Si certains artistes musiciens continuent de faire confiance au Bubedra (Bureau béninois des droits d'auteurs), d'autres préfèrent s'adresser à l'agence privée Top Show Biz. Et entre ces deux camps, la polémique est vive.
La brouille est totale. Les artistes béninois ne s'entendent plus avec le Bureau béninois des droits d'auteurs (Bubedra), une structure étatique. Sur le terrain, deux camps s'opposent : d'une part le Collectif des artistes, mené par Nel Oliver et Sagbohan Danialou, qui soutient le Bubedra, et de l'autre, les "dissidents" de la structure publique de gestion des droits d'auteurs.
Ceux-ci, partisans de Top Show Biz, une agence privée de distribution des oeuvres phonographiques sont d'artistes et groupes musicaux dont All Baxx, Full Stop, Wéziza, Radama Z, Fikira, Joka, etc. « Ces artistes sont manipulés ! » s'indigne Nel Oliver, secrétaire du Collectif des artistes et sociétaire du Bubedra. « Top Showbiz nous offre de bonnes conditions de vie et de travail », réplique Sweet, principal vocaliste du groupe All Baxx. « Les artistes sont assez responsables pour savoir ce qu'ils font. Si j'arrive à les manipuler, tant mieux... », ironise Karl Djimadja, directeur de Top Showbiz.
Tout est parti des problèmes de gestion des droits d'auteurs des artistes musiciens par le Bubedra. Dans la préface à la loi n° 2005-30 du 10 avril 2006 sur la protection du droit d'auteur et des droits voisins, le ministre Théophile Montcho affirme que les créateurs d'oeuvres de l'esprit, dont les artistes musiciens sociétaires du Bubedra, « sont fondés non seulement à être assurés d'une protection effective de leurs droits sur ces oeuvres, mais aussi à bénéficier en priorité des fruits découlant de leur utilisation en public ». Autrement dit, les artistes bénéficient d'un certain nombre de droits tels que la protection de leurs oeuvres contre la piraterie et la perception d'allocations générées par leur commercialisation et leur exploitation. D'après l'article 68 de la loi N°2005-30 du 10 avril 2006, « La somme perçue (par le Bubedra, Ndlr) de l'utilisateur d'un phonogramme sera partagée à raison de 50% au producteur et 50% aux artistes interprètes ou exécutants. Ces derniers se partageront la somme reçue du producteur ou l'utiliseront conformement aux accords existant entre eux ».
Seulement, bon nombre de ces artistes ne sont pas satisfaits de la manière dont le Bubedra gère les redevances versées par les consommateurs ou utilisateurs des produits musicaux (les radios, les chaînes de télévision, les buvettes, boîtes de nuit, les hôtels, etc.). « Le Bubedra ne verse pratiquement rien aux artistes ! », s'indigne Eusèbe Dossou, producteur. Une critique faite aussi par plusieurs autres artistes dont les « oeuvres ont pourtant connu un franc succès commercial ». Le Collectif des artistes rejette ces allégations et estime que, malgré les difficultés dues aux moyens limités du Bubedra, cette structure essaye de faire son travail.
Frustrés et déçus, certains artistes, pour la plupart des jeunes, ont annoncé au cours d'une conférence de presse tenue le 17 mars dernier à l'hôtel Terminus à Cotonou qu'ils se retirent du Bubedra. « Nous optons désormais pour une distribution individuelle et personnelle de nos oeuvres sans le sceau du Bubedra », ont-ils déclaré. Etabli sous forme de timbre vendu à 250 Fcfa l'unité par le Bubedra, le sceau permet à cette structure d'authentifier l'oeuvre aux yeux du consommateur et de contrôler sa distribution. En outre, « les artistes perçoivent des ristournes sur chaque timbre vendu », affirme sans plus de précisions Nel Oliver. Sceptiques, les "dissidents" préfèrent confier la licence et l'entièreté de leurs droits à Top Showbiz sur une période d'un an. Cette cession de licence est reconnue par la loi N°2005-30 du 10 avril en son article 25 qui stipule que « l'auteur d'une oeuvre peut accorder des licences à d'autres personnes pour accomplir des actes visés par ses droits patrimoniaux... ».
Des motos aux artistes
Créé depuis au moins une vingtaine d'années, Top Show Biz a commencé, surtout depuis 2006, par multiplier à des milliers d'exemplaires les oeuvres musicales des artistes béninoises et à les vendre à des prix très concurrentiels, variant entre 500 et 1000 Fcfa contre 3000 à 5000 Fcfa auparavant. En plus des frais de licence, cette agence offrirait un certain nombre d'avantages à ses partenaires artistes. Le 15 et 20 avril derniers, il a contribué à hauteur d'un tiers du coût, à l'achat de quatorze (14) motos distribuées à quatorze (14) artistes, qui ont pris en charge les deux tiers restants. Pour la plupart des bénéficiaires, jusque-là sans moyens de déplacement, ce geste de Top Show Biz constitue une aubaine. "Nous l'encourageons à continuer sur la même lancée ", a déclaré, très satisfait, Maurelle Koffi, membre de Full stop et porte-parole des artistes lors de la cérémonie de remise des motos le 15 avril.
Mais pour Nel Oliver, il s'agit ni plus ni moins d'un saupoudrage. « Ces artistes sont dans l'ignorance », déplore-t-il. C'est leur argent que Top Show Biz utilise ainsi... ». Pire, soutient le secrétaire du Collectif, en cédant leur licence, ces créateurs d'oeuvres de l'esprit ne bénéficieront pas à long terme des avantages liés au droit d'auteur. D'après l'article 52 de la loi n° 2005-30 du 10 avril 2006, « le droit d'auteur dure toute la vie de l'auteur et pendant les soixante dix (70) années civiles à compter de la fin de l'année de son décès ». Alors que le Bubedra garantirait ce droit à l'artiste sociétaire et à ses descendants, Top Show Biz n'en ferait pas autant. Entre partisans et adversaires du Bubedra, la polémique continue...

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