-à-vis de l'extérieur et de réduire le coût. Ce sont là les cinq domaines prioritaires que nous avons ciblés.

Sur quels moyens comptez-vous ?

Tout cela, il est vrai, demande des moyens. Mais, les moyens ne sont pas seulement financiers. Je viens de faire une tournée dans le Bas-Congo.

J'ai trouvé des industries fermées. La société de brasserie des Cataractes est en arrêt depuis plus de dix ans. Tout l'équipement est là, il leur manque les fonds de roulement et ils ont eu des problèmes de gestion.

Au ministère de l'Industrie, nous avons mis en place un programme, avec l'aide du Fonds de promotion de l'industrie. Nous financerons ces unités. Nous les remettrons en activité et nous les mettons sous gestion, comme le fait la Banque centrale avec des banques commerciales en difficulté.

Nous avons la CINAT qui ne produit que 100.000 tonnes pour une capacité installée de 300.000 tonnes. Il faut renforcer son fonds de roulement. Nous sommes en contact avec ma collègue du Portefeuille. Nous allons mener des actions de restructuration qui vont permettre de financer des plans d'urgence qui vont renflouer l'entreprise, afin qu'elle revienne à sa production de 300.000 tonnes, augmenter le nombre de ses emplois et inonder le marché de ciment.

Mais, le système bancaire est en panne en RDC. Où allez-vous trouver les crédits pour financer ces projets ?

Aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a insuffisance de capacité du système bancaire à financer les industries avec des crédits à moyen et long termes. Les banques financent essentiellement à court terme. Or, les investissements industriels sont essentiellement à moyen et long termes.

Remplacer les équipements dans une cimenterie comme la CINAT, dans une sidérurgie comme la Socider, dans une industrie minière comme la MIBA qui est aujourd'hui en difficulté, cela demande un grand financement parce qu'il faut que l'investissement puisse être rentable avant de commencer à le rembourser.

Les crédits à court terme, c'est surtout pour le commerce et les activités semi-industrielles. Nous sommes, avec la FEC, en train d'insister auprès de la Banque mondiale pour qu'on nous accorde une ligne de crédit. Pour les 120 millions Usd qui étaient sollicités, jusqu'ici, nous ne nous sommes pas encore accordés avec le staff de la Banque mondiale qui s'occupe de la RDC. Quand le président de la Banque mondiale était à Kinshasa, le gouvernement a insisté de nouveau. Nos collègues, qui reviennent de Washington, ont encore insisté.Nous allons intéresser d'autres bailleurs comme le Fonds belge d'investissement (BIO), l'AFD. Il faut dire que, depuis le déclin de la SOFIDE, nous n'avons plus un instrument de financement adapté aux besoins de l'industrie.

Aujourd'hui, le FPI (Fonds de promotion de l'industrie) n'a pas de ressources suffisantes. Il n'accorde pas des crédits qui dépassent un million Usd. Les grandes industries ont besoin de financements plus importants que ceux-là. Nous avons besoin de grands financements pour relancer l'industrie lourde qui peut entraîner les autres. En ressources propres, nous n'allons jamais financer les investissements industriels. Nous sommes un gouvernement des élus, un Exécutif qui a la légitimité. Avec la sécurité et la paix restaurées, je crois que nous aurons de nouveau un afflux de financements qui vont nous permettre de pouvoir relancer notre industrie au cours de ce quinquennat.


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