Port Louis — Nous sommes tous désorientés par la confusion qui entoure les cultures des principales formations politiques. Il y a deux explications possibles à leur inconstance apparente. Soit, il y a un réel effort de leur part de repenser leurs positionnements traditionnels, soit elles flottent dans le vide et n'ont aucune orientation précise. Il est bien difficile de dire, par exemple, si les valeurs et les idées qu'incarnent le PTr ou le MMM sont de droite ou de gauche ou tout simplement le produit d'un bricolage idéologique.
Les rassemblements du 1er Mai devraient être l'occasion pour les leaders de préciser les fondements de leurs nouvelles pratiques. L'exercice sera utile pour éclairer la population. Si les partis se contentent d'utiliser cette occasion pour évaluer les rapports de force, le gâchis sera énorme. On est encore loin de l'échéance de 2010. Ce n'est pas le moment de faire de la démagogie. Il faut plutôt recourir à la pédagogie pour rendre plus lisibles les actions politiques.
Le phénomène que l'on observe ici se retrouve dans d'autres pays également. La main tendue de Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle française, à l'égard du centriste François Bayrou illustre la disposition des familles politiques modernes à emprunter les idées des autres. Même si on peut arguer que cette ouverture de Ségolène Royal est dictée par des considérations politiciennes, elle reste le symbole d'une recomposition qui est, partout, dans l'air du temps.
Les conversions politiques ne sont pas en soi une pratique condamnable mais elle doivent être explicitées. Chaque parti a le devoir de définir clairement ses positions sur les grands dossiers. Le leader du PTr, Navin Ramgoolam, a une tâche ardue. Son parti est tenaillé entre le libéralisme économique de Rama Sithanen et les dogmes de Rajesh Jeetah. Sur la question de moeurs, le conservatisme d'Anil Bachoo s'oppose au libéralisme de Rama Valayden. Les projets IRS, hier qualifiés "d'apartheid économique" par Asraf Dulull sont aujourd'hui considérés comme prioritaires. Sur l'éducation, il y a une dérive droitière. On est passé de la démocratisation à l'élitisme. Où se situe réellement le PTr par rapport à ces enjeux ?
Le MMM doit également faire la synthèse des courants qui s'affrontent en son sein. Son leader, Paul Bérenger, disait, lors des débats sur le budget en juin dernier, que "We are what we are and what we were. We are une opposition de centre gauche moderne et qui accorde beaucoup d'importance à la justice sociale, au combat contre la pauvreté." Il est plus juste de définir le MMM comme un parti social-démocrate car il dit soutenir un "libéralisme à visage humain".
La conversion la plus déroutante est celle de Vishnu Lutchmeenaraidoo. C'est sous son impulsion que notre économie se modernise et se libéralise dans les années 1980. Il sera néanmoins présenté, le 1er Mai, comme le ministre des Finances d'un éventuel gouvernement de "centre gauche". Surprenant non ?

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