Abdelhalim Benyelles
8 Avril 2007
Le souvenir des atrocités du «crime contre l'humanité»
Le soulèvement populaire de Sétif, Guelma et Kherrata du 8 mai 1945 contre l'occupant français fut considéré par les historiens comme le signal précurseur du déclenchement de la guerre de libération nationale du 1er novembre 54. Selon les témoignages, ce sont les manifestations du 1er Mai, organisées à Sétif et où le mot d'ordre fut largement suivi par la population, qui confirmèrent le succès du mouvement national algérien.
«Libérez Messali», «Libération des détenus politiques», «Vive l'Algérie libre et indépendante», tels étaient les slogans portés par les manifestants, rapporte Si Lakhdar Taarabit, ancien membre du PPA et l'un des organisateurs de la marche du 8 mai 1945. C'est le 8 mai 1945, un jour de marché hebdomadaire à Sétif, que les responsables du PPA ont mis en place une marche pacifique grandiose en faisant participer le peuple algérien contre l'oppression et le colonialisme, à l'occasion de la date de célébration de la victoire des alliés sur le fascisme hitlérien. Une opportunité d'affirmer aux yeux du monde entier l'attachement du peuple algérien aux valeurs de la liberté et de l'indépendance.
A Sétif, la marche était forte de plusieurs milliers de personnes, témoigne Si Lakhdar Taarabit. Elle s'ébranle de la mosquée de la Gare en direction du centre-ville en chantant Min Djibalina et avec des banderoles portant «Libérez Messali», «Pour la libération du peuple». En cours de route, le drapeau algérien fut déployé, il est hissé pour la première fois de l'histoire, selon les témoignages. Le commissaire de police de Sétif tire sur le porteur du drapeau qui s'effondre, mort.
C'est le jeune Saal Bouzid, premier martyr des événements du 8 mai 1945. Aujourd'hui, une stèle commémorative portant son nom est érigée au centre de la ville de Sétif au même endroit où il est tombé. Le drapeau est vite récupéré par Si Lakhdar Taarabit, selon son témoignage, qui se charge de le dissimuler jusqu'à l'indépendance où il est remis au musée national de la révolution. Le récit fait part ensuite de la poursuite de la manifestation qui dégénère en émeute. Des Algériens sont abattus par balles ; les manifestants ripostent à l'arme blanche. Les heurts se répandent dans les campagnes, et l'émeute s'étend.
Le soulèvement est considéré par les dirigeants politiques comme un mouvement de libération. C'est la préparation d'une phase de la guerre de libération. L'insurrection prend forme dans les villages et douars, des casernes sont attaquées, des armes volées, des fermes de colons incendiées, la voie ferrée sectionnée, le téléphone et le télégraphe coupés. Mais la répression du côté de l'occupant français est atroce, menée à la fois par les colons, la police et l'armée appuyée par l'aviation dans les zones rurales. Pendant 8 jours, c'est une impitoyable guerre menée contre les populations civiles où tous les excès et violences furent enregistrés. Le bilan est lourd, certaines estimations avancent le chiffre de 45 000 morts à Sétif, à Guelma et à Kherrata.
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