Meriem Merdaci
25 Avril 2007
La nouvelle avait vite fait le tour de la ville : le climat de deuil, qui marque encore le pays à la suite des attentats ayant visé la capitale le 11 avril dernier, ne permettait pas au chef de l'Etat d'inaugurer, comme cela était officiellement envisagé, «les Journées du malouf», l'une des stations au programme de la commémoration de «Youm el Ilm».
Les mélomanes et les observateurs savent qu'il en fut ainsi l'an dernier, et les plus avertis n'avaient pas manqué de suivre les polémiques que la qualité du spectacle et de son organisation avait légitimement suscitées, et la presse a fait, récemment encore, des gorges chaudes des querelles publiques de préséance qui, sans surprise, ont aussi marqué la présente manifestation. Si tout le monde se résigne, plus ou moins, à l'idée que la musique sert aussi de faire valoir aux uns et aux autres, il est aujourd'hui difficile de ne pas relever le climat, pour le moins, incertain qui pèse sur la scène culturelle constantinoise depuis précisément le fameux incident du site «Massinissa» et la manière dont tout cela est justement mis en musique à Constantine. Pour rappel, la visite présidentielle de l'année dernière comprenait notamment l'inauguration du site Massinissa et au cours de laquelle la ministre de la Culture avait publiquement pris à partie le directeur de wilaya de l'urbanisme.
Les médias, arabes en particulier, s'étaient alors saisis de l'incident alors qu'à Constantine même les ponts étaient ostensiblement coupés entre les autorités locales et le département de Mme Messaoudi. Sur le terrain local, cela s'est assez vite traduit par la position intenable du directeur de la culture alors en poste puis, plus spectaculairement, par la délocalisation vers Mila du Festival national des Aïssaouas et surtout par la mise en cause publique de la ministre de la Culture par les représentants des autorités locales -l'ancien président de l'APW entre autres- qui l'accusaient d'imposer un embargo à la wilaya. L'extrême discrétion qui a entouré la venue du nouveau directeur de la culture, qui entoure depuis ces activités, donne bien à penser que les choses n'ont guère évolué et le seul signe encourageant, à cet égard, est la présence du directeur des affaires culturelles du ministère de la Culture à l'ouverture du festival «Dimajazz» dont il a, au passage, annoncé l'institutionnalisation. Nourreddine Lardjane avait fait aussi état, à l'occasion, de la prochaine organisation à Constantine du Festival international du malouf, nouvelle dont le wali aura immédiatement feint de prendre connaissance. Paradoxalement, c'est sur le terrain, en principe consensuel, de la promotion du patrimoine musical citadin de Constantine que semblent s'être fixées les tensions entre les responsables de la wilaya et le ministère de la Culture. C'est, faut-il le rappeler, à l'occasion des «Journées du malouf» organisées à son initiative que le nouveau wali, Boudiaf, avait établi le contact direct avec la population de la ville et fait part de sa volonté de travailler à la promotion de la capitale de l'Est, et sous son autorité et en absence d'un commissaire désigné par la tutelle que s'était mis en place le festival d'avril 2006. Depuis, la ministre de la Culture a chargé l'ancien président du conseil consultatif culturel du commissariat du festival -à vocation en principe maghrébine- du malouf et le fait est que cette manifestation ne semble guère s'inscrire dans le calendrier de la wilaya.
Ce n'est pas un secret que le commissaire désigné n'a été ni reçu ni même agréé par le wali qui s'en était d'ailleurs publiquement expliqué à l'occasion d'une récente rencontre avec les musiciens de la ville en faisant valoir qu'il n'avait pas été consulté à ce sujet.
Les dernières nouvelles rapportées dans les milieux artistiques de la ville font état de la délocalisation certaine du festival au niveau de la wilaya de Skikda alors que l'incertitude demeure sur l'identité de ses organisateurs, de son contenu et de ses participants éventuels. Des «Journées du malouf» dont il est acquis qu'elles ne sont pas le festival envisagé à la manifestation projetée par le représentant de la ministre de la Culture en passant par celui en passe d'être délocalisé, il est difficile de dire sur quel pied danser aujourd'hui à Constantine, en matière de musique même, si plus que jamais semble se vérifier l'adage selon lequel c'est celui qui paie qui dit sur quelle musique on danse.
Et les informations répandues, y compris à ce sujet, indiquent qu'à Constantine rien n'est moins sûr puisque les musiciens requis l'année dernière par la commission de wilaya, organisatrice du festival 2006, viennent tout juste d'être payés. Par les soins de l'APC.
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