Le titre en lui-même peut apparaître comme une provocation, et c'est exactement le but recherché. Les dirigeants maghrébins, les parlementaires de cet ensemble géographique, les formations politiques, lorsqu'ils daignent évoquer les relations culturelles sont tous unanimes.
Ils répondent comme un seul homme, en une remarquable langue de bois inépuisable, à travers une partition qui date de 1962 et même avant, par une formidable pétition de principe. Ils sont tous, sans une seule exception, depuis les indépendances politiques, pour toutes les formes de coopération, de partenariat, de co-productions, de formation mises en commun, de financement à plusieurs, de structures communes de production, de diffusion, d'exploitation. Et en même temps, ils s'interdisent avec cynisme de faire voter, chacun dans son pays, les lois qui rendraient opératoires leurs envolées poétiques et leur démagogie presque «naturelle», pour que les choses se mettent en place pour faire ensemble. Tous évoquent goulûment, lorsque des ministres, des directeurs de télévisions et radios publiques se rencontrent, «les échanges fraternels et fructueux», quand ils ne sont pas «positifs, porteurs de progrès communs, dans l'intérêt de nos peuples», et bla-bla-bla. C'est bien connu, les régimes au Maghreb parlent beaucoup sans plus. Condamnés à être voisins par la géographie, l'histoire, la religion, la langue, par l'héritage colonial, la francophonie partagée, ils ne sont pourtant nullement «habités» par une politique et une construction culturelles financées par tous, managées par les meilleurs de chaque pays.
Ces derniers, aux plans de cinéma, du théâtre, de la littérature, de la musique, se connaissent bien et s'apprécient. Il faut juste se souvenir de la belle époque des débuts de la FEP ACI, de l'actuelle solidarité que manifestent les éditeurs de presse et les journalistes, pour comprendre que tout est possible, que les potentialités existent et qu'elles sont complémentaires. Alors pourquoi rien ne se fait ? Bien au contraire, tout est condamné aux impasses.
L'Europe, qui est loin d'avoir tous les segments et les liants constitutifs de ce que peut être un projet culturel commun, a fait beaucoup mieux après deux guerres mondiales, la guerre froide, la chute du mur de Berlin, les alternances politiques en France, en Italie, en Espagne, en Angleterre, dans les ex-pays de l'Europe de l'Est.
Les quotas européens de films diffusés sur les chaînes TV, la dizaine de films à financement multiple qui se font chaque trimestre, les traductions de romans, Arte, les coproductions théâtrales, structurent une aire culturelle européenne qui s'élargit sans cesse. Les dirigeants maghrébins n'entendent faire que des «échanges».
De quoi ? Et si c'est gratuit, c'est que c'est de la propagande, des images cartes postales, quelques variétés anesthésiées au préalable et cela suffit.
Les créateurs, les producteurs et les artistes du Maghreb subissent l'absolue méfiance que cultivent les régimes, les uns envers les autres.
La culture, facteur d'intégration et de développement profitables aux peuples, est considérée, encore et toujours, comme subversive, adversaire Il ne faut surtout pas que les élites, qui ont leur part de responsabilité, fassent naître un syndicat culturel maghrébin, des confédérations, des bureaux de réflexion et d'études.
Il faudra sans doute attendre l'avènement de dirigeants, de classes politiques qui auront le souffle patriotique et le Maghreb au coeur.
Un jour peut-être viendront des dirigeants, atriotes, cultivés qui ouvriront le chemin des libertés pour la culture au Maghreb.

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