Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Simone Gbagbo parle de son livre, de son époux, de ses parents et sa religion

Par Faustin Yao K.

7 Mai 2007


interview

Le Séminaire consacré à "Paroles d'honneur" de Simone Ehivet Gbagbo s'est achevé le 4 mai dernier à l'Hôtel Ivoire. A cette occasion, la Première Dame de Côte d'Ivoire a répondu à plusieurs questions sur son livre et bien d'autres sujets en rapport avec le chef de l'Etat, sa famille et la religion.

Au moment où s'achève le séminaire sur votre livre "Paroles d'honneur", quels commentaires faites vous sur les réflexions qui ont été porté sur votre publication ?

Les commentaires que j'ai entendus m'ont replongée dans l'ambiance des amphithéâtres. Il aurait peut -être été plus intéressant qu'on tienne le séminaire dans un amphi. Je voudrais sincèrement remercier tous ceux qui ont fait des communications durant ces deux jours. Ils ont partagé avec nous ce que le livre a suscité en eux. Ils ont fait beaucoup de révélations sur le livre.

Des choses aux quelles je n'avais pas pensé. Par exemple, certains ont compté le nombre de fois où j'ai dit Laurent plutôt que Laurent Gbagbo ou le président Gbagbo. Qu'est -ce que j'aurais pu dire d'autres (rires). Ils ont suscité en moi souvenirs et émotions.

L'un d'eux m'a même fait pleurer. En effet, il m'a fait repenser à certaines douleurs. Car, en réalité, comme une thérapie, j'ai écrit ce livre pour évacuer ce que j'ai gardé en moi pendant les moments difficiles. J'ai compris que toutes ces douleurs n'étaient pas totalement évacuées. Mais, avec le temps et l'aide de Dieu, ça va aller.

Etes-vous satisfaite du travail intellectuel présenté ?

Ecoutez, le séminaire a été d'un très haut niveau. Les débats ont été très enrichissants. Mais, j'avoue que je suis un peu restée sur ma faim concernant l'étude du style et de l'atmosphère. Ils ont bien fait de relever les 14 stations et le rythme du livre. J'ai voulu faire une oeuvre très rythmée. Je suis moi-même spécialisée dans le langage tambouriné.

En revanche, j'ai regretté qu'on ne s'appesantisse pas sur l'atmosphère. En effet, j'ai construit une sorte de triangle. Une atmosphère calme et sereine au début où on retrouve l'auteur enfant en famille. Ensuite, ça grimpe et le ton se durcit jusqu'à l'agression. Enfin, à une atmosphère plus détendue. Le ton redevient serein. Je redescends dans une sorte de plaine, car c'est là qu'on va construire la paix.

Je souhaiterais vivement que des techniciens de l'écriture puissent poursuivre la réflexion sur l'atmosphère et le style.

Sinon pour le reste, j'ai été agréablement surprise au point que je me suis interrogée sur ce que je voulais en écrivant ce livre.

Pourquoi l'avez-vous écrit ?

"Paroles d'honneur" est une oeuvre de clarification et de mémorisation des faits qui se sont passés. Et qui constituent un pan important de l'histoire de la Côte d'Ivoire. Il fallait donc immortaliser ces faits-là. C'est également un moyen de pression sur le présent pour construire un avenir de paix en Côte d'Ivoire. Comme le sorcier du village qu'on dénonce publiquement, j'ai voulu démystifier les forces du mal pour une pacification du pays.

Ce livre est aussi un instrument de combat. J'y engage mon honneur et ma crédibilité. Notamment à travers ce que je dis de moi et des autres. A travers les pratiques que je dénonce, les accusations que je porte

C'est une des raisons pour lesquelles je l'ai édité en France. Certes, il y a de très bons éditeurs ici. Mais, en l'éditant en France, nous avions l'assurance que le livre se vendrait forcément là-bas. Et, apparemment, ça a marché. Nous avons été appelé de partout en France par des gens qui voulaient le livre. Mme Girardin a fait appeler pour avoir le livre. De Bonnecorse se vante d'avoir un livre dédicacé. Tous les candidats ont eu le livre.

Par ailleurs, je souhaite que ce livre soit un instrument d'enseignement sur les nombreux putschs qui déstabilisent les Etats africains. Ces coups d'états ont suivi le même cheminement. Il est temps que nous puissions en tirer les leçons.

À propos, vous accusez les médias français.

Les médias occidentaux et particulièrement les médias français ont semé dans notre pays la graine de la subversion et la déstabilisation. Ils en ont fait la publicité. Ils ont également procédé par la diffamation. Et tout cela va rester impuni ? Nous n'allons pas les dénoncer ? Combien de recul la presse française a provoqué dans nos Etats si fragiles ? Je suis d'avis avec Diégou Bailly qu'il faut donner les moyens à nos médias locaux pour leur apporter la réplique. Mais, en même temps, je pense qu'au plan international on doit trouver des mécanismes pour qu'ils payent pour ce qu'ils ont fait. Et qu'on puisse mettre définitivement fin à leurs agissements.

Et si on parlait de la religion qui, selon les séminaristes, a beaucoup influencé votre ouvrage ?

Oui, on a beaucoup parlé de religion au cours de ce séminaire. Moi, j'aurai retenu le mot spiritualité qui, à mon sens, n'est pas la même chose. La religion invite à la pratique de rituels et de dogmes. Alors que la spiritualité invite à une communion avec Dieu en vue de l'amélioration du moi

Pourquoi avez-vous quitté le catholicisme pour le protestantisme ?

Effectivement, j'étais catholique. J'ai même dirigé la Jeunesse estudiantine catholique (JEC) pendant cinq ans. Les catholiques ont une manière d'aborder la Bible qui est différente. Cette pratique a même beaucoup évolué avec le Renouveau charismatique. Avec les évangéliques, j'ai pu approfondir ma connaissance de la parole de Dieu.

Dans tous les cas, je me rends chez les catholiques ou les évangéliques lorsqu'on m'y invite. Le reste n'est que préoccupation des humains, parce que quand je fais ma prière dans ma chambre, il ne s'agit pas de savoir si je suis catholique ou évangélique.

On dit souvent que la chrétienne Simone Gbagbo a beaucoup influencé son époux, le chef de l'Etat.

Certains disent que c'est moi qui l'entraîne. D'autres soutiennent même que c'est moi qui le sauve. Mais, en réalité, c'est un croyant pratiquant. Il connaît la parole de Dieu mieux que moi. On le surnomme Pasteur Gbagbo.

Dans le livre, vous évoquez abondamment votre père, mais pas un seul mot sur votre mère. Pourquoi ?

Je ne parle pas de ma mère parce qu'elle s'en est allée lorsque j'avais sept ans. C'était une grande femme. C'est elle qui construisait la vie de mon père. J'ai privilégié mon père parce qu'il était en déphasage avec les attendus sociaux. Il était d'une grande modernité. Contrairement à la coutume qui préconisait qu'il accorde une plus grande attention à ses neveux, mon père a décidé de s'occuper de ses enfants. Il nous a donc bien éduqués. Ils étaient à nos petits soins. Il nous lavait, il nous accompagnait à l'école et il surveillait nos études.

Le livre se termine sur Michel Gbagbo. Quelle symbolique peut-on en dégager ?

Je souhaitais qu'on entende d'autres combattants que moi. J'ai choisi deux chanteurs et Michel. J'ai voulu rendre hommage au plus jeune des héritiers qui, de surcroît, a déjà démontré qu'il est capable d'assumer cet héritage. A travers lui, je veux rendre hommage à sa génération et l'encourager à oeuvrer pour la renaissance et le développement.

Comment expliquez -vous que le prix du livre soit si élevé ?

Lorsqu'un auteur termine un manuscrit, le reste du travail revient à l'éditeur. C'est celui-ci qui engage son argent dans la confection du livre final que vous avez entre les mains. C'est lui qui fixe le prix du livre en fonction de toutes les dépenses qu'il a engagées. C'est lorsque l'éditeur aura récupéré son argent qu'il pourra éventuellement donner quelque chose à l'auteur.

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